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Coupures d'électricité : ce n'est ni la Steg, ni le consommateur… mais l'Etat
Publié dans Business News le 23 - 07 - 2025

Les coupures d'électricité sont quasi quotidiennes ces derniers jours, aussi bien dans les grandes villes que dans les villages reculés. Sauf que ce ne sont ni les climatiseurs ni les machines à laver qui coupent l'électricité en Tunisie, mais un Etat incapable d'assurer une production suffisante. Pourtant, les autorités continuent de faire porter la responsabilité aux citoyens, plutôt que de s'attaquer au vrai problème : leur propre immobilisme.

Comme chaque été, la Société tunisienne d'électricité et du gaz (Steg) publie ses communiqués démagogiques, appelant les consommateurs à régler leurs climatiseurs à 26 degrés, à éviter l'usage des machines à laver pendant les heures de pointe et à suivre divers autres conseils infantilisants.
En filigrane, le message est clair : s'il y a des coupures, c'est à cause de la « frénésie » de consommation des Tunisiens.
En bonne entreprise publique sous un régime autocratique, la Steg cherche un bouc émissaire pour masquer son incapacité à remplir correctement sa mission : fournir de l'électricité 24h/24 et 7j/7. Au sommet de l'Etat, les boucs émissaires sont les spéculateurs, les corrompus et les conspirationnistes ; à la Steg, le bouc émissaire, c'est le consommateur.

Les chiffres contredisent l'argumentaire officiel
Dès qu'on regarde de près les chiffres et la réalité du terrain, la donne change. Les bulletins démagogiques de la Steg visent exclusivement les usagers résidentiels. Or ces derniers ne représentent que 75 % de la consommation totale de la basse tension, selon le dernier bulletin de la conjoncture énergétique publié par le ministère de l'Industrie.
La basse tension elle-même ne constitue que la moitié de la consommation nationale. L'autre moitié est absorbée par la haute et la moyenne tension, et le secteur industriel consomme à lui seul 61 % de ces catégories.
Accuser le citoyen qui utilise son climatiseur ou sa machine à laver est donc fallacieux. Il ne représente qu'une part minoritaire de la consommation globale.
Mais la Steg préfère s'acharner sur la demande plutôt que de s'interroger sur la production. Au lieu de balayer devant sa porte et de faire de telle sorte que la production dépasse la demande, elle critique le fait que la demande soit plus élevée que la production.

Une alternative ignorée : des tarifs différenciés pour lisser la consommation
Dans plusieurs pays, les entreprises d'électricité proposent des tarifs différenciés selon les horaires, afin d'encourager les citoyens à utiliser leurs appareils énergivores – comme les machines à laver – durant les heures creuses, généralement la nuit. En France, par exemple, le système « heures pleines/heures creuses » existe depuis des décennies et permet de réduire la pression sur le réseau aux heures de pointe. En Espagne, un dispositif similaire, le tarif « valle », a été instauré pour inciter à consommer l'électricité nocturne à prix réduit.
La Steg, elle, préfère continuer sa démagogie habituelle en multipliant les conseils infantilisants plutôt que d'offrir de véritables incitations. Proposer des horaires à prix réduit serait pourtant une solution pragmatique pour lisser la consommation. Mais cette alternative n'est même pas envisagée, car le législateur refuse d'adapter la réglementation pour permettre ce type de tarification différenciée.

Un monopole verrouillé par l'Etat
Le véritable responsable de cette situation n'est pas la Steg, qui n'est qu'un acteur du secteur, mais bien l'Etat.
C'est lui qui offre à l'entreprise publique un quasi-monopole sur la production électrique. À elle seule, la Steg assure 95 % de la production nationale, selon le même bulletin de la conjoncture énergétique. Et lorsque cette production ne suffit pas, elle doit importer de l'électricité en devises, principalement d'Algérie (11 % de nos besoins via Sonelgaz) et de Libye (Gecol).
Un Etat plus visionnaire encouragerait la production individuelle et la vente d'électricité par les particuliers. Il faciliterait l'importation de panneaux solaires et multiplierait les appels d'offres pour développer des zones photovoltaïques à Tozeur, Kairouan ou Gafsa.
La Tunisie dispose pourtant d'un ensoleillement de plus de 300 jours par an, mais n'exploite quasiment pas cette richesse naturelle : les énergies renouvelables ne représentent que 6 % de la production totale.
À titre de comparaison, l'Algérie vise 37 % d'énergie renouvelable d'ici cinq ans, la Belgique atteint déjà 34 %, et la France 27,6 %.

Une législation archaïque qui freine tout
Pourquoi un tel retard ? La réponse est simple : une législation archaïque.
Installer une ferme solaire ou des éoliennes nécessite des appels d'offres interminables et une multitude d'autorisations, ce qui dissuade les investisseurs locaux et étrangers.
Cette même législation protège le monopole de la Steg. Une privatisation partielle, avec l'intégration d'un partenaire stratégique, ou l'ouverture du secteur à des concurrents privés, résoudrait une partie des problèmes. Mais l'idée est jugée inconcevable par l'Etat, depuis Ben Ali et encore davantage aujourd'hui sous Kaïs Saïed.
Résultat : la Steg joue seule sur le terrain, sans réelle incitation à améliorer ses performances. Même lorsqu'elle souhaite évoluer, elle se heurte à un ministère de tutelle intrusif, omniprésent dans ses décisions.

L'exemple absurde de la voiture électrique
La schizophrénie de l'Etat atteint parfois des sommets. Le cas de la voiture électrique en est l'illustration parfaite.
Officiellement, le gouvernement encourage son acquisition : abattements fiscaux de 50 % sur la vignette, droits de douane réduits à 0 %, et discours volontariste sur la transition énergétique. Tout est fait pour inciter le citoyen à franchir le pas.
Mais une fois le véhicule acheté, c'est le mur des réalités administratives. Les stations-service n'ont toujours pas l'autorisation de vendre de l'électricité, car cette activité reste un monopole exclusif de la Steg. Résultat : les rares propriétaires de voitures électriques doivent se contenter de les recharger chez eux, à condition d'avoir l'installation adéquate et de pouvoir patienter plusieurs heures.
Certaines entreprises qui voulaient investir dans des bornes de recharge se sont découragées, confrontées à des démarches interminables et à un vide juridique quasi total. Les importateurs eux-mêmes freinent désormais la commercialisation des modèles électriques, sachant qu'ils risquent de rester invendus faute d'infrastructures adaptées.
Cet exemple résume toute l'absurdité du système : l'Etat pousse à l'achat de véhicules propres, tout en rendant leur utilisation quasi impossible. Il encourage la modernité par ses discours et la décourage par ses actes. À ce rythme, la Tunisie risque de devenir l'un des rares pays où la voiture électrique est une curiosité de salon plutôt qu'une alternative crédible aux carburants classiques que ce même Etat importe en devises et subventionne.

Adapter la législation à l'ère du temps
Le problème tunisien n'est pas seulement technique ou financier, il est avant tout politique et législatif. Tant que la production électrique restera enfermée dans un carcan juridique conçu à une autre époque, aucune réforme réelle ne sera possible.
Assouplir la législation ne serait pas un cadeau fait au secteur privé, mais un investissement dans l'avenir du pays. Ouvrir le marché aux producteurs indépendants, encourager les particuliers à revendre leur surplus d'énergie solaire, simplifier les autorisations d'installation de fermes photovoltaïques ou d'éoliennes : tout cela profiterait en premier lieu à la Steg et à l'Etat. Car en partageant la production, la Steg allégerait ses charges, améliorerait la qualité du service et se concentrerait sur des missions stratégiques, plutôt que de courir après chaque pic de consommation.
Le statu quo actuel coûte très cher. L'Etat perd chaque année des millions de dinars en devises pour importer de l'électricité d'Algérie ou de Libye. Il freine l'investissement en bloquant les initiatives privées, il étrangle la croissance en imposant aux entreprises des coupures récurrentes, et il empoisonne le quotidien des citoyens.
Pendant ce temps, des pays comparables à la Tunisie avancent à grands pas vers la transition énergétique. La Tunisie, elle, reste figée dans un modèle économique des années 1980, protégée par des réflexes bureaucratiques et un dirigisme d'un autre âge.
Il est temps de rompre avec cette logique. Adapter la législation à l'ère du temps, c'est accepter que l'énergie ne soit plus un domaine réservé. C'est aussi comprendre qu'un monopole public inefficace n'est pas un symbole de souveraineté, mais un frein au développement. La Tunisie a le soleil, elle a les compétences, elle a les investisseurs prêts à s'engager. Il ne lui manque qu'une chose : la volonté politique de tourner la page d'un modèle révolu.
Tant que cette volonté n'existe pas, chaque coupure de courant restera un rappel brutal que le pays a choisi l'immobilisme plutôt que le progrès.


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