Béji Caid Essbsi : Pour moi la Corée du Sud est un exemple    Le Président de la République se concerte avec le Secrétaire général de l'UGTT    51% des parisiens refuseraient de se mettre en couple avec un originaire d'un pays du Maghreb    Ligue 1 : US Ben Guerdane met fin au prêt du duo Clubiste    Tunisie: 158 millions de dinars manquent pour le versement des pensions de retraite du moi s de décembre    Le projet de loi organique sur la protection des données personnelles doit être revu, selon une experte européenne    Tunisie – VIDEO : Les enseignants laissent libre cours à leur colère sur l'avenue Bourguiba    Philips Lighting change de nom et devient Signify    Tunisie: coupure surprise de l'électricité sur le quartier des Jardins de Carthage    Les conditions exigées    On attend des réponses    Le quai d'Orsay remet les pendules à l'heure    Quels mécanismes de prévention ?    Le Barça a choisi de recruter Jeison Murillo, défenseur de Valence    Renforcement de la coopération bilatérale    Lancement d'une campagne de recouvrement des impayés    Tunisie: Arrestation de l'auteur d'un hold-up dans une banque de la Goulette    «Hors-lits» fait des petits !    «Le pardon»    Saisie de marchandises de contrebande d'une valeur de 73 mille dinars    Tunisie : Succès médical en matière de remplacement de valve aortique au CHU Habib Bourguiba Sfax (photos)    Sciences Po Tunis: Formation et certification d'Euro-lobbyistes au Parlement Européen et dans les institutions européennes    Jour de colère des AVOCATS ce mercredi 19 Décembre avec port du Brassard rouge    Tunisie: La baisse du taux de change du dinar ne favorise pas la compétitivité, selon Salem Labiadh    Club Africain : Les joueurs convoqués pour défier Al Hilal à Omdourman    Les meilleurs jeux mobiles de l'année 2018 sur Android    CM des Clubs: Le Real affronte Kashima pour une place en finale    Un jeune prodige tunisien lauréat d'un concours de programmation numérique aux Etats-Unis    L'approche juridique est insuffisante pour lutter contre la discrimination raciale envers les migrants, selon le FTDES    Les plantes: les antibiotiques de demain    Qui est Mohamed BOUGRIBA, nouveau Directeur Général de Vivo Energy Tunisie ?    Europe: Le programme de mercredi    Belgique: Démission du Premier ministre Charles Michel    Météo: Prévisions pour mercredi 19 décembre 2018    L'Espérance Sportive de Tunis bat le club méxicain Chivas Guadaljara aux tirs au but et s'empare de la 5ème place en Coupe du Monde des clubs champions    L'Espérance Sportive de Tunis jouera ce soir pour la 5ème place de la Coupe du Monde des Clubs champions    Le poète Badreddine Ben Henda, invité du Club Idhafet    Une libre expression picturale    Les méditations de Makhatch Magomedov    Hors-lits Tunisie 2019 se prépare! Jeunes des régions, postulez pour participer à la 9e édition    Présentation de la version arabe du livre du Pr. Iyadh Ben Achour « Tunisie : Révolution en pays d'Islam »    Coupe du Monde des Clubs 2018 : où regarder le Match Espérance Sportive de Tunis vs CD Guadalajara?    Tunisie: Assassinat de Khaled Ghozlani, les principaux meurtriers identifiés, selon le ministre de l'Intérieur    «Au cinéma, la nature autobiographique est complexifiée»    Selon l'OCDE, Israel serait le 4ème pays de destination des émigrés tunisiens    Projection en avant-première du film documentaire « Deportato » à El Teatro    En vidéos : Une jeune fille tente de se suicider, un selfie lui sauve la vie    Tunisie: Promesse d'assurer une source de revenu permanente à la famille Ghozlani    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Saliha, toujours l'astre de la «Verte»
Nostalgie… nostalgie… : Il y a 52 ans qu'elle nous a quittés
Publié dans La Presse de Tunisie le 29 - 11 - 2010

Saliha reste l'une des immortelles de la chanson tunisienne. Je peux en témoigner d'autant que j'ai eu la chance de la connaître dans les années 50, lorsque j'animais les galas du mois saint de Ramadan dans les salles de Bab Souika. Je la rencontrais aussi le reste de l'année, par exemple au Palais des sociétés françaises (la maison de la culture Ibn-Rachiq actuellement).
La maison des princesses
Une seule fois, j'ai animé un concert public au Théâtre municipal de Tunis où Saliha s'exhibait en compagnie de Ali Riahi, Raoul Journo, Salah Khémissi et la danseuse Nouzha Amir.
De son vrai nom Sallouha Ben Brahim Ben Abdelhafidh, elle est née en 1914 à Nebeur, au Kef, d'un père originaire d'Algérie, de la ville de Souk Ahras, et d'une mère tunisienne, M'barka Bent Amara Rezgui. Ce couple allait divorcer. Sallouha restera avec sa mère, alors que sa sœur Aljia s'en ira avec son père.
Du Kef, la famille émigre à Mateur, puis à Tunis au foyer de Si M'hamed Bey à la banlieue nord de Kheireddine où l'art (le chant particulièrement) constituait le dénominateur commun entre les princesses et les bonnes qui partageaient souvent une même passion pour la musique raffinée. Sallouha apprendra ainsi les chansons d'Oum Kalthoum. Elle excellait d'ailleurs dans Ifrah ya kalbi (Réjouis-toi, ô mon cœur!)
Passe le temps, et voilà notre jeune Keffoise partie travailler à la maison de «Badria El Mahrouka», une chanteuse qui jouissait alors d'une belle notoriété et qui avait pour habitude de tenir une soirée chaque vendredi à son domicile rue du Pacha.
Hassouna Ben Ammar repère Saliha
Saliha n'avait alors que 13 ans, mais elle en était déjà à une parfaite maîtrise d'un joli bout du répertoire tunisien. Mais c'est sans doute dans l'interprétation de Bellahi ya Ahmed ya khouya qu'elle excella.
En ce temps-là, c'est Hassiba Rochdi qui donna ses titres de noblesse à ce petit bijou du patrimoine tunisien.
Le hasard faisant bien les choses, il arriva à Saliha d'être découverte et appréciée, alors qu'elle fredonnait à haute voix certains titres tout en faisant le ménage. Nul doute que la nature l'a dotée d'une voix d'or. M.Hassouna Ben Ammar, un avocat féru d'arts et de musique, passait par là. Le timbre cristallin de cette petite bédouine, qu'il n'avait jamais vue, l'a complètement subjugué. Le bonhomme qui a été l'un des fondateurs de la Rachidia, puisque présent à l'assemblée générale constitutive à la Khaldounia, était resté sous le charme. Mais il lui fallait découvrir à quel ange appartenaient ces vocalises de soie. Le fait qu'il fût régulièrement invité aux soirées du vendredi, organisées au foyer de «Badria El Mahrouka» a fini par arranger les choses et par lui apporter l'opportunité de découvrir la chanteuse à la voix d'or.
Dès la soirée suivante, il insiste auprès de Badria pour chanter Billahi ya Ahmed ya khouya… Stupeur et étonnement : ce n'était pas du tout l'interprétation qui le bouleversa l'autre jour. Il insiste auprès d'elle afin qu'elle reprenne cette chanson de la même façon que la fois précédente. Badria fut ainsi la première à comprendre qu'elle était perdue et que sa jeune servante, Saliha, allait la surclasser.
Elle ne tarda pas à la congédier par jalousie, de peur de la voir la supplanter.
Cette décision causera beaucoup de peine à Me Hassouna Ben Ammar. Il croyait avoir mis la main sur la plus belle voix qu'il ait jamais entendue, un talent qu'il comptait inviter à renforcer la Rachidia. Malheureusement, la jeune prodige s'est évaporée dans la nature. Il lui fallait mettre la main dessus à tout prix. L'avocat, fervent musicien, va charger un journaliste, Ali Jendoubi, lequel en même temps faisait office de surveillant à la Rachidia, de partir à la recherche de l'oiseau rare. Sans réussite, malheureusement.
On prétendit après que c'est Béji Serdahi, luthiste, compositeur et chef d'orchestre d'une troupe comprenant Brahim Salah à la cithare, Kaddour Srarfi au violon, Hamadi Khmiss au «tar», et Jelloul Chahed à la «darbouka», qui aurait pris Saliha sous sa coupe, l'intégrant dans sa troupe. Une deuxième version affirme que c'est Béchir Fhima (dit Béchir Fehmy) qui la présenta la première fois au public. Natif de Tripoli en 1907, il a fui le colonialisme italien imposé à son pays pour venir en 1924 s'installer en Tunisie jusqu'en 1950 lorsqu'il décide de rentrer au pays natal. C'était un compositeur et parolier de chansons d'un talent indiscutable.
Alors, lequel de ces deux figures marquantes de la musique tunisienne a été à l'origine de la première sortie publique de Saliha, en 1938, à l'occasion de l'inauguration de Radio-Tunis?
En tout cas, le résultat est là : à 24 ans, Saliha faisait chavirer de plaisir les auditeurs pour lesquels la découverte de cette voix suave et forte en même temps relevait du rite incantatoire.
La Rachidia, mère nourricière
Mustapha Sfar, fondateur et pilier de la Rachidia, dont il avait été le directeur depuis sa fondation jusqu'en 1941, date de sa mort, figurait parmi les présents à ce gala. En 1935, il a été nommé maire de Tunis.
Aussi, Saliha fut-elle convoquée à se produire devant un jury composé des sommités de l'époque de l'institut Rachidi : le même Mustapha Sfar, donc, Tahar Mhiri, grand commerçant et féru de malouf, Mohamed Ben Slimane, notaire et cheikh de soulamia à ses heures perdues, Rachid Ben Mustapha, ingénieur, Ali Banawas, un des cheikhs les plus réputés dans le chant andalou, Mohamed Triki, Khemaïes Ternane, Hassouna Ben Ammar (le dénicheur du talent de Saliha avant terme) et Mustapha Kaâk.
Il va de soi que la fille de Nebeur n'a eu aucune peine à convaincre ces maîtres, d'autant qu'elle a chanté Billahi ya Aymed ya khouya, son titre de prédilection.
Saliha bénéficia d'un salaire fixe et d'un logement assurés par l'Institut de la Rachidia. En contrepartie, elle ne devait plus prêter son talent qu'à ce monument des arts tunisiens.
Khemaïs Tarnène et Mohamed Triki la prirent sous leur coupe. Elle le leur rendit bien en immortalisant, de sa voix inimitable, leurs plus belles compositions.
Première chanson
A la Rachidia, sa première interprétation a été La inti bilwasl thanini (Tu ne me rassures pas par ton amour), écrite par le poète de la jeunesse Mahmoud Bourguiba et composée par Mohamed Triki. Puis vint Law kan taâraf baâdek elli jrali (Si tu savais ce qu'il advint de moi, après toi), écrite par le même Mahmoud Bourguiba et composée par Khemaïes Tarnène.
Le reste sera un interminable flot de créations, les unes plus belles que les autres : Ayoun soud makhoulin, écrite par M'hamed Marzouki et composée par Mohamed Triki, Al azaba, Seg najaâk seg, Ya khil Salem…
Cela fait 52 ans que Saliha nous a quittés, décédée dans l'après-midi du jeudi 26 novembre 1958.
Son souvenir immortel doit aider les jeunes générations d'artistes à se frayer leur chemin dans le sens du rayonnement et de l'abnégation, le propre de tout artiste passionné.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.