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Limogeage de Walid ZIDI, ministre de la culture: L'Etat a horreur du lyrisme
Publié dans La Presse de Tunisie le 08 - 10 - 2020

Walid Zidi a certainement d'autres qualités, mais il lui manquait l'étoffe et, surtout, les nerfs d'un homme d'Etat...
Il fallait s'y attendre ! Voilà, en moins de vingt-quatre heures, le ministre de la Culture, Walid Zidi, limogé. Il fallait s'y attendre aussi parce qu'on savait dès le début que ce ministre n'était pas à sa place et que le président de la République lui-même l'a imposé au chef du gouvernement. On savait aussi que la personne en question se laisse aller à ses humeurs et à ses ardeurs qui lui ont joué des tours dès le début. Et voici que ce lundi après-midi et suite à la manifestation des gens de la culture à la Cité Chedly-Klibi, il lâche le discours de trop où il mentionne : «Le ministère de la Culture n'est pas là pour exécuter les décisions du gouvernement»... Pas fin du tout ! Du lyrisme... Pour ne pas dire du non-professionnel sur le plan politique quand on appartient à un gouvernement. Se sentait-il protégé par une instance supérieure au chef du gouvernement ? Walid Zidi a certainement d'autres qualités, mais il lui manquait l'étoffe et, surtout, les nerfs d'un homme d'Etat... Une très mauvaise expérience... Pour ce ministre «furtif», rappelons que depuis le 14 janvier 2011, neuf ministres se sont succédé à la tête de cette institution, la moyenne de vie d'un ministre de la Culture est d'une année...
Dans son intervention sur Shems FM, le lendemain de son limogeage, Walid Zidi a tenu bon et a même exprimé avec amertume le fait qu'il n'a pas été invité au Conseil des ministres qui a pris cette décision. La culture est considérée comme la cinquième roue de la charrette ? Mais il le savait déjà quand il avait accepté ce poste non ? Walid Zidi, dans cette interview, a abusé aussi de la diarrhée linguistique et littéraire pour dire qu'un «communiqué» n'est pas une «décision». La rhétorique doit être au service de l'idée et ne pas couvrir l'absence d'idées. Encore une fois, cela nous rappelle les alambics linguistiques du Chef de l'Etat… mais cela n'est pas notre propos.
Bon, voilà, c'est dit ! Le secteur de la culture n'est pas un secteur économique comme les autres qui fait vivre ses actants ! Interdire les spectacles à cause du Covid-19 en laissant les autres secteurs de l'économie fonctionnels le prouve non ? Sinon, il faut vous le dire comment ?! Les cafés et les restaurants sont-ils moins contaminants que les théâtres ? L'habileté de la part d'un ministre de la Culture, dans ces conditions, aurait été, avant de se laisser aller à ses envolées lyriques, de discuter d'abord avec son chef du gouvernement et essayer de lui «arracher» des marges pour les artistes ou encore de proposer des dédommagements rapides cette fois. Bref, trouver des solutions et au pire démissionner si toutes les portes, pour sauver les artistes, lui ont été fermées… Une sortie par la grande porte et une révérence méritée de la part des gens de la culture. Hichem Mechichi ne pouvait pas faire autrement, c'est compréhensible et même louable... Mais c'est également inquiétant ! Pourquoi ? Parce que cela prouve que les symboles de l'Etat s'effritent... Et parce que désormais le choix des ministres de la Culture se fait à l'aveuglette... C'est vous dire le sort réservé aux gens de la culture...


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