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La machine à fabriquer les mensonges !
Publié dans Business News le 19 - 08 - 2019

M. Onfray, dans son livre Théorie de la dictature, parle de la fabrication des mensonges et comment médias et réseaux sociaux finissent par faire en sorte que « la fiction remplace la vérité de sorte que ce qui fut n'a pas été alors que ce qui n'a jamais été est présenté comme le passé. La propagande de masse impose ses versions alternatives du réel qui deviennent ses versions officielles. »
Plus concrètement, à force de répéter que tel ou tel candidat à une élection quelconque est « bon » ou « mauvais », et quand on dispose de moyens financiers pour assurer la propagation à une grande échelle et de manière massive et continue d'une quelconque idée, cette idée devient La vérité et peu importe si la réalité est différente et au diable les nuances.
Aujourd'hui, ceux qui sont massivement présents dans les médias et qui ont les moyens d'assurer une propagande à une échelle sans précédent peuvent se fabriquer une légende, « story telling », qui à force d'être répétée devient « la vérité » contre laquelle aucune contre-vérité ne peut tenir si on n'emploie pas les mêmes moyens de propagande.
Ce phénomène est planétaire et affecte de manière plus ou moins importante toutes les sociétés, où tout devient commodité commercialisable. Abolition de la culture, abolition de la pensée alternative, exaltation des instincts et manipulation à outrance, telle est la nouvelle condition de l'Homme-écran-tactile.
Cette stratégie du remplacement – à ne pas confondre avec la théorie du remplacement chez les suprémacistes blancs- du réel par le virtuel fait des ravages dans les sociétés où l'oral prédomine l'écrit, où la mémoire est abolie sous l'effet de la submersion de l'information dont le flot ne cesse d'envahir tous les espaces.
Dans mon pays, la Tunisie, on se vante du fait d'être le peuple le plus connecté d'Afrique, le plus actif sur les réseaux sociaux, le plus addicte à l'écran et le plus soumis à la dictature du présent. Aucune distance n'est possible, aucun recul, aucune analyse, la vitesse embarque tout le monde dans un tourbillon qui les éloigne non seulement du monde mais d'eux-mêmes. Ce ravage affecte tous les aspects de la vie des Tunisiens à commencer par la vie politique objet de cet article.
Le cas Chahed
M. Chahed dont le bilan est catastrophique par tous les critères, dispose d'une machine de propagande qui lui permet de faire croire le contraire et qu'il sera encore plus « efficace » s'il est élu président. Même les chiffres ont perdu leur pertinence face à la propagande.
Le mensonge est tellement gros qu'il relève carrément de l'absurde. Comment peut-on croire que ce qui n'a pas été possible avec les pouvoirs dont dispose le chef du gouvernement, le sera avec les prérogatives limitées d'un président de la République dans un régime quasi- parlementaire ?

Les moyens financiers mis à la disposition de la propagande peuvent faire croire cela à un nombre important de personnes crédules. Pseudo-intellectuels, journalistes et société de marketing politique se chargeront du reste.
Le cas Zbidi
Le cas de M. Zbidi est encore plus éloquent. Voilà un monsieur qui a de lui-même déclaré qu'il ne comprenait rien à la politique qu'il a lui-même mal définit car effectivement, la politique dont il parlait est synonyme de mensonge. Ce n'est donc pas la politique au sens noble du terme.
C'est la roublardise et les méthodes de voyous dont sont coutumiers tous ceux avec qui il a travaillé que ce soit avant ou après la révolution. Il n'a jamais été dérangé par cette pratique de la « politique ».
Il ignore ce qu'est la fonction de président de la République qui est éminemment politique au sens noble du terme à savoir, la recherche permanente de l'intérêt général. Ceci nécessite des compétences multiples dans tous les domaines (histoire, sciences sociales, sciences politiques, relations internationales, diplomatie économique, etc.) et une propension à trouver des compromis et des articulations pour concilier les inconciliables sans jamais perdre de vue l'intérêt de la nation.
En dépit de cette ignorance, la propagande se chargera de lui tresser des lauriers et le faire passer pour l'homme providentiel. Il peut avoir des qualités humaines indéniables mais cela suffit-il pour en faire un président et le faire passer pour ce qu'il n'est pas ? La propagande et l'argent peuvent créer des miracles à travers le subtil amalgame entre M. Zbidi et feu Caïd Essebsi alors que les deux hommes sont, sur le plan politique, aux antipodes.
M. Zbidi n'a jamais soufflé un mot concernant les réseaux djihadistes, les assassinats politiques, les snipers, l'organisation secrète, alors qu'il était ministre de la Défense. Aujourd'hui, ses propagandistes ont l'outrecuidance de nous faire croire que ses dossiers seront prioritaires pour lui. Il a été le ministre d'Ennahdha avant même que la Troïka ne soit formée et aujourd'hui la propagande efface ce passé et tente de le faire passer pour un opposant à Ennahdha ! Il ne sait pas formuler une phrase cohérente avec un sens, donc incapable d'avoir une autonomie de pensée, ça ne fait rien, la propagande va faire passer cela pour de la retenue et de la discrétion, etc…
Le cas Karoui
M. Karoui, dont le comportement, les prises de position, le langage ordurier et les méthodes de voyou dont il est coutumier, son ignorance lui aussi de ce que veut dire le concept « politique », se présente aujourd'hui, comme l'atteste la qualité qu'il s'est attribuée sur la fiche d'inscription aux élections présidentielles comme « politicien » ! Quelle hérésie ! Alors que ce monsieur ne peut être que « propagandiste manipulateur de l'opinion » dans le meilleur des cas.

C'est un pur produit du marketing politique et du populisme de bas étage. On va faire du « story telling » et on va lui attribuer une nouvelle identité qui fera oublier la réalité au profit d'une identité virtuelle validée par l'écran de télé dont il dispose sans limite.

On a beau apporter les preuves du contraire par rapport à ce qu'il prétend, peine perdue, l'écran l'emporte toujours. L'écran peut effacer la mémoire, créer une nouvelle histoire, accélérer l'amnésie, interposer un écran de fumée entre les vérités vraies et la « vérité » virtuelle. Le cas de Abir Moussi en est la parfaite illustration.

Le cas Moussi
Mme Moussi, RCDiste devant l'éternel, propagandiste du régime dictatorial, servile volontaire d'un régime tortionnaire qui a sévi pendant 23 ans, se présente aujourd'hui comme la vierge effarouchée pour nous donner des leçons de démocratie, de bonne gouvernance et de l'Etat de droit ! Le miracle de la propagande a opéré une amnésie générale à telle enseigne qu'on se demande s'il ne s'agissait pas d'une autre personne.
Aucun journaliste ne la confronte avec son passé, ne lui rappelle le rôle qu'elle jouait pour couvrir les atrocités de Ben Ali. « Qui contrôle le présent contrôle le passé » dit G. Orwell dans La Ferme des animaux, et voilà qu'une horde de journalistes et « d'intellectuels » soutiennent et valident la propagande aux détriments de l'Histoire.

Le cas Mourou
Le même constat et les mêmes méthodes sont employées par M. Mourou qui en dépit de son passé, ses déclarations encore visibles et audibles appelant à la violence, à la dictature religieuse, au pouvoir qu'il ne faut pas lâcher quel que soit le prix que les Tunisiens paieront, la propagande le fait passer pour quelqu'un de « jovial, éloquent, beldi, plein d'humour, intelligent, etc ». La propagande occulte ainsi la violence de ses propos et de ses prises de position qui feraient passer Ben Laden pour un enfant de cœur.
Regardez avec quelle délectation et quelle bienveillance les journalistes parlent avec M. Mourou. Regardez comment une pseudo-intellectuelle féministe, dite progressiste lui a apporté son soutien ! Elle a développé le syndrome de Stockholm sous l'effet ravageur de la propagande et du « story telling ».

Mais il y a aussi le contre-exemple : Mohamed ABBOU
La propagande veut faire passer M. Abbou pour ce qu'il n'est pas. Il attire les foudres de la propagande négative parce qu'il se positionne comme « le champion » de l'application stricte de la loi et donc pour le rétablissement des vérités tangibles et vérifiables. C'est l'empêcheur de tricher en rond, le briseur des écrans de fumée.
Dans un monde d'argent et de propagande permanente, ce genre de personne est à abattre pour que le triomphe du mensonge soit total. Le fait que M. Abbou fait référence à l'histoire, rappelle le passé de certaines personnes, rétablit la perspective historique en la reliant au présent et en se projetant dans l'avenir, dérange la machine de l'amnésie collective.
Porter la contradiction qui génère la réflexion et la critique, dérange un système qui tend vers l'uniformisation de la pensée. Il faut alors abolir la contradiction et faire passer M. Abbou pour ce qu'il n'est pas.
Il est tour à tour accusé de gauchiste, d'islamiste, d'athée, de conservateur, sans même se soucier de l'incompatibilité de tous ses qualificatifs. L'objectif c'est de ternir son image dans l'opinion et de le disqualifier.
Pire encore, il est rejeté parce qu'il est « trop propre » pour certains. Il empêche donc, l'achèvement du remplacement des valeurs positives par le mensonge et la propagande.
Il a beau montrer toutes les preuves qu'il est farouchement opposé au projet d'Ennahdha, il demeure pour la propagande, et donc dans l'opinion, un « nahdhaoui ». Il est pour l'égalité dans l'héritage alors il est athée.
Il a beau parler d'encouragement de l'investissement privé, il reste toujours un gauchiste qui veut tout nationaliser et ainsi de suite quel que soit le sujet abordé.

Résultat des courses :
On peut alors affirmer que le tangible, l'intelligible, l'empirique, le vérifiable, le cognitif, tout ce qui relève de l'autonomie de la pensée et de la subjectivité doit disparaitre pour mieux organiser la domination des masses à travers une manipulation de plus en plus subtile.
A quoi peuvent servir les livres quand les écrans se substituent à tout, envahissent les espaces publics et privés, s'infiltrent dans les parties les plus intimes des individus, organisent leurs vies, économique, politique, sociale. Leur sexualité, leur spiritualité, leur pensée aussi. La manipulation des masses est d'autant plus efficace quand elle germe dans un terreau où se mêlent l'inculture, donc l'inexpérience, et l'exaltation des bas instincts.
Il n'est plus nécessaire, comme le dit Michel Onfray dans son livre Théorie de la dictature, de bruler les livres « il suffit d'abolir la lecture », je dirai aussi, d'assassiner la nuance, de simplifier à outrance, d'uniformiser la pensée, d'embarquer les gens dans le tourbillon de la vitesse, en substituant le réel par le virtuel.
Comment abolir les vérités ?
C'est en organisant l'ignorance qu'on finit par remplacer Les vérités par La vérité, celle qu'on voit sur les écrans, que dictent les formateurs de la pensée simpliste et aisément saisissable.
Détruire les nuances c'est faire la part belle au manichéisme triomphant dans un monde où la lenteur est abolie au profit du vertige de la vitesse.
Plus aucune vérité n'existe en dehors de celle qu'on voit sur les écrans. La puissance de l'écran qui se niche dans le creux de la main a achevé de réduire toutes les distances critiques, toutes les subjectivités, toute pensée autonome. On répète ce qu'on a vu, et plus une pensée se répand et moins elle laisse de la place à d'autres pensées d'où la puissance de l'argent qui rend possible la propagation de la pensée devenue unique donc « vérité absolue ».
Quand l'instinct est convoqué c'est l'intelligence qui est congédiée. Quand on flatte les bas instincts, quand l'estomac remplace le cerveau, quand la parole mensongère prend de l'autorité, quand les voyous se drapent de vertus, ce sont alors les consciences qui sont mises en berne pour que triomphent le mensonge et la médiocrité.


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