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L'élection de Yassine Ayari impose votre démission !
Publié dans Business News le 18 - 12 - 2017

« L'ivresse est partie et les créanciers sont à la porte », célèbre proverbe tunisien qui colle parfaitement à la situation de la Tunisie actuelle. Nous sommes à la deuxième moitié de décembre et les mauvaises nouvelles se succèdent les unes derrière les autres. On ne sait plus où donner de la tête entre la catastrophique Loi de finances 2018 rejetée par le patronat et les syndicats, l'inscription de la Tunisie sur la liste européenne des paradis fiscaux, le remaniement prochain avec le départ de certains ministres d'Afek, la guerre contre la corruption et la pression exercée sur la justice…
Durant cette période, le débat devrait être exclusivement consacrée à la Loi de finances 2018 et son impact négatif sur l'économie nationale et le porte-monnaie des citoyens. Une urgence chasse une autre, on aurait dû débattre de la réforme de notre système fiscal de telle sorte que les Européens nous retirent de leur liste noire. Vu la technicité du sujet, on aurait pu débattre, au moins, de la corruption et de la manière de la contrer définitivement.
Il se trouve qu'on a dû balayer toutes ces priorités pour nous trouver acculés à parler d'un petit délinquant comme Yassine Ayari et d'un avocaillon de mafieux comme Fayçal Jadlaoui. Voilà où nous en sommes !

Hier, 17 décembre, la Tunisie a célébré le septième anniversaire du déclenchement de la révolution. Indépendamment de l'avis positif ou négatif que l'on peut avoir sur cette révolution, indépendamment de la qualification qu'on peut lui donner (complot international contre le pays ou simple soulèvement populaire), il y a des acquis indéniables qui n'auraient pas pu être réalisés sans cette révolution que sont la démocratie et la liberté d'expression. On peut bien sûr parler du terrorisme, de l'insécurité, de la corruption, du népotisme, de l'amateurisme politique, de l'économie chancelante et de l'inflation galopante, mais on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs. La démocratie et la liberté d'expression que nous voulons ont un prix.
Il se trouve cependant que cette démocratie que nous voulons est loin d'être le meilleur modèle politique qui soit. Elle est tout juste le moins mauvais. Et à ce titre, elle peut vous mettre un George Bush Jr ou Donald Trump à la tête des USA ou un Yassine Ayari dans un siège à l'assemblée. C'est ça la démocratie…

Yassine Ayari est donc devenu député suite à des élections partielles en Allemagne où il a obtenu 263 voix sur un taux de participation de 5% seulement.

Pour ceux qui l'ont oublié, Yassine Ayari est le fils du martyr Colonel Tahar Ayari. Blogueur populaire, cet ingénieur vivant à Paris se distingue par son langage ordurier et ses posts dénigrant les laïcs et l'ancien régime. Il est proche des milieux révolutionnaires et islamistes, mais aussi salafistes extrémistes (type Ansar Chariâa et autres mouvements classés terroristes par la suite) et sympathisant de grands terroristes à l'instar de Oussama Ben Laden. Il ne recule devant rien pour dénigrer ouvertement et à visage découvert ses adversaires politiques et idéologiques. Cela va de l'honneur des femmes et des hommes politiques ou de médias jusqu'au mensonge grossier et éhonté. Durant sa campagne en Allemagne, il a été fortement soutenu par l'ancien président Moncef Marzouki et son équipe. C'est sous le mandat de ce dernier que Yassine Ayari a été condamné en 2014 pour atteinte au moral des troupes militaires à un an de prison ferme. Après le pourvoi en appel et deux grèves de la faim (dont une sauvage), sa peine a été allégée à six mois de prison ferme. Il a été libéré après une grâce présidentielle signée par Béji Caïd Essebsi, nouvellement élu à l'époque. Il a préféré ensuite s'exiler en France pour échapper à d'autres procès intentés contre lui, notamment par Mondher Thabet et Hamma Hammami.

Son élection va poser plusieurs problèmes politiques et judiciaires. Vu les plaintes déposées contre lui et les procès en cours, Yassine Ayari va faire maintenant jouer son immunité parlementaire en tant qu'élu. Or légalement cette immunité ne touche que son activité parlementaire. Il y a cependant d'autres lectures qui vous diront que son immunité le couvre totalement et qu'à ce titre, Yassine Ayari est intouchable. Et si quelqu'un le touche, en faisant valoir l'application stricte de la justice, on va voir plusieurs voix s'élever contre cette atteinte à la démocratie et au choix du peuple.
Quant aux problèmes politiques soulevés par son élection, ils sont innombrables. Ils touchent essentiellement ses adversaires politiques, mais aussi son propre camp. Yassine Ayari n'aurait jamais pu être élu sans le soutien de Moncef Marzouki et son équipe. Or c'est cette même équipe des premiers cercles de Marzouki qui colportait les rumeurs contre Yassine Ayari et qui a tout fait pour le mettre en prison dans ce qu'on peut appeler une guerre de clans interne. On en sait quelque chose dans les médias puisque ce sont ces proches qui nous alimentaient (avec et sans preuves) les infos croustillantes sur le « chouchou » de Sihem Badi et Imed Daïmi.
Le vrai problème posé par l'élection de Ayari va cependant toucher la large sphère politique de ses adversaires.

Si Yassine Ayari a été élu, c'est indéniablement grâce au chef du gouvernement Youssef Chahed qui a nommé au poste de secrétaire d'Etat l'élu de la circonscription d'Allemagne, ouvrant ainsi la voie à des élections partielles.
Cette nomination avait un objectif, permettre à Hafedh Caïd Essebsi de participer à l'élection, gagner un siège à l'Assemblée et (éventuellement) le poste de président de l'Assemblée en cas de vacance du poste. Le stratagème a été rapidement dévoilé et il y a eu une véritable levée de boucliers coupant ainsi la voix au « fils de » de se présenter. Nidaa s'est rabattu sur un candidat de dernière minute et, en dépit du soutien des islamistes, les partis au pouvoir classés premiers dans les sondages n'ont pu récolter que 246 voix. Une véritable claque qui en dit long sur le savoir-faire politique de ces partis au pouvoir. Par son élection, Yassine Ayari a déclenché un véritable séisme chez Nidaa, mais aussi les autres partis dits laïcs. Il met à nu la réalité politique du pays et le manque total de confiance des Tunisiens à l'égard de ses politiciens toutes couleurs confondues.
Le taux de participation de 5% est à lui seul une véritable honte. Les résultats également sont une honte. Comment expliquer que certains candidats ont eu pour résultat ZERO voix ?! Comment expliquer que le vainqueur arrive à décrocher le poste de député grâce à 263 voix seulement ? C'est le jeu démocratique, certes, mais il est temps de réviser les règles du jeu, car ce n'est plus de démocratie dont il s'agit, mais de la survie d'un pays.
Avec Yassine Ayari à l'assemblée, on est tout simplement en train de jouer avec l'avenir du pays, de la démocratie et de tout ce qui fonctionne encore. On ne peut plus laisser notre avenir entre les mains d'adolescents qui font primer leurs propres intérêts sur celui du peuple et du pays.

Yassine Ayari n'aurait pas pu être élu si Hafedh Caïd Essebsi n'avait pas des ambitions supérieures à ses limites et justifiées uniquement par son nom de famille.
Yassine Ayari n'aurait pas pu être élu si Youssef Chahed n'a pas cédé à la pression du parti et de la famille Caïd Essebsi pour accéder aux caprices de Hafedh.
Yassine Ayari n'aurait pas pu se présenter aux élections si on avait une loi qui barre la route face aux délinquants et ceux qui trainent des casseroles judiciaires.
Yassine Ayari n'aurait pas pu être élu si Nidaa était un parti de vrais leaders capables de réunir les masses autour d'un vrai candidat rassurant.
Yassine Ayari n'aurait pas pu être élu si la classe politique laïque et moderniste n'avait pas tué la confiance du Tunisien envers elle et envers toute la classe politique, au point de le voir se rabattre sur un pareil extrémiste.

Yassine Ayari n'est que le premier élu d'une longue série d'extrémistes qui (re)viendront au pouvoir en 2019 (à commencer par son mentor Marzouki) si la classe politique actuelle ne se ressaisit pas et tire les conséquences de cette élection partielle. Elle doit se ressaisir en éliminant, de suite, les actuels dirigeants de Nidaa et en révisant le code électoral et la loi sur les partis parce qu'il est anormal de laisser de pareils textes de lois permettant l'accès au pouvoir de délinquants, d'extrémistes ou même de simples candidats avec un si peu nombre de voix.
Et si ces extrémistes reviennent au pouvoir, on peut vous garantir que la Tunisie ressemblera à la Libye (voire la Syrie) en quelques mois.


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