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Impact du stress hydrique | Faouzi ZAYANI, Expert en politiques agricoles et développement durable, à La Presse : «Il faut accompagner les agriculteurs dans leurs projets de ''conversion culturale''»
Publié dans La Presse de Tunisie le 05 - 04 - 2023

«La Tunisie n'a engagé aucune réforme nécessaire et urgente pour renforcer ses capacités en matière de souveraineté alimentaire. En 2022, elle a été dans l'obligation de contracter des prêts auprès d'institutions internationales pour garantir son approvisionnement en céréales ».
Le syndicat des agriculteurs de Tunisie évalue, selon des estimations préliminaires, que la récolte sera en deçà de celle espérée, couvrant seulement 12,5% des besoins du pays. Quelle lecture faites-vous sur le développement de cette filière, notamment au niveau de l'offre et de la demande ?
Il est encore tôt pour avancer des chiffres. Certes, la situation du secteur agricole et notamment le secteur céréalier est dramatique. Néanmoins, il faut éviter les discours pessimistes et laisser de côté les estimations préliminaires qui sont toutes relatives. Par ailleurs, les organisations agricoles doivent adopter d'autres approches à l'égard des changements climatiques et des changements géopolitiques et notamment des « approches de crise» visant à rassurer l'agriculteur, le soutenir, l'accompagner et le défendre, le cas échéant. Ces approches sont inexistantes actuellement, les organisations agricoles agissent d'une manière sporadique, non réfléchie et sous l'effet de l'instant, ce qui rend leurs démarches stériles.Ce que nous pouvons , c'est que la récolte des grandes cultures cette saison sera en deçà de celle de l'année dernière à cause de la sécheresse qui frappe le pays depuis trois années consécutives.
Notons que le secteur céréalier est stratégique en Tunisie: 40% des agriculteurs sont des céréaliers et les superficies des terres cultivables dédiées à ce secteur peuvent atteindre les 40% sur 5 millions d'hectares, d'où l'importance et l'extrême urgence de changer de politique agricole et veiller à ce que le pays produise davantage de produits de première nécessité et assurer une relative souveraineté alimentaire.
Quelles seront d'après vous les prévisions concernant la production ? Et quelles solutions faut-il envisager pour garantir l'approvisionnement en quantités suffisantes de céréales au cours des mois à venir ?
Les prévisions pour la saison 2022-2023 seront en deçà de la saison dernière : sécheresse depuis trois années consécutives, hausse des températures et manque d'eau dans les barrages pour une irrigation complémentaire.
Il est évident que le monde, ces dernières années, a connu des événements atroces et tristes et particulièrement le Covid-19 et la guerre russo-ukrainienne, en plus des changements climatiques qui ont frappé toute la planète. Ces événements représentent une menace réelle pour l'autosuffisance alimentaire et un risque d'instabilité géopolitique dans plusieurs pays. Ils étaient l'occasion d'envoyer des signaux forts pour tous les gouvernements pour repenser de nouveau leurs modèles économiques afin d'assurer le minimum garanti d'autosuffisance alimentaire et bâtir une vraie paix sociale.
Pour le cas tunisien, il faut que le gouvernement assure dès maintenant l'approvisionnement des besoins en quantités suffisantes de céréales, ce qui nécessite beaucoup d'efforts en ressources financières et en logistique de stockage et de conservation. Mais jusqu'à présent, l'Etat n'a présenté aucun programme chiffré sur les programmes à venir pour faire face à la crise, d'une part, et comment va-t-il procéder pour l'approvisionnement des besoins en produits de base, d'autre part.
Il faut également que la diplomatie tunisienne soit à la hauteur des attentes du pays et œuvre pour de meilleures relations avec les pays exportateurs de céréales et en profiter pour développer nos échanges commerciaux avec eux.
Les crises par lesquelles passe le monde actuellement ont poussé les pays à renforcer leur souveraineté alimentaire. Comment la Tunisie aborde-t-elle cette question ?
La Tunisie traverse depuis quelques années une situation économique difficile, à savoir le désordre des finances publiques : les recettes fiscales et autres ne couvrent pas les dépenses, ce qui a engendré un déficit chronique. En même temps, le pays a continué à mener un train de vie qui ne correspond pas à la réalité des finances publiques. Le pays n'a engagé aucune réforme nécessaire et urgente pour renforcer ses capacités en matière de souveraineté alimentaire. En 2022, le pays a été dans l'obligation de contracter des prêts auprès d'institutions internationales pour garantir son approvisionnement en céréales.
Dans le même temps, nous n'avons vu aucune initiative gouvernementale et aucune approche visant à proposer un plan Marshall urgent pour assurer même en partie la sécurité alimentaire du pays.
Le pays traverse une phase critique vu l'état des barrages, la sécheresse et la hausse des températures et, malgré tous ces éléments, nous ne voyons aucun signe de la part des pouvoirs publics pour une meilleure gouvernance des ressources en eau potable et d'irrigation. Aucun programme en faveur des agriculteurs afin de mieux optimiser les ressources en eau et opter en faveur des cultures stratégiques, telles que les céréales et les cultures fourragères.
Comment peut-on gérer la sécheresse de cette année, notamment durant cette période particulière, marquée par des circonstances climatiques et agricoles difficiles ?
Le pays vit une période de sécheresse depuis trois ans consécutifs. Il n'a pas connu une situation pareille depuis plus d'une vingtaine d'années. Les gouvernements précédents assument l'entière responsabilité de l'absence des réformes nécessaires et du manque de visions d'avenir, ce qui a aggravé la situation actuelle. Pour ce gouvernement, la tâche s'avère difficile, mais il existe néanmoins des solutions qui peuvent alléger la souffrance des agriculteurs, d'une part, et éviter les coupures d'eau pour le grand nombre de consommateurs. Il faut envisager des campagnes de sensibilisation plus efficaces et ciblées pour le plus grand nombre de citoyens.
Pour l'eau potable, il faut opter dans les régions lointaines des barrages pour la mise en place de stations ambulantes de dessalement d'eau saumâtre afin de ne pas priver les consommateurs, surtout que nous sommes à la veille de l'été.
La gouvernance sera efficace pour l'utilisation des eaux usées traitées. Celles-ci peuvent fournir 25% de nos besoins en irrigation, mais nous utilisons actuellement moins de 5% pour cause de mauvaise gestion et de manque de sensibilisation des agriculteurs.Il faut opter également en urgence pour une transition énergétique, à savoir les énergies renouvelables à usage agricole : on peut fournir de l'eau pour l'irrigation à moindre coût, en favorisant les énergies propres pour les forages et pour le traitement des eaux saumâtres. Et cela en même temps que le dessalement des eaux de mer.
Quelle stratégie faut-il adopter actuellement pour accompagner l'agriculteur, particulièrement face à une situation de stress hydrique ?
«La récréation est finie». Pour aborder cette question fatidique, il faut avoir non pas une approche fragmentée et sectorielle, mais une approche d'ensemble qui opte pour des solutions nationales et durables.
La stratégie nationale qui doit être adoptée ne concerne pas seulement le ministère de l'Agriculture, mais d'autres comme l'Environnement, la Santé, l'Industrie… C'est pourquoi il faut créer de toute urgence une «cellule de veille et de suivi» constituée des pouvoirs publics, de la recherche scientifique et de la profession et qui a pour mission de sensibiliser l'opinion publique, proposer des solutions immédiates face à la crise actuelle de sécheresse et veiller à la bonne exécution de ces décisions.
Et parmi les décisions à prendre, il faut adopter un plan d'urgence de réorganisation de la cartographie agricole : priorité pour les cultures stratégiques, comme les céréales, les cultures fourragères et les cultures maraîchères. Il faut accompagner les agriculteurs dans leurs projets de «conversion culturale» : favoriser les cultures stratégiques et éviter les cultures consommatrices de grandes quantités d'eau.
Ce plan doit s'articuler autour de quelques axes, à savoir : une meilleure optimisation des quantités d'eau à usage agricole, un choix raisonné des variétés cultivées appropriées aux changements climatiques et résistantes à la sécheresse et aux maladies.


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