Dans un communiqué publié mardi 29 juillet 2025, Amnesty International a vivement dénoncé les lourdes condamnations prononcées dans l'affaire dite du « complot contre la sûreté de l'Etat 2 », y voyant une « grave injustice » et « une nouvelle manifestation de la dérive autoritaire que connaît la Tunisie depuis 2021 ». L'organisation de défense des droits humains affirme que cette affaire reflète une volonté persistante des autorités tunisiennes de restreindre l'espace civique, de fragiliser l'indépendance de la justice et de s'attaquer aux libertés fondamentales. « Les condamnations dans l'affaire du "complot 2" sont une injustice manifeste et une violation flagrante des obligations de la Tunisie en matière de droits humains », a déclaré Sara Hashash, directrice adjointe du programme régional Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International. Elle a ajouté : « Il faut libérer immédiatement toutes les personnes emprisonnées pour avoir simplement exercé pacifiquement leur liberté d'expression, d'association et d'activité politique. »
Selon Amnesty International, les poursuites engagées dans cette affaire reposent sur des accusations vagues, notamment liées à la sécurité de l'Etat et au terrorisme, sans qu'aucune preuve matérielle convaincante ne vienne les étayer. L'organisation affirme que les éléments à charge consistent principalement en des critiques politiques adressées au président Kaïs Saïed, formulées dans des échanges privés entre 2011 et 2022. L'affaire est, selon l'ONG, emblématique de l'utilisation croissante de la législation antiterroriste pour réprimer l'opposition pacifique, une tendance documentée depuis 2023. Le procès a été entaché, selon Amnesty, de violations majeures des droits de la défense. Certains accusés placés en détention ont été contraints d'assister aux audiences à distance, depuis la prison, par visioconférence, limitant fortement leur capacité à suivre les débats et à consulter leurs avocats. Cette disposition a été prolongée sans justification claire. Par ailleurs, des restrictions strictes ont été imposées à l'accès aux audiences, empêchant la présence de journalistes indépendants, de membres des familles et d'observateurs, ce qui a gravement compromis la transparence de la procédure. « Ces procès manquent d'équité, de crédibilité et de transparence. L'usage abusif de témoignages anonymes et de procédures secrètes les transforme en simulacres de justice », insiste Sara Hashash.
La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme, près le tribunal de première instance de Tunis, a rendu son verdict dans cette affaire le mardi 8 juillet 2025. Parmi les condamnés figurent plusieurs personnalités politiques de premier plan : * Rached Ghannouchi, chef du mouvement Ennahdha, condamné par contumace à quatorze ans de prison ; * Les accusés détenus Rayen Hamzaoui, Habib Ellouz, Mehrez Zouari, Abdelkarim Abidi, Kamal Bedoui et Fathi Beldi, condamnés à douze ans d'emprisonnement ; * Dix accusés en fuite, dont Mouadh Kheriji, Nadia Akacha, Lotfi Zitoun ou encore Rafik Abdessalem, condamnés par contumace à 35 ans de prison, avec exécution immédiate. L'ancien chef du gouvernement Youssef Chahed, également impliqué, a formé un pourvoi en cassation. Aucune peine n'a encore été prononcée à son encontre dans l'attente du verdict. Douze mandats d'arrêt internationaux ont par ailleurs été émis contre des accusés en fuite à l'étranger.
L'organisation appelle à l'annulation des peines prononcées, à la libération immédiate des personnes détenues « arbitrairement » et à la tenue de tout futur procès dans le strict respect des normes internationales. « La Tunisie doit cesser d'instrumentaliser le système judiciaire pour persécuter ses opposants politiques. Elle doit restaurer l'indépendance de la justice, respecter l'Etat de droit et garantir les droits fondamentaux de tous les citoyens », conclut Sara Hashash.