La corruption continue malgré les multiples mesures prises à tous les niveaux, mais elle se nourrit toujours de la loi du silence et se produit là où convergent les intérêts Tout le monde se souvient de la fameuse affaire de la policlinique Cnss El Omrane en 2017. Une affaire qui a éclaté suite à un rapport publié par la Cour des comptes et qui a choqué l'opinion publique à cette époque. Falsification de factures et détournement de grandes quantités de médicaments d'une valeur de dix millions de dinars. Des morts passés pour des vivants et des vivants qui risquaient la mort pour pénurie de médicaments spécifiques. Dans notre reportage publié à cette date sous l'intitulé « Les coulisses d'un scandale » (La presse du 9/8/2017), on a démontré que des noms de malades fictifs et de personnes décédées figuraient dans les listes de ceux qui ont bénéficié de médicaments spécifiques et ordinaires depuis 2011. Le ministre des Affaires sociales, Mohamed Trabelsi, avait affirmé à l'époque qu'une « petite minorité est concernée par la corruption au sein des établissements relevant de son département » et a parlé de la guerre menée contre la corruption au sein de son ministère. Plus d'une vingtaine d'employés ont été impliqués dans cette affaire et entendus par le juge d'instruction. Que s'est-il passé depuis ? Ils ont été libérés et certains d'eux ont repris leur travail à l'orée de l'année 2018 et ont été même nommés dans des postes de fonction à la même policlinique El Omrane en janvier 2019 en dépit de l'enquête qui suit toujours son cours, selon les dires d'une source bien informée. Certes, on ne pourrait parler que de suspicion de corruption dans ce cas de figure, la justice tranchera mais on est en droit de s'interroger sur les nouveaux postes de fonction accordés aux employés en question. Selon notre source, la guerre contre la corruption n'est pas sérieuse comme en témoigne une autre affaire de suspicion de corruption qui met en cause un haut responsable d'un centre orthopédique. Ce centre est rattaché à la Cnss et son directeur avait, paraît-il, profité à partir de 2012 et jusqu'à 2016 de son poste pour renflouer les caisses d'une société qui était enregistrée au nom de l'un des membres de sa famille. En effet, gagner un appel d'offres ne s'improvise pas mais le directeur en question a été démasqué suite aux plaintes d'autres sociétés concurrentes et fut suspendu de ses fonctions pour une période bien déterminée avant de réintégrer son travail juste après dans une nouvelle administration avec le retrait de sa fonction, nous confie notre source. A quoi bon le transférer à la justice, si ce n'est juste qu'un conflit d'intérêts ! En l'absence de mesures draconiennes visant la lutte contre ce fléau, certains employés véreux n'hésitent pas à livrer des médicaments spécifiques à des malades ou faciliter la constitution de dossiers de prise en charge contre des sommes d'argent. L'un des agents de la direction centrale des pensions relevant de la Cnss a été arrêté dernièrement en flagrant délit de corruption par les unités de police judiciaire à Tunis. Il n'a écopé que de quelques jours de suspension de travail en dépit de ses antécédents dans ce domaine. La corruption continue malgré les multiples mesures prises à tous les niveaux, mais elle se nourrit toujours de la loi du silence et se produit là où convergent les intérêts.