Basculer d'un système horaire de travail à un autre en milieu de semaine n'est nullement utile. Ah cette séance unique. Cette année aussi, elle n'a pas manqué de semer la zizanie. Fallait-il l'introduire dans la foulée des fêtes de l'Aïd El Fitr et faire ainsi fi de la règle de droit stipulant que le régime de la séance unique dans l'administration et la fonction publique débute précisément le 1er juillet et cesse le 31 août de chaque année ? La question ne suggère pas une réponse juridique. Celle-ci est évidente. La règle s'impose, même si son application confine à l'absurde, comme c'est le cas de cette année.
A l'épreuve des faits, le maintien du régime de la double séance, pour seulement trois jours ouvrables avant l'entrée en vigueur de la séance unique, ne semble pas être suivie à la lettre. Les directions du personnel dans l'administration et la fonction publique ont enregistré un déluge de demandes de congés. Il faudra qu'elles prévoient aussi une énorme vague de certificats de maladie. Mercredi dernier, les administrations étaient désespérément vides l'après-midi. De rares agents et nul usager. Il ne faudrait pas s'attendre à autre chose le jeudi, a fortiori vendredi, jour de prière. C'est d'ailleurs ce qu'a anticipé un très large pan des entreprises du secteur privé qui a décidé d'introduire la séance unique dans la continuité du régime de la séance continue appliquée durant le mois de Ramadan.
Le basculement d'un régime horaire de travail à un autre, modifie sensiblement l'organisation du travail et plus largement encore l'organisation d'une société. On passe d'un habitus à un autre. Du jour, au lendemain. Il ne s'agit pas ici de susciter le débat sur le maintien ou l'abrogation du régime de la séance unique de travail durant les mois de juillet et août. Il s'agit surtout de corriger, autant que faire ce peut, les effets néfastes d'un basculement aussi rapide, dans la mesure où, à de rares exceptions, il ne permet aucun délai psychologique d'adaptation.
Pourtant, sous d'autres cieux, on a dégagé ce genre de délai psychologique. Un exemple suffit pour illustrer le propos : le passage de l'heure d'hiver à l'heure d'été et vice et versa, au sein de l'Union européenne. Le premier intervient le dernier dimanche du mois de mars et le second est fixé au dernier dimanche du mois d'octobre. Au début des années 1980, le changement d'heure estival est introduit dans l'ensemble des pays de l'Union européenne. Sauf que chacun y allait de son heure. Certains la changeaient à heure du matin, d'autres à deux heures. Ce n'est qu'en 1998 qu'il a été décidé d'harmoniser les moments de changement d'heure à l'ensemble des pays de l'Union européenne « pour faciliter les transports, les communications et les échanges au sein de l'UE », a-t-on expliqué. Il n'empêche. En Europe, le débat sur l'opportunité de ce passage et de ses effets induits est récurrent. Un rituel qui est et demeure sans effets. Ce ne sera pas demain la veille que les européens décideront de revenir sur un tel système.
Le passage de la double séance à la séance unique et vice et versa participe du même comportement. Nous nous sommes tellement habitués à ce système qu'il serait illusoire de le remettre en cause. A moins d'un miracle. Cela étant, il reste toujours la possibilité d'ajuster le calendrier de son entrée en vigueur et de fin. Il est absolument inepte d'introduire la séance unique ou d'y mettre fin au cours d'un jour de semaine.
Est-ce qu'il ne serait pas plus judicieux de se défaire de l'actuel calendrier trop rigide en adoptant un autre qui rendrait le basculement mieux gérable. Ainsi, le régime de la séance unique débuterait le lundi qui suit le dernier dimanche du mois de juin et cesserait le dernier jour ouvrable du mois d'août. Ce n'est que l'affaire d'un décret.