L'administration tunisienne semble être entrée en phase d'hibernation après la révolution avec, comme facteur catalysant, l'accroissement du nombre des fonctionnaires publics qui est passé à 630.000 en 2015. Le problème de l'absentéisme inquiète l'Etat et impacte négativement sur le développement. La solution passe inéluctablement par la réforme et la modernisation de l'administration en premier lieu et la valorisation du travail. Elaboré en juillet 2016 par le ministère de la Fonction publique, de la Gouvernance et de la Lutte contre la corruption, le rapport sur la stratégie nationale pour la revalorisation du travail s'est attaqué à l'épineux problème de l'absentéisme dans les administrations publiques, ses causes et les recommandations à suivre. Les statistiques présentées dans ce rapport ne laissent aucun doute. Des statistiques alarmantes L'un des conseillers au haut comité du contrôle administratif et financier (Hccaf) que préside justement Kamel Ayadi, l'ex-ministre de la Fonction publique, de la Gouvernance et de la Lutte contre la corruption, nous a déclaré que s'attaquer au problème de l'absentéisme, c'est comme se jeter dans un vaste océan tellement les facteurs qui se dissimulent derrière ce fléau sont multiples et complexes. L'analyse doit se faire aux niveaux macro et micro et en discernant les différents types d'administrations pour une approche plus crédible. Il a souligné que tout a été dit dans le rapport de juillet 2016 présenté par Kamel Ayadi, espérant qu'il y aura un suivi au niveau de la stratégie nationale pour la revalorisation du travail. Ledit rapport parle de 2.7 millions de journées de travail perdues dans le secteur de la fonction publique, ce qui représente 4.5% de la masse salariale et 2% du budget de l'Etat. Le taux élevé de l'absentéisme pourrait être un indice de mauvaise gestion des ressources humaines. Selon le même rapport, 82.2% des fonctionnaires considèrent que travailler dans le secteur public ne contribue pas à l'épanouissement du bien-être du fonctionnaire. Pas d'engouement, donc, pour le travail dans ce secteur, ce qui explique la prédisposition à l'absentéisme. Les mêmes causes produisent les mêmes effets Certes, on ne peut du jour au lendemain en finir avec ce fléau. Ceux qui ont opté pour la prise de décisions à la va-vite pour mettre fin à l'absentéisme ont dû déchanter. Pour preuve, des visites inopinées organisées par des ministres n'ont jamais réussi à changer la donne. Une panoplie de mesures disciplinaires est le plus souvent annoncée après ces visites. Mais ce sont toujours les ministres qui partent et les absentéistes qui restent. Les nouveaux responsables qui arrivent cherchent le plus souvent à dissiper les malentendus et rayer d'un trait les sanctions prises par leurs prédécesseurs. On a le plus souvent parlé de bureaux vides dans certaines administrations, de guichets désertés, d'agents qui sont virtuellement présents à leurs postes, alors qu'ils se trouvent en prison. (Eh oui), de fonctionnaires qui passent des semaines entières sans mettre les pieds au bureau, mais on semble oublier que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Ledit rapport évoque l'absence des tâches précises et d'objectifs dans la fonction publique comme l'une des causes principales de l'absentéisme, le mauvais comportement du chef hiérarchique, l'incompétence, la non-assiduité de l'agent lui-même, les problèmes de santé, les mauvaises conditions de travail, la charge de travail, et même les moyens de transport. Mais là où le bât blesse, certains de ces absentéistes se voient récompenser au grand dam de leurs collègues. Le favoritisme des chefs hiérarchiques ne fera que pousser les consciencieux à abdiquer et suivre l'exemple des cossards. C'est le spectre de la corruption à l'autre bout du chemin. L'impérative nécessité de moderniser l'administration Les mécanismes fiables de contrôle dans les établissements publics encouragent les absentéistes à persévérer et découragent les maîtres des lieux. Pour les experts, les solutions passent inéluctablement par la modernisation, non seulement de l'administration, mais aussi de tout le secteur public pour pallier les lacunes, l'amélioration des conditions du travail, et la valorisation de la montée en compétence. Ces mesures doivent être accompagnées d'actions de prévention et de rappel à l'ordre, dont la mise en place du système de pointage électronique qui doit remplacer le système désuet et peu efficace des feuilles de présence.