Il est rentré en toute simplicité, comme un passager ordinaire. Pourtant, Ahmed Jaouadi, jeune nageur tunisien de 22 ans, venait de signer un exploit historique : deux médailles d'or aux Championnats du monde de natation 2025 à Singapour, sur les épreuves du 800 m et du 1500 m nage libre. Et pourtant, aucun tapis rouge, aucun drapeau brandi, aucune ovation à l'aéroport de Tunis-Carthage. Son retour, ce mardi 5 août, s'est déroulé dans une discrétion presque gênante. À l'accueil : quelques membres de sa famille et des représentants de la Fédération tunisienne de natation. Ni ministre, ni hauts responsables, pas même un passage par le salon d'honneur. Une scène surréaliste, qui a déclenché une avalanche de critiques sur les réseaux sociaux et dans les milieux sportifs. La page des équipes nationales tunisiennes n'a pas mâché ses mots : « Ce qui s'est passé est une honte d'Etat. Aucun accueil digne d'un champion du monde. » Elle pointe notamment l'absence du ministre de la Jeunesse et des Sports, Sadok Mourali, qui se serait, selon certains, soustrait des regards pour éviter les questions autour du non-paiement, depuis neuf mois, du salaire de l'entraîneur français de Jaouadi, Philippe Lucas.
Monastir TV parle elle aussi de « scandale » : « Pas un seul responsable pour accueillir Ahmed Jaouadi à l'aéroport. Une honte. » C'est finalement le président du Comité national olympique tunisien, Mehrez Boussayene, longtemps critiqué pour sa gestion, qui a pris l'initiative de rendre hommage au champion dans les locaux de la commission olympique. Une tentative de rattrapage jugée « symbolique mais insuffisante » par de nombreux observateurs. Le journaliste Abdesslam Dhaifallah, souvent critique envers Boussayene, a salué ce geste, tout en soulignant qu'il aurait dû être orchestré dès l'arrivée de l'athlète. « Le soutien aux champions doit être une politique publique, pas un acte occasionnel. » La militante Chayma Issa a livré un témoignage poignant sur sa page Facebook, parlant de « regard vide et douloureux » dans les yeux d'Ahmed Jaouadi à sa sortie de l'aéroport. « Nous vivons le temps de l'ingratitude, du vide, du déni. Un pays qui n'accueille pas ses enfants et ne les honore pas n'a pas d'avenir ». Elle dénonce un climat général de découragement : « Toute réussite est immédiatement abîmée, dévalorisée, réduite au silence ».