Des fonctionnaires, détenteurs de diplômes universitaires, ont gravi les échelons dans des administrations publiques Des fonctionnaires recrutés en tant que simples agents ont pu, ces dernières années, gravir l'échelle professionnelle par le biais de certificats de scolarité et de diplômes falsifiés, émanant d'institutions de formation privées peu crédibles. C'est en quelque sorte un secret de Polichinelle, connu par tout le monde et que certains responsables tentent de ne pas en tenir compte sous la pression de parties peu soucieuses de la bonne gouvernance et partisanes du corporatisme et même du laisser-aller. Contrairement à la campagne de lutte contre la corruption audacieusement menée par le chef du gouvernement, et qui a repris en intensité ces derniers jours, la loi de l'omerta semble protéger ceux qui ont pu profiter de la situation chaotique qui a régné dans le pays juste après la révolution. S'attaquer aujourd'hui à ce dossier semble être très embarrassant pour certains. Les responsables se dérobent Malgré des preuves irréfutables confirmant l'existence de ce mal qui gangrène le bon fonctionnement de certaines institutions, il y a toujours ce démenti glaçant qui s'érige comme un rempart infranchissable contre toute volonté d'ouvrir ces dossiers. Mais là où le bât blesse, c'est que ces fonctionnaires continueront, en toute impunité et en l'absence de mesures punitives, à bénéficier d'avancement de grade, jusqu'au moment où ils seront appelés à assurer des fonctions de commandement avec un niveau très bas, aux risques et périls des entreprises. Selon notre enquête, l'une des compagnies relevant du ministère du Transport a été touchée après la révolution par ces dépassements. L'affaire vient d'éclater au grand jour à l'Office de l'aviation civile et des aéroports et touche au moins une quarantaine d'agents. Cette affaire remonte à 2012. Un comportement à réprimer, mais qui est mystérieusement soutenu par certaines parties qui ne font plus la différence entre la défense des intérêts des travailleurs dans un cadre légal et l'incitation à l'indiscipline, et qui s'obstinent en plus à défendre l'indéfendable. Une attitude qui accule les responsables à se dérober à leurs obligations. Se calfeutrer dans l'attentisme ne peut constituer qu'un acte délibéré de non-assistance à une entreprise en danger. Ils sont environ une quarantaine d'agents à avoir eu recours à des diplômes et des attestations dont l'authenticité est contestée et mise en doute pour monter dans l'échelle professionnelle. Plusieurs agents ont pu bénéficier, par le biais de ces diplômes délivrés le plus souvent par des institutions professionnelles privées, d'un avancement d'échelon (de F2 ils sont passés à F6) et, cerise sur le gâteau, d'une fonction de chef de section. Une fonction qu'ils ne sont pas aptes à assumer en raison de leur bas niveau. Encore un secret de Polichinelle ! Point n'est besoin de dire que certains de ces agents ont aussi bénéficié d'un coup de pouce de la part de responsables qui n'ont pas hésité dans le passé à modifier la date de recrutement d'un agent pour qu'il puisse monter en grade. Il est vrai que la direction de l'Oaca n'hésite pas à prendre les mesures qui s'imposent pour sévir contre la mauvaise gestion, mais la nouvelle affaire qui vient d'éclater au grand jour doit être traitée avec fermeté sans se soucier des pressions exercées par d'autres parties. Une enquête a été ouverte, apprend-on à ce sujet suite au ras-le-bol de plusieurs fonctionnaires. Contacté à ce sujet, le service de la communication de l'Oaca nous a transféré à M. Talel Mahfoudh, directeur chargé de la cellule de la bonne gouvernance, pour donner suite à ces informations. Cependant, M. Mahfoudh a été bien clair et nous a expliqué qu'il «ne détient pas ce genre de dossier». Et pourtant, plusieurs témoignages concordants au sein de l'Oaca confirment ces faits, ce n'est plus un secret pour personne. Encore un secret de Polichinelle qui rappelle bizarrement l'affaire qui a été divulguée par un organe de presse en 2015 concernant 200 fonctionnaires qui auraient été recrutés à Tunisair sur la base de diplômes falsifiés, ce qui a été démenti par le service de presse de ladite compagnie.