Son travail reflète la tension d'une métamorphose, d'un changement clé, comme le moment où un enfant devient un homme, un moment aussi radical que le froissement d'un papier. «Son, don't rush to be a man» (Fils, ne te précipite pas pour être un homme), tel est l'intitulé de l'exposition de l'artiste libanais Pascal Hachem, abritée par la galerie Selma-Feriani. Né à la fin des années soixante-dix, l'artiste, qui est également designer, a grandi pendant la guerre civile et développe une écriture plastique implicite du politique. Contrairement aux artistes libanais d'après-guerre qui travaillent principalement avec le documentaire et les archives, Hachem appartient à une nouvelle génération d'artistes qui s'engagent avec de nouveaux sujets et des expérimentations formelles. Faisant de l'objet et de l'installation ses outils et autres matériaux de travail, il développe un travail en réponse à ses expériences de vie quotidienne et aux conditions changeantes. Dans «Son, don't rush to be a man», il présente une série d'œuvres s'apparentant au «Ready- made» et tente de faire une critique des constructions sociales, telles que la virilité, les identités masculines, le culte de soi et la violence de leurs conséquences. Une violence que le sociologue français Pierre Bourdieu qualifiait de symbolique, «imperceptible et invisible, même pour ses victimes...», note l'artiste. Des objets et autres matériaux disparates que l'artiste chine, combine et détourne pour exprimer les tensions et autres contradictions sociales. Les évidences et autres réalités établies sont annihilées et dérisoires chez Hachem : dans l'installation «Jeux de cartes» (qui fait référence à différentes étapes de la vie de l'artiste), «I'm a man» (je suis un homme) et autres affirmations «évidentes» sont rendues banales et insignifiantes par un jeu de superposition de leurs inscriptions dans des plaques de plexiglas, qui les rend illisibles et vides de sens. Toujours dans cette optique de l'abolition de ces «vérités» sociales et la dénonciation de la violence des métamorphoses et des changements précipités et «subits», l'artiste propose des combinaisons ludiques de matériaux opposés : une lame de scie et une pile de pierres naturelles sont couplées avec des tubes de verre (One to seven), un livre est vidé de son contenu, ses pages sont arrachées et froissées pour être réexposées (Monde commercial) et un ancien miroir est intentionnellement rendu non réfléchissant (Fils, ne te précipite pas pour être un homme). Son travail reflète la tension d'une métamorphose, d'un changement clé, comme le moment où un enfant devient un homme, un moment aussi radical que le froissement d'un papier (Mood No.I et Mood No.II) ou l'incision nette d'une lame de scie confrontée à un tube de verre lisse et fragile (Point culminant). Dans l'œuvre «cache-cache» exposée dans le patio de la galerie, l'artiste nous présente une pierre tombale en marbre portant l'inscription «Je suis», le haut est recouvert d'une couverture noire qui laisse entrevoir la fragilité de la représentation de soi et l'absurdité des systèmes de conditionnement. Les mêmes idées se retrouvent dans «Confidential», un ensemble d'outils variés pris dans des enveloppes et qui «essayent» d'en sortir et dans «Spanking», un tube de verre Pyrex circulaire portant des lettres en laiton qui forment le mot «apprendre» en arabe.