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Dialogue national : L'Ugtt dicte ses conditions
Publié dans La Presse de Tunisie le 15 - 04 - 2022

L'Ugtt pourrait boycotter le dialogue national au cas où la consultation lui servirait de base.
Toutes les parties doivent s'asseoir sur la table du dialogue et rendre des comptes sur la gestion du pays durant la période écoulée.
L'organisation du dialogue national s'est imposée, ces derniers jours, comme un sujet d'une actualité brûlante, un dossier d'une priorité absolue et un thème dont la discussion concerne tous les observateurs et analystes politiques qui s'y intéressent et sont, désormais, convaincus qu'il n'est plus question de tergiverser ou de continuer à palabrer sur l'opportunité même de tenir ce dialogue tant attendu.
Maintenant que le Président Kaïs Saïed a tranché dans l'affaire, a annoncé que le dialogue national aura lieu «en se fondant sur les conclusions de la consultation nationale électronique» et qu'il est allé aussi jusqu'à proclamer que ce même dialogue a déjà démarré, à la lumière des rencontres qu'il a eues la semaine écoulée avec les responsables de l'Ugtt, de l'Utica, de l'Unft, de la Ltdh et de l'Ordre des avocats, la question qui attend, aujourd'hui, une réponse claire et nette n'est plus de savoir si le dialogue a démarré effectivement ou si l'on est encore au stade des déclarations et des contre-déclarations.
La question est de savoir si les parties qui sont censées participer au dialogue national vont accepter d'y prendre part sur la base de la plateforme déjà annoncée par le Chef de l'Etat, dont en premier lieu les résultats issus de la consultation nationale ou si elles envisagent de poser elles aussi leurs conditions ?
Et la réponse ne s'est pas fait trop attendre, puisque l'Union générale tunisienne du travail (Ugtt) a, déjà, posé ses conditions par la voix de son secrétaire général, Noureddine Taboubi.
En effet, le secrétaire générale de la centrale syndicale ouvrière a mis les points sur les i, à l'issue d'une rencontre qui l'a groupé, lundi 13 avril, avec une délégation de députés européens.
A la place Mohamed-Ali, les syndicalistes sont convaincus que «le dialogue national ne doit pas se baser sur les résultats de la consultation électronique».
Plus tranchant encore, Taboubi ajoute : «La centrale syndicale exerce une pression pour que le dialogue national soit tuniso-tunisien et sans conditions préalables».
Mais que veut dire Noureddine Taboubi par sa triple expression «un dialogue tuniso-tunisien» et «toutes les parties doivent s'asseoir sur la table du dialogue» et, enfin, «un dialogue sans conditions préalables » ?
Les syndicalistes proposent
Sans prétendre le moins du monde être au parfum de ce que pensent Noureddine Taboubi et ses collaborateurs les plus médiatisés (membres du bureau exécutif, membres de la commission administrative nationale, secrétaires généraux des fédérations des syndicats généraux) ou décréter, dans les écrits de Facebook produits par certaines personnalités prétendant tout savoir du côté de la place Mohamed-Ali, ce que personne n'a pu jusqu'à aujourd'hui comprendre, l'on peut dire que l'Ugtt pose carrément ses propres conditions pour prendre part à la consultation tant attendue. Dans le cas contraire, c'est-à-dire si les revendications des syndicalistes n'étaient pas satisfaites, Noureddine Taboubi n'écarte pas «la possibilité de voir l'Ugtt décider de boycotter l'organisation du dialogue national».
Mais avant d'arriver à ce stade, il faudrait creuser dans les trois conditions que posent les syndicalistes.
D'abord, un dialogue tuniso-tunisien veut dire que l'Ugtt n'admet aucune intervention étrangère de quelque nature soit-elle ou de quelque source proviendra-t-elle.
En plus clair, les Tunisiens qui vont dialoguer, ensemble, n'ont de leçons à recevoir de personne.
Ensuite, la petite phrase du secrétaire général, chargée de significations, ouvrant la voie à toutes les interprétations possibles : «La centrale syndicale estime que toutes les parties doivent s'asseoir sur la table du dialogue et rendent des comptes sur la gestion du pays durant la période écoulée». Peut-on comprendre que l'Ugtt ne voit pas d'inconvénient à ce que ceux qui ont participé à la gestion catastrophique du pays durant la décennie 2011-2021, en premier lieu le parti Ennahdha, prennent part au dialogue national, mais à condition qu'ils s'engagent à s'excuser pour les erreurs qu'ils avaient commises et à annoncer publiquement qu'ils ont décidé de réviser leurs approches, leurs orientations et qu'ils ont pris la décision aussi d'opérer des rectifications de leurs idéologies de manière à accompagner les exigences de la nouvelle donne qui marque désormais la scène politique nationale post-25 juillet.
Enfin, l'affirmation par Noureddine Taboubi qui soutient : «Le dialogue national ne doit pas se baser sur les résultats de la consultation électronique». Et il ajoute: «Chacun doit assumer sa part de responsabilité au cas où le dialogue national s'appuierait sur des résultats préalables».
Les choses sont claires: le dialogue national doit s'organiser, selon l'Ugtt, avec la participation de tous, et ne doit pas être couronné par des résultats déjà annoncés.
Les conditions de l'Ugtt étant explicitées, l'on attend maintenant comment les autres parties vont-elles réagir.
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