Les structures privées, qui assurent l'hémodialyse pour deux tiers des cas traités par cet acte vital, urgent et répétitif, sur le plan national, risquent de disparaître, à cause du gel des tarifs de remboursement Subir ce traitement lourd et répétitif, qu'est l'hémodialyse, est déjà un calvaire pour les insuffisants rénaux chroniques. Que dire alors s'ils devraient vivre en parallèle le cauchemar de l'insuffisance des structures qui assurent ce traitement d'épuration extra-rénale vital et urgent et même le risque sérieux de leur pénurie? Eh bien ils commencent à le vivre ce cauchemar, puisque les centres de dialyse privés, qui assurent les trois quarts des prestations de ce genre sur le plan national, sont aujourd'hui sérieusement menacés de mettre les clés sous le paillasson. «On signale déjà la fermeture d'une clinique à Djerba à la fin du mois de mai 2015 et la cessation de paiement de deux autres cliniques», peut-on lire dans un communiqué de presse publié conjointement par le Groupement professionnel de Dialyse de la Conect (Confédération des entreprises citoyennes tunisiennes) et l'Association tunisienne des insuffisants rénaux (Atir), à l'occasion de la Journée nationale du don d'organe, célébrée le 17 octobre de chaque année. C'est «un sujet de préoccupation de près de 10.000 familles dont les parents sont traités par hémodialyse», nous confie le Dr Aziz El Matri, président du Groupement dialyse de Conect. Car explique-t-il , «la qualité des soins est en train de se dégrader en raison du gel du tarif de leur remboursement depuis 38 ans». Un problème qui menace la vie de près de dix mille patients auxquels s'ajoutent quelque mille nouveaux cas chaque année. Sachant que la greffe du reinو qui est la solution idoine pour cette affection pénible, n'arrive à soustraire de ce calvaire qu'un nombre restreint de ces patients, soit une moyenne de 120 par an. Ayant débuté en Tunisie en 1986, la greffe «a évolué régulièrement de 40 interventions par an, à 120 en 2010 pour stagner à ce chiffre jusqu'à nos jours. Une moyenne de 12 greffes par million d'habitants et par an, alors que la moyenne en Europe est de l'ordre de 30» , explique encore notre interlocuteur. Un secteur en danger L'hémodialyse reste donc la solution vitale pour la majorité écrasante des patients. Un secteur qui s'est développé pour répondre à cette demande croissante et qui compte aujourd'hui près de 120 cliniques. Celles-ci emploient près de 250 médecins, 600 infirmiers et 600 autres personnels. Le secteur génère, en outre, des emplois indirects dans les secteurs de la santé et de l'industrie, donc d'importants bénéfices pour l'économie du pays et est devenu depuis des années le plus performant, côté technique dans sa spécialité sur le double plan arabe et africain. Or, comme déjà dit, ce secteur risque la faillite à cause de la menace qui plane sur les centres privés qui accusent aujourd'hui des pertes sèches suite au gel des tarifs et l'augmentations des frais fixes. «Suite à l'introduction de la technique en Tunisie, l'arrêté du 26 mai 1977 a fixé le tarif forfaitaire d'une séance à 89 dinars puis l'a ramenée à 87 dinars, le 4 avril 1995. Cela outre l'imposition d'une TVA de 6% payée par les cliniques prestataires de service et non par le client .Ce tarif est maintenu au même niveau jusqu'à ce jour», explique le groupement et l'Atir. Puis d'ajouter que le décret du 4 août 1989 stipule que «les tarifs des séances d'hémodialyse sont fixés annuellement par arrêté conjoint du ministère du Plan et des Finances et de celui de la Santé publique». Dans la même période, précisent les deux partenaires, «le remboursement d'autres actes médicaux forfaitaires fixés par le même décret (ex: les accouchements et les césariennes) ont été multipliés par six». Ainsi, ajoutent les concernés, le tarif de remboursement actuel est au moins de 13 dinars inférieur au prix de revient moyen évalué par une commission officielle. Il est à signaler qu'il est, dans la majorité des cas, la seule source de revenu des cliniques, puisque la dialyse fait partie des affections intégralement prises en charge par la Cnam, précisent-ils. Patients et cliniques attendent donc une décision politique qui pourrait d'un seul trait sauver d'abord tous ces patients obligés de subir ce traitement dans l'attente d'un greffon qui risque de ne jamais arriver, ensuite toutes ces structures qui risquent de disparaître. Le Dr Matri propose, pour sa part, deux volets aussi importants l'un que l'autre pour résoudre ce problème. «Développer plus la greffe d'organes en améliorant la condition qualitative et quantitative de travail dans les hôpitaux et améliorer les conditions de dialyse en assurant aux cliniques spécialisées une rémunération juste, afin de faire arriver les malades à la greffe dans les meilleures conditions». Or, le don d'organes est encore freiné par la pénurie de citoyens ayant clairement et officiellement déclaré leur statut de donneur de leur vivant. D'où la nécessité de renforcer l'effort sociétal et officiel en vue de promouvoir cette noble activité. Rappelons enfin que la prévention de l' insuffisance rénale chronique doit, elle aussi, être renforcée afin d'éviter souffrances, dépendances et dépenses.