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Beaucoup reste à faire
le secteur de la santé a Kairouan
Publié dans La Presse de Tunisie le 26 - 01 - 2015

Nul n'ignore le rayonnement de Kairouan et l'influence du patrimoine médical et des médecins kairouanais qui ont joué un rôle dans la diffusion des connaissances du VIIIe au XIIe siècle, aussi bien au Maghreb qu'au Machreq ainsi que leur apport au corpus du savoir en occident, et ce, à travers les multiples traductions de leurs œuvres vers le latin et vers d'autres langues d'usage à cette époque
Les disparités régionales en matière d'accès aux soins sont importantes dans notre pays. Plusieurs gouvernorats, dont celui de Kairouan, sont toujours défavorisés au niveau de l'infrastructure, des équipements et des ressources humaines dans le domaine de la santé.
En effet, malgré la mutation qualitative et quantitative du secteur de la santé enregistrée depuis une décennie, la région de Kairouan continue de souffrir du manque de certaines spécialités et d'équipements perfectionnés dans les établissements hospitaliers, ce qui oblige les patients à aller souvent se faire soigner à Sousse, Monastir ou Tunis.
La consultation se fait une fois par semaine
Lorsqu'on visite les unités de soins situées dans les zones rurales du gouvernorat de Kairouan qui sont au nombre de 132, on constate qu'elles manquent d'équipements, de personnel médical et d'ouvriers. En outre, la consultation se fait une fois par semaine et le médecin généraliste doit ausculter un grand nombre de patients qui passent toute la journée ou presque dans de longues files d'attente.
Le reste de la semaine, les infirmiers assurent les premiers soins, prennent la tension, font des injections ou contrôlent le diabète. En cas de maladies graves, de bronchite, de gastro-entérite ou d'insolation, le malade doit chercher un moyen de transport pour se rendre au centre de base du chef-lieu de la délégation où à l'hôpital de Kairouan, ce qui occasionne beaucoup de dépenses.
A l'unité de soins d'El Karma (délégation de Chebika), Imen Guizani, la seule infirmière dans cette unité en compagnie d'une jeune stagiaire, nous explique qu'elle est obligée de faire le ménage, d'acheter les produits détergents et d'affronter l'agressivité de certains individus qui veulent se procurer des calmants : «En effet, nous n'avons ni gardien, ni ouvrier et je me trouve parfois dans des situations dangereuses, devant des blessés ou des désespérés qui veulent à tout prix que je les soigne...».
Des centres de base sans groupe électrogène
A Sidi Amor Bouhajla dont le nombre d'habitants est de 120.000, l'hôpital locale, qui a enregistré, en 2014, 46.000 consultations en urgence, ne possède pas de groupe électrogène. En outre, une partie des différents pavillons n'est pas reliée aux canalisations de l'Onas. Ainsi, lors de la coupure d'électricité qui a eu lieu le 19 janvier, le cadre paramédical a été obligé de continuer à faire accoucher une femme sous les lumières de l'ambulance!
Notons qu'il est prévu, en 2015, la transformation de cet hôpital en un hôpital régional de catégorie «B».
Rappelons que les 9 maternités périphériques manquent de cadres paramédicaux, de gynécologues et d'équipements, d'où les nombreux cas de transfert des femmes en cas de délivrance difficile vers l'hôpital régional de Kairouan avec tous les risques que cela comporte.
Notons qu'il existe dans tout le gouvernorat, où on enregistre 10.000 naissances par an, 107 sages-femmes, ce qui reste insuffisant.
Quatre déplacements d'El Messaïd à Kairouan pour une cataracte!
Dans la localité d'El Messaïd (délégation d'El Ala), Aïcha Rebhi nous explique que pour que sa mère puisse se faire opérer de la cataracte à l'hôpital de Kairouan, elle a dû louer 4 fois une voiture à 50D le trajet entre leur localité et Kairouan-Ville (soit en tout 200D): «En effet, une fois c'est pour les analyses, une autre pour les radios, une troisième pour me dire que les radios ont été mal faites et qu'il faut les refaire, et une quatrième pour l'opération, sans compter les contrôles, etc. Il y a de quoi devenir désespéré».
Pour toutes ces raisons, la population kairouanaise souhaiterait la mise en place de structures de première ligne à même de mieux répondre aux besoins des villageois avec des services réactifs.
Le seul scanner est souvent en panne
Il existe dans tout le gouvernorat de Kairouan 134 médecins dont 84 spécialistes, 1.354 cadres paramédicaux, 388 techniciens supérieurs, soit un médecin pour 6.566 habitants et un spécialiste pour 114.252 habitants.
L'hôpital Ibn El Jazzar, avec son unité chirurgicale «Les Aghlabides», connaît une grande affluence de toutes les délégations du gouvernorat de Kairouan mais aussi des gouvernorats de Mahdia (Aouled Chamekh), Zaghouan (Ennadhour), Kasserine et Gafsa soit un total d'1.400.000 habitants.
Ainsi du 14 janvier au 31 décembre 2014, on y a enregistré 74.341 consultations dans les urgences et 20.265 hospitalisations.
Parmi les services qui forcent l'admiration, on pourrait citer celui de la maternité équipé de matériel sophistiqué et comptant 6 salles d'accouchement, 3 blocs opératoires, trois salles de réanimation et une urgence spécialisée.
Par ailleurs, le service d'imagerie médicale est doté d'un mamographe, de 3 échographes, d‘un appareil panoramique et d'un scanner multibarettes (6). Néanmoins, comme nous l'explique le Pr Rafika Alouni, chef de service, ce scanner est devenu vétuste et ses pannes sont devenues très fréquentes et durent plus de 2 mois : «En effet, nous effectuons 7.000 scanners par an alors que dans d'autres villes tunisiennes, on en effectue aux alentours de 3.000».
D'où la nécessité du renforcement de notre service d'un 2e appareil plus perfectionné. Mais nous avons de bonnes nouvelles pour 2015 puisque le ministère de la Santé a prévu un projet d'aménagement et d'extension d'une unité d'imagerie par résonance magnétique (IRM) pour un coût de 230.000 D. Par ailleurs, trois milliards ont été débloqués pour le démarrage des études pour la réalisation d'un nouveau CHU à Kairouan pour un budget de 100 milliards.
L'unité d'oncologie nécessite beaucoup de réaménagements
Toujours à l'hôpital Ibn El Jazzar, nous nous sommes rendus à l'unité d'oncologie où on traite les tumeurs cancéreuses, unité créée il y a trois ans, ce qui évite des déplacements aux patients vers les villes côtières pour se faire soigner.
Mme Rym Chafaï, assistante universitaire et responsable de cette unité, nous précise qu'en 2014, on y a traité 2630 patients dont 1.200 ont suivi un traitement de chimiothérapie et le reste a bénéficié de traitements palliatifs : en fait, il s'agit d'une unité d'hôpital du jour et on se trouve parfois obligé de recourir au service de pneumologie pour les malades qui doivent passer une ou 2 nuits. Et puis, nous ne disposons que d'un médecin spécialiste, trois infirmières principales et 2 aides-soignantes.
Nous n'avons même pas de secrétaire. Notre souhait est que cette unité soit aménagée en un service universitaire où on pourrait hospitaliser les patients nécessitant des traitements lourds. Notre ambition est de nous fixer 2 objectifs dont le premier vise la prise en charge thérapeutique des patients dans les délais prescrits et le deuxième concerne la formation des résidents, l'organisation de conférences et de travaux scientifiques...», ajoute Mme Chafaï.
Projet de création d'un service de réanimation néonatale
Il existe dans tout le gouvernorat un seul service de pédiatrie (au sein de l'hôpital Ibn El Jazzar) avec une unité de néonatalogie intégrée.
En outre, on a enregistré, en 2014, 8.288 accouchements au service de maternité où le taux d'occupation des lits a été de 154%. En outre, on a également enregistré une baisse considérable de la mortalité infantile qui est passée de 20,25% en 2007 à 12,64% en 2013.
Le Pr Khaled Ben Hlel, chef de service de pédiatrie de Kairouan, nous précise dans ce contexte que l'unité de néonatalogie se trouve à 80 mètres de la maternité et que le nouveau-né est souvent transféré dans les bras de l'interne ou du résident sous la pluie et dans le froid, d'où les risques d'hypothermie : «C'est pourquoi nous avons suggéré aux responsables du ministère de la Santé la création d'un centre de réanimation néonatale juste à côté de la maternité sur un terrain couvrant 2.000 m2 et qui serait indépendant du service de pédiatrie. Et c'est dans ce contexte qu'une enveloppe d'un million de dinars a été prévue par l'Etat pour la construction de ce centre.
C'est le rêve de toute la région qui va être enfin réalisé et les nouveaux-nés de Kairouan vont avoir les mêmes chances de survie ainsi que la même qualité de soins que les autres nouveaux-nés des autres gouvernorats...», ajoute le Pr Ben Hlel.
Pour terminer, tous les citoyens voudraient la création, à l'hôpital régional, d'un service de réanimation médicale et d'une salle de cathétérisme cardiaque au service de cardiologie.


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