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Les JCC : touche pas à ma spécificité
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Publié dans La Presse de Tunisie le 31 - 05 - 2015


Par Samira DAMI
Les Journées cinématographiques de Carthage (JCC), on le sait, ont désormais une périodicité annuelle au lieu de celle bisannuelle, comme cela est de tradition depuis leur naissance, voilà une cinquantaine d'années.
Prévues du 21 au 28 novembre, les prochaines JCC garderont-elles, vu ce changement important, la même conception et la même vision?
Intérrogé, Brahim Letaïef, nouveau directeur des JCC, est catégorique : «Les JCC doivent continuer sur la même voie, notamment au niveau de leur spécificité arabo-africaine». C'est donc la continuité qui prévaut au niveau des fondamentaux de cette manifestation qui prône la promotion et l'encouragement des cinématographies africaines et arabes à travers la compétition, la réflexion et le débat, l'aide à l'écriture et à la post-production de films. Cela, outre la découverte de jeunes talents et la coopération Sud-Sud.
Mais d'aucuns ont exprimé l'idée de la nécessaire ouverture de la compétition, exclusivement consacrée, jusqu'ici, aux films africains et arabes sur les autres cinémas du monde.
Cela, à l'instar des festivals de Marrakech, Dubaï, Le Caire et autres. D'autant que la nouvelle périodicité annuelle des JCC n'assure pas la programmation de nouveaux films africains et arabes en avant-première. Surtout si l'on considère la multitude de festivals de cinéma dans le continent africain, dont le Fespaco, et ailleurs qui se focalisent sur les cinématographies arabes et africaines.
Or, en optant pour l'ouverture des JCC sur les autres cinémas du monde dans la section compétitive, il est clair qu'elles perdront leur spécificité, telle qu'imaginée et conçue par leur fondateur, Tahar Cheriaâ. Une spécificité qui a fait jusqu'ici sa force, sa pérennité et son originalité. Car, en se focalisant sur «Marrakech», «Dubaï», «Le Caire» and co, l'on s'apercevra, rapidement, qu'il s'agit non pas de manifestations exclusivement cinématographique et culturelle, mais qui relèvent plutôt du prestige et de la promotion touristique. «Mieux», on peut se demander qui parmi les grands cinéastes ou les grandes sociétés de production préféreraient les festivals du continent à «Canny», «Berlin» ou «Venise» pour ne citer que les manifestations cinématographiques les plus prestigieuses de l'Occident.
Du coup, «Marrakech», «Le Caire» et «Dubaï» ne peuvent aspirer aux films de grosses pointures du cinéma mondial et autres grandes maisons de production.
Soyons lucides et logiques. En programmant les autres cinématographies du monde dans leur section compétitive, les JCC perdront leur identité et leur touche particulière et originale.
L'on ne comprend pas, par ailleurs, ce désir de changement de conception, de vision et d'ouverture comme si les JCC n'étaient pas, depuis toujours, ouvertes sur le reste du cinéma mondial à travers plusieurs sections, telles que «Le panorama du cinéma mondial», «Les hommages» aux cinématographies et aux cinéastes importants de par le monde et autres sections spéciales.
Enfin, ce qui devrait changer à notre avis, c'est la structure du festival qui devrait être, désormais, permanente afin de donner le temps et les moyens à l'équipe organisatrice d'œuvrer dans la continuité et d'acquérir le savoir-faire et l'expérience qu'exige notamment une périodicité annuelle.


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