Un tournant majeur dans l'affaire qui oppose l'agence UReputation au géant américain Meta. Le tribunal fédéral du district nord de Géorgie (Etats-Unis) a officiellement validé, cette semaine, la requête de « discovery » déposée par UReputation. Il s'agit d'une procédure judiciaire qui permet à une partie d'accéder à des documents et éléments de preuve détenus par l'adversaire. Cette décision ouvre la voie à une collecte d'informations cruciales auprès de Meta Platforms Inc., maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp. Ces documents sont appelés à être versés dans les procédures judiciaires que UReputation mène en parallèle en France et en Tunisie. L'agence de communication, fondée par l'homme d'affaires Lotfi Bel Hadj, accuse Meta d'avoir procédé à des fermetures massives, soudaines et injustifiées de plus de 200 comptes Facebook liés à ses activités — des comptes professionnels et personnels, mais aussi ceux de partis politiques d'opposition, de collaborateurs de l'agence, ainsi que d'associations dont les comptes étaient administrés par ces derniers. Dans un communiqué publié mercredi 17 juillet 2025, UReputation a salué cette avancée judiciaire comme une victoire « majeure », estimant que l'affaire dépasse désormais son propre cas : « Elle pose la question du pouvoir de censure algorithmique exercé par une plateforme mondiale, sans transparence ni recours », a commenté son président Lotfi Bel Hadj. Selon lui, cette censure a privé des acteurs politiques, des salariés et des organisations de leurs moyens de communication numérique, dans un contexte souvent sensible sur le plan sécuritaire et démocratique.
L'origine de l'affaire remonte à juin 2020. Facebook, soutenu par le Digital Forensic Research Lab (DFRLab) du think tank Atlantic Council, accuse alors publiquement UReputation d'être à l'origine d'une vaste opération de manipulation de l'opinion publique en ligne, surnommée « Opération Carthage ». Facebook supprime plusieurs centaines de pages, groupes et comptes, affirmant que ces activités ont débuté en Tunisie et visé des pays francophones d'Afrique subsaharienne. À l'époque, l'affaire fait grand bruit. Des journalistes, des influenceurs et même des personnalités politiques tunisiennes voient leurs comptes disparaître sans explication. Si certains les récupèrent, d'autres ne les reverront jamais. En toile de fond : la conviction de Meta d'avoir démantelé un réseau d'influence sophistiqué, mêlant propagande, désinformation et instrumentalisation des réseaux sociaux. Mais pour UReputation, ces accusations relèvent de l'acharnement. L'agence conteste la légitimité des accusations, les méthodes de suppression des comptes, ainsi que la diffusion d'un rapport du DFRLab publié en mai 2020, amalgamant selon elle communication politique classique et comportements inauthentiques. Pire encore : elle accuse Meta d'avoir illégalement transmis des données personnelles à des entités tierces — en l'occurrence au DFRLab. Un rapport d'expertise judiciaire, issu d'une procédure ouverte en Tunisie, appuierait cette thèse.
Depuis, UReputation a multiplié les actions judiciaires : en Tunisie, où la société réclame un préjudice de quatorze millions de dinars, en France devant la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), et même devant la Cour de justice de l'Union européenne. Le volet américain, engagé à Atlanta, vient aujourd'hui relancer un dossier complexe aux ramifications internationales. Dans le communiqué du 17 juillet, UReputation insiste sur les risques posés par les pratiques de Meta : notamment la gestion opaque de données privées dans des contextes politiques sensibles, comme en Afrique ou au Moyen-Orient. Pour l'agence, c'est toute la question de la responsabilité des plateformes numériques qui est posée, en particulier lorsque leurs décisions unilatérales affectent la liberté d'expression, la sécurité des utilisateurs ou le bon fonctionnement démocratique. Le juge américain doit désormais se prononcer sur la transmission effective des preuves détenues par Meta. Une décision est attendue dans les prochaines semaines. De son côté, UReputation assure qu'elle poursuivra son combat « jusqu'au bout » et entend prouver que derrière l'accusation de manipulation se cache un abus de pouvoir numérique.