En sait-on assez à propos de l'histoire de notre pays ? Ce que l'on nous a inculqué et qu'on inculque, aujourd'hui (presque de la même manière), à nos jeunes reflète-t-il fidèlement les faits tels qu'ils se sont déroulés ? A ces questions, et à autant d'autres, personne ne peut apporter des réponses catégoriques susceptibles de trancher dans le vif. Tous les éducateurs sont convaincus que l'Histoire telle qu'elle est enseignée ne répond pas, nécessairement, à notre besoin de savoir et de comprendre les éléments et les événements qui ont constitué ce puzzle qu'on appelle, aujourd'hui, la Tunisie. Du pur abstrait De plus en plus, des voix exigent que l'on révise, substantiellement, les méthodes d'enseignement de l'Histoire aux élèves. Les techniques traditionnelles ne devraient plus avoir droit de cité particulièrement avec l'évolution des sciences, des découvertes et des transformations successives connues par le monde moderne. Même si nos enseignants sont conscients de cette dimension, on pense qu'elle n'est pas pleinement assumée par tous. Une refonte des programmes à la lumière de ces évolutions s'impose aussi bien au niveau de l'enseignement de base qu'à celui du secondaire et du supérieur. Tel qu'il est dispensé, actuellement, l'enseignement de l'Histoire souffre de plusieurs lacunes. C'est dans le primaire que la chose mérite le plus d'attention. Les écoliers commencent à apprendre des notions et des informations sur des civilisations, des pays, des peuples sans trop pouvoir s'en faire une idée concrète ou les situer dans un espace bien délimité. On leur parle de Carthage, d'Alyssa (Didon), de civilisation arabo-musulmane, etc., sans être dans la possibilité de mettre ces savoirs en rapport avec le réel. Certes, c'est une difficulté de taille. Mais on devait en tenir compte, car il ne suffit pas de relater des faits chronologiques pour le simple besoin de le faire mais de savoir le mettre en lien avec le vécu. En d'autres termes, nos jeunes reçoivent, tout au long de leur cursus, une énorme quantité d'informations historiques répertoriées selon des centres d'intérêts qui ne sont pas toujours évidents. Si on prend l'exemple des élèves du primaire, on constate qu'ils ne commencent à étudier cette discipline qu'en cinquième année. Les sujets traités sont en rapport avec la civilisation capsienne, les carthaginois, les guerres puniques en passant par l'ère beylicale et la période du début du XXe siècle. Il est vrai que ces étapes sont très importantes dans notre passé. Mais que retiennent-ils de toutes ces péripéties, ces détails, ces moments forts... ? Qu'est-ce qui va rester dans leurs mémoires ? Pas grand-chose, nous semble-t-il. C'est tout juste s'ils apprennent les cours pour passer les examens et obtenir une note. Ce qui est valable pour l'enseignement de base l'est, aussi, pour le secondaire. Les principaux chapitres sont, quasiment, les mêmes mais avec plus de détails. Enraciner notre identité tunisienne Les programmes en question méritent d'être revus pour introduire plus de visibilité à la lumière des innovations technologiques. Un accent particulier doit être mis sur certains thèmes qui ont un impact direct sur notre présent immédiat. C'est le cas de l'ère des beys de Tunisie et de l'histoire du Mouvement national. Idem pour les autres grands axes tels que les civilisations arabo-musulmanes, les invasions hilaliennes. Bien des choses doivent subir des rectificatifs et des réajustements. Il n'est plus possible de continuer à enseigner l'histoire avec le cœur. C'est la raison qui doit prévaloir. Car, il faut le dire, il y a des contre-vérités sur certains aspects. Il n'est que de regarder l'histoire du Mouvement national pour s'en convaincre. Ce chapitre est traité différemment selon le régime politique en place. On n'a pas encore pris le taureau par les cornes pour donner les vérités qui s'imposent et qui touchent directement notre histoire contemporaine. En définitive, ce qui caractérise l'enseignement de cette matière c'est qu'elle baigne dans l'abstrait le plus absolu. Elle n'est pas appuyée par un support intellectuel et culturel capable de la rendre plus proche du Tunisien. On pense, ici, à la littérature qui est à même de servir de décor aux faits historiques. Il n'est que de revenir à Alexandre Dumas qui a «popularisé» l'Histoire, la vraie, grâce à ses célèbres romans (on en cite «les Trois mousquetaires») ou à Alain Decaux qui a vulgarisé l'histoire de la France à travers des récits radiodiffusés ou télévisés. Des récits qui ont obtenu l'adhésion des masses. Ce qui manque, chez nous, c'est cette dimension romanesque qui aurait dû accompagner l'inculcation des notions et des connaissances brutes. Les fictions (films ou séries), aussi, sont des instruments qui peuvent aider à l'ancrage des idées et à leur mémorisation. Cette orientation est totalement absente. Nos «créateurs» ne sont pas portés sur ce créneau. Toutefois, on a vu quelques tentatives par le biais de séries télévisées qui sont passées presque inaperçues. Les médias visuels n'apportent pas la contribution qui doit être la leur. Leur capacité, pourtant, est puissante. Ils peuvent réaliser des programmes spécifiques grâce aux milliers d'archives et d'images dont ils disposent. En outre l'utilisation des outils technologiques modernes dans les apprentissages sera d'une utilité indéniable. S'il ne reste rien, à travers les cours d'histoire, dans la tête de nos enfants, à quoi donc cela servirait-il ? Il faut le reconnaître et l'admettre : le décor historique a nettement besoin de l'appui anecdotique. Autrement dit accompagner l'arrière-fond purement historique, à savoir le XVIIe siècle et le cardinal de Richelieu (comme dans l'exemple des «Trois mousquetaires») et l'aspect petite histoire avec les péripéties des trois compagnons de d'Artagnan. Cela a été fait dans les années 60 par notre radio malgré des moyens très limités. A cette époque l'esprit militant était encore très vivace. En effet, on attend de ces enseignements un enracinement plus profond de nos générations dans leur passé et leur identité et authenticité tunisienne. Avec, bien sûr, une ouverture sur l'universalité.