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Intempéries, inondations et vétusté de l'infrastructure : Ça ne peut plus durer !
Publié dans La Presse de Tunisie le 12 - 09 - 2020

Au début de chaque automne, les mêmes scènes et images se reproduisent. Pour cette saison, le bilan est assez lourd pour des intempéries qui n'ont duré qu'un court laps de temps. Six personnes y ont péri, dont une fillette de quatre ans emportée par les eaux à Jendouba.
Si, pour le Chef du gouvernement, Hichem Mechichi, les causes sont claires : infrastructure défaillante et mauvaise préparation à ces intempéries, pour les citoyens qui, à chaque fois cèdent à la panique avec les premières gouttes de pluie qui s'abattent sur leurs villes, la situation ne peut plus continuer de la sorte. En tout cas, il n'y a aucun doute que le dilemme, devenu récurrent, des crues provoquées par les premières pluies d'automne en Tunisie, relève d'une question d'infrastructure, d'entretien des infrastructures, mais aussi de gestion et de prévention contre les catastrophes devenues assez prévisibles même à moyen terme. Jeudi, sous les pluies abondantes et torrentielles qui se sont abattues en un court laps de temps, provoquant des inondations dans plusieurs gouvernorats de la République, dont notamment ceux du Grand-Tunis et de Bizerte, les Tunisiens ont été encore une fois pris au piège des brusques intempéries qui marquent la fin de l'été. Résultats, un lourd bilan de six morts, des routes bloquées, des citoyens empêchés de se déplacer, des maisons inondées et une infrastructure qui n'a pas, encore une fois, résisté, effondrement de chaussées et voitures emportées par les eaux, marquant de nouvelles scènes sombres et douloureuses dont les citoyens sont les principales victimes.
Une situation qui a évidemment nécessité une intervention rapide de la part des unités de la Protection civile, mais aussi des équipes des différentes municipalités touchées par ces intempéries. Mobilisées dans différents endroits et sur différents lieux, ces équipes ont pu mener des opérations de sauvetage de personnes sinistrées, d'évacuation des eaux pluviales et de déblocage de routes et des bouchons routiers.
«Nous avons effectué de multiples interventions notamment dans le Grand-Tunis, à l'Ariana, dans des quartiers à Sidi Hassine, à La Marsa ou encore à Ben Arous», explique Mohamed Rached Souissi, le directeur régional de la Protection civile à Tunis, affirmant que certains dégâts ont été constatés au niveau de l'infrastructure, même si les quantités de pluies n'étaient pas aussi considérables, comparées à celles des années précédentes.
Encore une fois, les images partagées massivement par les citoyens sur les réseaux sociaux ont montré la vétusté de l'infrastructure dans différentes zones, surtout dans les gouvernorats du Grand Tunis, où l'on enregistre une importante concentration urbaine.
Plus aucun droit à l'erreur
Certes, il s'agit d'un héritage de plusieurs décennies de mauvais entretiens de l'infrastructure, mais aujourd'hui et au vu du ras-le-bol des citoyens, les autorités n'ont plus droit à l'erreur comme l'explique le Chef du gouvernement Hichem Mechichi. «Nous n'avons plus le droit d'être surpris par les pluies», a-t-il déclaré, jeudi soir, le Chef du gouvernement soulignant qu'en Tunisie «la véritable catastrophe n'est autre que l'état de l'infrastructure qui doit être amélioré». «Il est inacceptable que cette situation se reproduise à chaque intempérie, toutes les parties intervenantes doivent assumer leurs responsabilités et trouver des solutions concrètes et efficaces pour éviter que la circulation soit paralysée à cause des fortes précipitations», a-t-il martelé.
En Tunisie, la gestion, la promotion et l'entretien des infrastructures sont partagés entre plusieurs intervenants, d'où le problème, comme l'explique à notre journal un responsable municipal à La Soukra, dans le gouvernorat de l'Ariana : «La gestion des infrastructures n'est pas une mince affaire, elle relève notamment des responsabilités du ministère de l'Equipement, mais aussi de celles des communes, qui n'ont pas encore pu accomplir convenablement leur rôle», explique-t-il, pour dire que parfois la mauvaise coordination entre ces différents intervenants laisse des chantiers et des travaux d'entretien des routes, par exemple, inachevés. «Il y a aussi le rôle des sociétés publiques comme l'Onas, la Steg ou encore la Sonede qui interviennent et qui pourraient accélérer certains projets d'entretien des infrastructures, notamment dans le Grand Tunis», a-t-il ajouté.
Les problèmes d'infrastructure en Tunisie ne datent pas d'aujourd'hui.
Ces problèmes ont cependant été aggravés étant donné que très peu de choses ont été faites ces dernières années, en dépit des budgets alloués à des projets portant sur ce volet. D'ailleurs, cinq millions de dinars (MD) ont été mobilisés dans le cadre du budget 2020 pour une étude stratégique concernant la gestion des risques d'inondations.
Cette étude prévoit, notamment la mise en place d'une stratégie de lutte contre le changement climatique. Les épisodes d'inondations enregistrés dans plusieurs régions du pays, ces dernières années et notamment à Nabeul il y a deux ans, confirment les constats de plusieurs études et mettent le pays face à la nécessité d'agir pour prévenir des risques plus importants.
En octobre 2019, la Tunisie s'était dotée d'un fonds pour les catastrophes naturelles destiné notamment à l'indemnisation des dégâts causés aux agriculteurs, pêcheurs et aux citoyens par les catastrophes naturelles.
L'ancien ministre de l'Equipement, Noureddine Selmi, avait également annoncé, rappelons-le, un grand projet d'entretien de l'infrastructure du Grand-Tunis dont le coût est de l'ordre de 200 millions de dinars. Mais en dépit de ces décisions et programmes, le Tunisien se trouve encore et toujours dans une situation de détresse aux moindres précipitations abondantes.


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