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La santé dans tous ses états
Kairouan
Publié dans La Presse de Tunisie le 26 - 03 - 2018

136 centres de soins de santé de base et les hôpitaux de circonscription souffrent de beaucoup de carences.
Au cours des dernières décennies, on a enregistré dans le gouvernorat de Kairouan une régression notable des maladies et la situation épidémiologique, qui a connu une nette amélioration, est plutôt satisfaisante. Et le fait de bénéficier de ces prestations est considéré comme une chose, d'autant plus naturelle que la perception de la population à l'égard de la santé et de la maladie a évolué.
D'ailleurs, la plupart des citoyens considèrent la santé comme une priorité absolue. Ce classement dans l'échelle des valeurs est lié au fait que l'individu doit jouir de toutes ses facultés physiques et mentales afin de pouvoir bien vivre et exercer une activité professionnelle. Tout le monde doit donc avoir les mêmes chances de conserver et de rétablir sa santé. Or, ce but n'est pas totalement atteint dans toutes les délégations du gouvernorat de Kairouan où les 136 centres de soins de santé de base et les hôpitaux de circonscription souffrent de beaucoup de carences, du manque de praticiens, d'équipements et de spécialistes. On citerait l'exemple de l'hôpital de Chrarda qui manque de produits d'hygiène et de soins, de draps, de couvertures et d'eau chaude. En outre, le matériel existant est souvent en panne, tel que celui du laboratoire qui n'est plus fonctionnel depuis une année, sans oublier les lavabos cassés et les toilettes repoussantes.
Au niveau de tous les dispensaires, la consultation se fait une fois par semaine et le médecin généraliste doit ausculter un grand nombre de patients qui passent toute la journée ou presque dans de longues files d'attente.
Le reste de la semaine, les infirmiers assurent les premiers soins, prennent la tension, font des injections ou contrôle du diabète. En cas de maladies graves, de bronchites ou de gastro-entérite, le malade doit se déplacer à Kairouan, ce qui lui occasionne beaucoup de dépenses. Et comme ces dispensaires ne disposent ni d'ouvriers, ni de gardien, c'est l'infirmière qui fait le ménage, achète les produits détergents et affronte, seule, les agressions de certains individus qui veulent se procurer des calmants.
Cinq déplacements de Bouhajla à Kairouan pour un kyste !
Dans la zone rurale de Jhina (délégation de Bouhajla), Samia Dhifaoui, nous explique que pour se faire opérer d'un kyste à l'hôpital de Kairouan, elle a dû louer 5 fois une voiture à 60D, le trajet entre sa localité et Kairouan-Ville. «Une fois, c'est pour les analyses, une autre, c'est pour les radios, une troisième pour me dire que les radios sont à refaire, une quatrième et cinquième fois pour m'annoncer que les médecins sont en grève. Il y a de quoi devenir désespérée !».
C'est pour toutes ces raisons, que la population kairouanaise souhaiterait la mise en place de structures de première ligne à même de mieux répondre aux besoins des villageois avec des services réactifs.
Beaucoup d'insuffisances à l'hôpital Ibn El Jazzar
Construit en 1900, l'hôpital Ibn El Jazzar, avec son unité chirurgicale «Les Aghlabides» entrée en service en 1997, est sollicité non seulement par les Kairouanais, mais également par des citoyens en provenance des gouvernorats limitrophes. De ce fait, il y a beaucoup d'engorgement au sein des 19 services et les moyens sont souvent inadaptés aux besoins cruciaux et où tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ce qui encourage les gens cossus à recourir aux cliniques privées et aux spécialistes exerçant à Sousse ou à Monastir.
Pour le reste de la classe moyenne et des familles nécessiteuses, c'est le calvaire des interminables attentes, surtout pour les patients ayant besoin d'un scanner et auxquels on fixe des rendez-vous après plusieurs mois, ce qui représente un grand risque pour leur santé. D'ailleurs, beaucoup d'entre eux ont trouvé la mort avant ces rendez-vous par trop lointains.
A l'écoute du cadre médical et paramédical
Le Dr Ghassen Bennour, interne au service des urgences, se plaint de l'encombrement du service, de l'exiguïté des locaux et de la mauvaise organisation. «On est presque quotidiennement agressés par les accompagnateurs des patients qui perturbent notre boulot et qui n'hésitent pas à briser les vitres et à tout casser, surtout le soir où il n'y a aucun agent de sécurité. Personnellement, il m'arrive de travailler de 7h00 à 18h00, sans même avoir une petite pause pour aller aux toilettes ni pour un sandwich! En outre, comme notre service est polyvalent et ne dispose pas d'une salle de tri pour répertorier les cas suivant les différentes pathologies, on reçoit en moyenne 210 malades par jour, ce qui crée beaucoup de chaos, d'autant plus qu'on manque de matériel et de médicaments, un spectacle relevant de l'incroyable!
Je vous cite comme exemple le service de laboratoire qui manque de beaucoup de matériel, surtout en ce qui concerne les réactifs pour mesurer le taux de troponine en cas d'infarctus du myocarde. Cela nous oblige à diriger les patients vers le privé afin de faire les analyses nécessaires dont on a besoin...!».
Mme Najeh Hamdi, technicienne bio-médicale au service de maintenance, relevant des urgences, renchérit : «Le travail devient vraiment pénible dans notre service où il n'y a même pas d'accessoires de monitorage. En outre, les deux défibrillateurs sont en panne et les moniteurs de surveillance (les scopes) sont en mauvais état. Par ailleurs, on manque de lits de réanimation et de chariots et ceux dont on dispose nécessitent mensuellement des réparations évaluées à 6 mille dinars, ce qui n'empêche pas le fait qu'ils tombent de nouveau en panne».
Le Smur manque de moyens matériels et d'équipements
Mme Rym Nebti, responsable du Smur de Kairouan créé en 2010, regrette le fait de l'absence de médecins régulateurs : «Cela nous oblige à contacter la régulation 3 de Sousse. J'espère qu'on dotera le Smur de Kairouan de la régulation 7, ce qui nous permettra de couvrir toutes les délégations et de faciliter nos missions, sachant que nous effectuons plus de 1.200 interventions par an. Par ailleurs, bien que nous disposons de 5 ambulances et de 2 ambulances type A, nous n'utilisons qu'une seule, faute d'équipes de techniciens et de médecins qui travaillent selon le système de 24 heures. Enfin, notre Smur ne dispose pas de respirateurs au sein des ambulances...».
A quand une stratégie claire et globale pour le secteur de la santé ?
Le Dr Lotfi Dhahbi, exerçant au service de médecine interne de l'hôpital Ibn El Jazzar, trouve que la situation générale des établissements hospitaliers du gouvernorat de Kairouan a atteint le seuil de l'intolérable : «Malgré la mutation qualitative et quantitative enregistrée depuis une décennie dans la région, on continue de souffrir du manque de certaines spécialités, de médicaments et d'équipements perfectionnés, ce qui oblige les malades à aller se faire soigner dans d'autres gouvernorats mieux lotis au niveau des ressources humaines et des équipements de pointe. Par ailleurs, comme les dispensaires manquent de spécialistes et d'équipements, les patients sont très nombreux à se rendre à l'hôpital Ibn El Jazzar où l'on assiste quotidiennement à des scènes d'agression et de violence. Moi, par exemple, j'ai été victime de graves agressions physiques et j'ai failli perdre un œil. C'est pourquoi, j'ai demandé ma mutation du service des urgences à celui de médecine interne.
Tout ce chaos est dû au laisser-aller et à l'indifférence. Et le malade issu du milieu rural est livré à lui-même après son hospitalisation et manque de suivi et de médicaments. C'est pourquoi, il revient à l'hôpital en état de détresse pour de nouvelles complications. J'espère que l'Etat adoptera une stratégie claire et globale concernant le secteur de la santé afin de surmonter toutes les difficultés liées aux soins et aux différentes interventions médicales».
Un budget insuffisant
De son côté, M. Abdellatif Abassi, administrateur responsable du bureau des entrées, des admissions et du transfert des malades, trouve que le budget annuel de l'hôpital Ibn El Jazzar est insuffisant : «Ainsi, en 2017, notre budget a été de 16 milliards 200.000D et on espère pour 2018 un budget de 16 milliards 800.000D. Par ailleurs, on se plaint d'un défaut de remboursement des frais des médicaments et autres opérations de soins à la charge de la Cnam, ce qui rend encore plus complexe les soins de santé. D'ailleurs, nous devons à la Cnam une somme de 10 milliards 500.000D en 2016 et 9 milliards en 2017. D'un autre côté, l'hôpital Ibn El Jazzar connaît une grande affluence provenant de toutes les délégations du gouvernorat de Kairouan, mais aussi de Mahdia (Aouled Chamekh, Souassi, Hbira), Zaghouan (Ennadhour), Gafsa et Kasserine. Ainsi, en 2017, on enregistre 33.686 hospitalisations, 220.000 consultations en urgence, 139.000 consultations, ce qui crée un climat d'insécurité et de malaise...».
Beaucoup reste à faire au service de pédiatrie
Madame Essia Sboui, médecin au service de pédiatrie, est choquée par les scènes de violence à l'égard du personnel médical et paramédical : «Franchement, il est temps d'arrêter ce fléau, d'autant plus que notre métier est pénible et demande beaucoup de sacrifices et de courage. En effet, bien que notre service manque d'équipements (couveuses, matériel de réanimation, respirateurs en nombre insuffisants) et souffre de beaucoup de délabrement, nous fournissons beaucoup d'efforts pour sauver la vie des bébés. Et c'est toujours pour nous un choc psychologique très douloureux que nous vivons face au décès de l'un d'eux. Et malgré notre stress et notre fatigue, puisque nous faisons 10 gardes par mois, nous prodiguons beaucoup de tendresse à tous les patients dont le nombre atteint 4.000 par an, et en moyenne 300 par mois. Il arrive même que trois bébés partagent le même lit et un même appareil d'oxygène.
Nous attendons avec impatience la réception de l'extension de notre service trop saturé, sachant que tout est fini au niveau de la construction, et ce, depuis deux ans. Seulement, on attend toujours la nomination du cadre médical et paramédical et l'équipement en air liquide. A part cela, nous manquons cruellement de médecins au sein de notre service dont le nombre est passé de 7 à 3!»
M. Sami Mrabet, infirmier major principal, surveillant au service de chirurgie de l'unité chirurgicale, «Les Aghlabides», trouve que de nombreuses lacunes persistent au niveau de cette institution hospitalière tant au niveau de l'accueil que de la prise en charge des patients ou encore des soins à leur apporter : «En effet, les services de consultations et des urgences cohabitent en un seul bloc, ce qui crée beaucoup d'agitation, de détresse et de protestation, surtout lorsque les accomagnateurs d'un accidenté ou d'un brûlé sèment la panique, le désordre et la peur. Un vrai cauchemar ! Et puis qui dit chirurgie, dit urgence vitale, or, nous ne disposons ni de poches de sang, ni de blouses opératoires, ni de linge, ni de scanner. Ce qui nous oblige à faire le déplacement de 3 km à l'hôpital Ibn Jazzar, ce qui risque de mettre la vie du patient en péril vu la perte de temps. A côté de ce tableau peu reluisant, se greffe un autre aspect pas moins inquiétant étant donné le manque cruel des médicaments indispensables et de médecins spécialistes... Un vrai calvaire pour les gens nécessiteux».
Notre dernière rencontre fut avec M.Jamel Dhahbi, technicien supérieur au PMI de Kairouan : «Dans la plupart des hôpitaux de circonscription, à part celle d'El Hajeb, il n'y a pas de kinésithérapeute, ce qui oblige les patients ayant eu un accident ou un infarctus et qui doivent, en période de convalescence, suivre 3 à 4 fois par semaine des séances de massage et de rééducation, à louer des moyens de transport pour aller vers les hôpitaux de Kairouan. Et comme la plupart des ruraux sont dans une situation précaire, ils renoncent à se faire soigner et à tout déplacement, ce qui est dangereux pour leur santé. Par ailleurs, il n'y a aucun orthophoniste dans les institutions hospitalières situées dans les différentes délégations, ce qui pose beaucoup de problèmes aux familles ayant des enfants autistes ou ayant des troubles de langage. Cela sans oublier l'absence totale de spécialistes surtout les pédiatres et les ophtalmologues...».


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