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Administration publique et PME : Une structure lourde
Publié dans La Presse de Tunisie le 03 - 12 - 2020

L'administration publique constitue, pour certaines PME, une structure lourde qui n'a pas su s'adapter aux changements technologiques opérés dans le monde, étant peu encline à fournir des services de qualité susceptibles de stimuler les activités économiques et la création des richesses. Les procédures utilisées doivent être revues en s'orientant vers l'e-administration.
Il s'est avéré que l'administration tunisienne constitue un handicap pour les entreprises de petite et de moyenne taille au lieu d'être un facilitateur des affaires pour aider ces entreprises à réussir leur initiative, agrandir leur projet et recruter de la main-d'œuvre. Les hommes d'affaires ont toujours décrié la lenteur de l'administration tunisienne ainsi que ses circuits complexes et son laxisme. Pour demander des documents administratifs, il faut patienter, parfois, une semaine voire plus. Or, les chefs d'entreprise sont tenus de respecter les délais notamment quand il s'agit de participer à un appel d'offres dont la date limite de dépôt des dossiers est fixée à l'avance. Ainsi, des affaires juteuses sont ratées à cause de ces retards administratifs à répétition.
D'autres fois, il est difficile de rencontrer le premier responsable de l'administration qui est soit en réunion avec son staff ou en mission à l'étranger. Son remplaçant ne peut pas faire grand-chose et il invite souvent son vis-à-vis à attendre le retour du directeur général pour prendre la décision finale au sujet d'un dossier donné. Après la révolution, les choses se sont encore compliquées dans la mesure où les responsables des administrations ne veulent plus prendre d'initiatives de peur d'être réprimés par leurs supérieurs. Ainsi, les dossiers s'entassent dans les bureaux des administrateurs sans que personne n'ose agir pour relancer l'économie et stimuler les activités des entreprises.
Attentisme à n'en plus finir
La perception des entreprises quant au rendement de l'administration publique a été au centre de la 5e édition de l'enquête annuelle menée auprès des PME tunisiennes par l'institut « One to One » pour le compte du Centre des jeunes dirigeants (CJD) et de la Konrad Adenauer Stiftung. Le but de cette enquête est de mesurer la perception et la satisfaction des PME tunisiennes quant aux prestations des administrations publiques.
Ce sondage a été réalisé auprès d'un échantillon représentatif de 500 responsables et chefs de petites et moyennes entreprises tunisiennes ne dépassant pas 200 employés, et ce, du 23 octobre au 24 novembre 2020. A travers cette enquête, les dirigeants de PME ont évalué les administrations publiques sur six critères, à savoir la satisfaction globale, l'éfficacité, la qualité d'accueil, la rapidité du service, la clarté des procédures et la digitalisation. La cinquième édition du baromètre des perceptions des PME vis-à-vis de l'administration publique montre une régression pour la plupart des administrations sur les critères susmentionnés, par rapport à 2019. Un taux important de PME, en l'occurrence 83%, considèrent que l'administration publique représente un obstacle sévère, majeur ou modéré, contre 71% en 2019, soit une augmentation de 12%. Une évolution négative de 2,7% est enregistrée dans les scores obtenus entre 2019 et 2020 au niveau de tous les critères pour toutes les administrations publiques évaluées. L'évolution négative la plus importante concerne la rapidité du service (4,25%) et l'efficacité (4,13%), suivie de l'accueil du personnel (3,54%) et la clarté des procédures (3,02%).
Le Covid-19 a aggravé la situation
Ainsi, le chef d'entreprise se trouve plus d'une fois, seul pour affronter les différents problèmes rencontrés. Il n'a à ses côtés aucun agent administratif, capable de le guider et de lui monter la voie à suivre. Certes, dans certaines administrations publiques comme celle de l'Agence de promotion de l'industrie et de l'innovation (APII) un Guichet unique regroupant les responsables des différentes administrations a été aménagé et a donné des résultats satisfaisants en tant qu'interlocuteur unique mais cette initiative est loin d'être suffisante. Les hommes d'affaires ont besoin des prestations de proximité accessibles par le web tout au long de la journée (même pendant les jours fériés) pour pouvoir déposer leurs dossiers et obtenir des documents administratifs.
A l'instar des années précédentes, les résultats montrent aussi qu'aucune administration n'a atteint un score de 70/100. Le RNE et l'APII sont les plus proches de ce standard avec des scores respectifs de 65,6 et 65,5. Tandis que l'administration municipale enregistre le score le moins élevé 51,2, s'approchant ainsi du score de 2017 (50,9). Il faut dire que le Covid-19 a eu un effet sur l'évolution négative d'autant plus que 7 PME sur 10 (73%) trouvent que l'administration publique n'a pas réussi à s'adapter à satisfaire les besoins des entreprises privées. En fait, lors de la pandémie, les entreprises en confinement total ont des besoins spécifiques et urgents que l'administration doit combler pour assurer leur pérennité.
Une part des PME considère, cependant, que les mesures préventives prises par l'administration publique tunisienne pour la protection de ses employés (43,6%) et ceux des entreprises (37,5%) sont inefficaces ou peu efficaces. Concernant les incitations à la corruption par les administrations publiques, 27,7% des dirigeants déclarent que leurs entreprises ont été sollicitées à faire des versements illicites, lors des opérations de contrôle, de la participation aux marchés publics, pour l'accès aux services ou pour les opérations d'import/export. Cette corruption est en légère baisse par rapport à 2019 (28,8%), mais reste en deçà du taux enregistré en 2018 (20,9%). Cette évolution montre que des efforts restent encore à déployer pour contrecarrer la corruption sous toutes ses formes.
Quant aux actions prioritaires à entreprendre par les administrations publiques pour améliorer la relation avec les PME, la priorité doit être accordée à la digitalisation (40,8%), à l'amélioration de la qualité des services (14,8%) et la transparence des procédures (23,4%).


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