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La chanson tunisienne post-révolution
Fethi Zghonda, musicien et musicologue
Publié dans Le Temps le 14 - 01 - 2012

Fethi Zghonda, musicien et musicologue, était à la tête de la direction de la musique et de la danse au ministère de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine, poste qu'il a occupé durant plusieurs années. Il est actuellement directeur musical de la Rachidia. Dans un entretien que nous avons eu avec lui, notre interlocuteur a répondu à toutes nos questions en toute franchise et sans détours.
Cet entretien porte sur deux volets: il nous parle d'abord de la Rachidia qui vient de subir un relookage depuis la Révolution, des nouveautés apportées à cette troupe musicale après soixante-quinze ans d'existence et des projets à venir. Le 2è volet tourne autour de la chanson tunisienne, un aperçu historique sur les étapes de l'évolution de la chanson en Tunisie depuis le début du siècle dernier jusqu'à nos jours, des problèmes du secteur musical et des perspectives d'avenir. De même, à travers un diagnostic des principales tendances musicales apparues juste après la Révolution, M. Fethi Zghonda nous donne son avis sur l'avenir de la création artistique et culturelle de l'après-Révolution. Entretien :
Le Temps : Vous êtes depuis quelques mois nommé directeur musical de la Rachidia. Pourquoi et comment ?
Fethi Zghonda : J'étais appelé par le Comité Directeur de la Rachidia justement après que ce comité a repris les rênes puisqu'il a été évincé arbitrairement par l'épouse du président déchu pour des raisons de profit à la faveur de Zied Gharsa, ancien directeur de la Rachidia. Il y a eu un comité imposé par Leila Ben Ali sur intervention de Zied Gharsa qui n'a pas apprécié la manière dont le comité a préparé le 75è anniversaire de la Rachidia, parait-il, pour des raisons de profit. En tant que directeur de la musique au ministère, j'étais appelé par le ministre qui me demandait de lui proposer de nouveaux membres pour le comité de la Rachidia. Quand je lui demandais s'il y aurait une assemblée générale imminente, il m'a répondu : « ne me pose pas de questions ; c'est un ordre, tu dois me proposer des noms ! » ce que j'ai fait : j'ai proposé une liste de 15 noms de gens connus pour leur attachement à la Rachidia, tels que Foued Mbazaâ, Zakaria Ben Mustapha, parmi la génération des séniors, d'autres plus jeunes comme Nawfel Ben Aissa etc. … Et du coup, même le ministre de la Culture a été mis à l'écart, n'y étant pour rien, et il y a eu un comité parachuté présidé par une certaine Nabila qui a surpris tout le monde. C'était, si je me rappelle bien, entre février et mars 2010. Généralement, les gens qui tiennent les rênes de la Rachidia sont des gens qui ont un passé dans le domaine de la culture, mais cette femme, je ne la connaissais pas ! Bref, elle ne s'entendait pas avec Zied Gharsa. Entre-temps, il y a eu la Révolution et depuis le torchon brûlait entre Zied et ce comité parachuté. Le comité légitime a fait appel à un huissier-notaire qui a fait toutes les procédures judiciaires et administratives pour restituer la Rachidia au comité légal présidé alors par Mohsen Boulahya qui s'est désisté pour des raisons de santé, mais apparemment parce qu'il n'avait ni le courage ni la volonté ni la ténacité de tenir tête à Zied Gharsa qui refusait de collaborer avec ce comité. Après lui, il y avait Mohamed Ben Hamouda comme nouveau président du comité et c'est lui qui m'a appelé pour assurer la direction musicale de la Rachidia. Actuellement, le comité est présidé par Lotfi Chérif, après avoir connu le désistement de certains membres, dont l'ancien président Mohamed Ben Hamouda suite à un « dégage ! » scandé par des contestataires qui envahissaient les lieux. La plupart se sont retirés par solidarité ou par complaisance pour Zied Gharsa. On a beau faire pour les ramener, mais en vain…
* Zied Gharsa est donc parti et avec lui plus de 90% des éléments de la Rachidia. Comment avez-vous fait pour remettre la troupe sur pied ?
- Il faut dire que ma nomination en tant que conseiller artistique et puis chef d'orchestre à la Rachidia semble avoir importuné certains musiciens, entre autres Belhédi Néjib qui m'a appelé chez moi pour me menacer en ces termes : « si tu diriges la Rachidia, nous allons te nuire, te battre, te chasser… » Des menaces verbales qui ne sont pas dignes d'un musicien comme Belhédi que je connais depuis quarante ans ! Pour revenir à votre question, je dirai que depuis le départ de Gharsa et compagnie, nous avons travaillé dans des conditions difficiles, nous nous sommes démenés contre vents et marées, sachant que la Rachidia s'est dépouillée d'un bon nombre de ses éléments (choristes et musiciens), mais avec la bonne volonté nous avons réussi à la reconstruire et à la remettre sur les rails avec les moyens du bord. Nous avons procédé d'abord au renouvellement de la troupe selon deux principes fondamentaux : le rajeunissement de la Rachidia en faisant appel aux jeunes diplômés des instituts de musique et la sauvegarde de la vocation essentielle de la Rachidia qu'est le Malouf. Aujourd'hui, la Rachidia a déjà organisé quatre concerts depuis la Révolution, ce qui est un exploit pour une troupe qui reprend tout à zéro. Je travaille avec une équipe jeune de musiciens instrumentistes et une chorale féminine et masculine qui sont doués et qui ont été choisis sur le tas. Ma tâche est d'inculquer le Malouf à ces jeunes qui arrivent prêts, de par leur don et leur formation, à assimiler les choses aisément puisqu'ils savent déjà le solfège, ce qui n'était pas le cas chez la plupart des anciens éléments de la Rachidia. Nous insistons toujours sur la vocation essentielle de la Rachidia qu'est la formation. Tous les grands noms de la musique tunisienne sont passés par cette école : Khmaïes Tarnène, Salah El Mehdi, Kaddour Srarfi, Ridha Kalaï, Mohamed Triki, Saliha et j'en passe. C'est le cadre idéal pour ces jeunes talents de se perfectionner, de s'épanouir pour qu'ils volent de leurs propres ailes quand ils seront plus tard les vedettes de la chanson tunisienne. Le Malouf garde et gardera toujours sa place prédominante à la Rachidia. Je suis l'élève des grands maîtres du Malouf et j'en suis fier ! Donc je ne toucherai jamais à l'essentiel, au patrimoine, c'est sacré pour moi, mais j'ai ma propre touche ! Authenticité et innovation vont de pair. Bien entendu, il n'y a pas actuellement de grandes vedettes à la Rachidia, mais il y en aura !
* Quels sont vos projets d'avenir ? Sera-t-il si facile de combler le vide laissé par Zied Gharsa ?
-Tout dépendra des moyens dont nous disposerons. Le Comité directeur, je l'ai bien senti, est bien décidé à aller de l'avant, à user de toutes les potentialités existantes pour promouvoir les jeunes et les moins jeunes, ouvrir les bras à tous ceux qui veulent bien contribuer à cette mission noble de la Rachidia par leur apport en tant que compositeurs ou interprètes ou même par les idées. Zied est un grand monsieur et une valeur sûre qui a apporté beaucoup à la Rachidia, cependant, vu son jeune âge peut-être, il est tombé malheureusement dans le narcissisme. Mais les hommes passent, les institutions restent. La Rachidia doit continuer sans Zied Gharsa, comme elle l'a toujours fait avec le départ des anciens. Donc, les concerts à venir seront ouverts aux jeunes talents en faisant appels aux autres chanteurs de la place en tant qu'invités des soirées. Probablement, il n'y aura pas de concert en ce mois de janvier pour des raisons qui me dépassent. Donc le prochain concert que nous sommes en train de préparer sera pour le mois de février.
* Nous passons au 2ème volet de notre entretien. La chanson tunisienne passe-t-elle par une crise actuellement ?
- Tout d'abord, je dirai que depuis que je me suis intéressé à la musique en tant que profession et création, vers les années 70 alors que j'étais à l'université, je n'ai jamais cessé d'entendre cette rengaine. La première consultation sur la chanson tunisienne a eu lieu en 1971, une deuxième s'est déroulée dans les années 80, toujours sous prétexte que la chanson tunisienne était en crise. Or, si je fais la rétrospective, je remarque qu'il y a eu des moments forts et des moments creux, mais qu'il est difficile pour les gens de dénicher les moments forts par lesquels est passée la chanson tunisienne. Au début du 20è siècle, il n'y avait que du Malouf et des chansons soufies, après quoi il y avait les chanteurs juifs qui occupaient la scène musicale. Plus tard, fin des années 30, la chanson avait prospéré au sein de la naissante Rachidia avec Khmaïes Tarnène et autres. Avec l'ouverture de la Radio en 1938, il y a eu un nouveau souffle ; puis il y a eu un léger recul ; vers les années 50, la chanson s'est de nouveau développée pour se décliner à la fin des années 50. Elle a repris son essor dans les années 60 avec Abdelhamid Sassi, Ridha Kalaï, Oulaya, Naâma… Vers les années 70, elle a marqué un certain déclin pour s'améliorer dans les années 80, celles de ma génération, où il y a eu la Troupe Nationale que j'ai créée moi-même et l'apparition d'illustres compositeurs comme Abdelkarim Shabou, Hamadi Ben Othmane…, la scène pullulaient de nouveaux chanteurs et chanteuses ayant connu un grand succès. Encore une crise à partir des années 90. Donc, l'histoire de la chanson tunisienne a toujours été en dents de scie. Elle a connu des hauts et des bas. Il ne faut donc pas taxer la chanson tunisienne de chanson en crise pour toujours. A travers l'histoire, nous avons acquis un répertoire musical assez riche formé de très belles chansons. Dire que la chanson tunisienne est en crise, ce n'est pas juste car il y a toujours des tentatives, peut-être isolées, sur lesquelles les médias ne mettent pas l'accent. C'est là le problème, c'est que les médias ne parlent que sur les choses habituelles sous prétexte de faire plaisir aux consommateurs et de suivre les styles en vogue, ce qui a contribué à l'altération des goûts chez les auditeurs et les productions musicales au but lucratif. A travers les années, pas mal de chanteurs ont laissé leurs empreintes : Hédi Jouini, Ali Riahi, Saliha, Jamoussi…
*Mais ne trouvez-vous pas que ces mêmes chanteurs n'ont eu de succès qu'après leur disparition ?
- Oui, j'en conviens. Ce que fait maintenant Lotfi Bouchnak est extraordinaire et il sera encore plus célèbre dans vingt ou trente ans. L'artiste passe et l'œuvre artistique demeure. Le Tunisien a tendance à vivre avec son passé, tout en regardant vers l'avenir, mais ne vit pas son présent comme il se doit. Aujourd'hui, tout le monde parle de l'âge d'or (les années 80) de la chanson tunisienne et pourtant personne à cette époque n'en disait mot ! Au contraire, certaines critiques étaient très amères à cette époque-là ! On ne reconnaît l'artiste à sa juste valeur qu'après coup ! Ceci est vrai pour tous les domaines artistiques ou culturels : parmi les centaines de poètes tunisiens, on ne retient que le nom d'Abul Kacem Chebbi. C'était toujours comme ça et c'est bien dommage ! Admettons qu'il y ait eu des crises au niveau de la chanson tunisienne, mais de tout temps, la chanson a connu des moments d'éclaircies, voire de prospérité et de succès. Mais la mémoire populaire est courte !
* Parlons maintenant de la chanson de l'après-Révolution. On a remarqué une certaine rupture avec la chanson tunisienne authentique et un afflux vers la chanson patriotique ou le Rap. Qu'en pensez-vous ?
- Moi je pense que c'est une mode qui va passer. Mais il y aura quelques chansons de Rap qui vont persister, de par les textes et les idées qu'elles véhiculent et la spontanéité par lesquelles elles ont été interprétées. Toujours est-il que cette vague n'est que passagère ! Nous sommes passés par des moments pareils dans les années 80, quand la chanson dite engagée était en vogue. Toutes ces chansons qu'on a fredonnées à l'époque ont disparu ; il n'en reste rien aujourd'hui ; à part quelques unes ressuscitées par la Révolution ! Une œuvre musicale doit être basée sur un contenu, une forme, une syntaxe, une écriture littéraire et musicale consistante ; autrement elle sera vouée à l'échec, à la disparition. Elle doit contenir les facteurs de son existence, de sa pérennité.
*Est-ce à dire que la chanson purement tunisienne va bientôt revenir sur la scène musicale ?
- A mon avis, le Tunisien est un Homme (avec un grand H) bon vivant qui aime la vie. Maintenant, nous vivons dans une situation de sinistrose suite aux événements exceptionnels qu'on vient de vivre ces derniers mois. Cet état d'âme des Tunisiens est malheureusement alimenté par les médias qui ont tendance à montrer l'aspect sinistre et négatif des choses, ce qui fait qu'aujourd'hui, le Tunisien est un peu triste, voire pessimiste. On l'a rendu ainsi ! Mais moi, j'estime que nous sommes un peuple qui aime la vie ; nous aimons chanter comme nous l'avons toujours fait. Nous avons toujours entrevu l'avenir avec beaucoup d'optimisme et de gaîté de cœur. Je pense que dès que les choses reviennent à la normale, nous allons retrouver notre sérénité, nos traditions d'un peuple qui fait de la musique, qui aime chanter et danser et qui sait faire la différence entre ce qui est beau et ce qui ne l'est pas.
* Mais à côté de cet optimisme et cet amour de la vie et de la musique, le Tunisien a des appréhensions aujourd'hui quant à l'avenir des arts et de la culture en Tunisie en présence de mouvements religieux extrémistes qui expriment leur aversion envers l'art et la culture. Qu'en dites-vous ?
- Je ne pense pas que l'art et la culture soient menacés chez nous ! La preuve, depuis la Révolution, il y a eu plusieurs concerts de musique dans des lieux publics sans qu'il y ait d'incidents ! À 95%, il n'y a pas eu de grabuge ! Nous vivons actuellement les Journées théâtrales de Carthage, les salles de cinéma continuent à projeter des films, il n'y a pas eu de grands problèmes. Cependant, le seul incident qu'on peut citer est celui connu par la Troupe musicale « Ouled EL Mnajem », à Sidi Bouzid, pourtant c'est un groupe engagé, ce qui est un paradoxe. Mais on peut lier cela à l'atmosphère générale d'effervescence dans cette ville qui vit des conditions sociales et économiques très précaires. Ces incidents ne vont plus durer pour longtemps dès que les causes qui en étaient à l'origine disparaitront. Je dis et je répète que le peuple tunisien est cultivé et il va continuer à chanter et à danser sans peur. Je suis optimiste quant à l'avenir de la musique et les arts en Tunisie, à condition que la situation socio-économique s'améliore dans le pays. A mon avis, il n'y a pas de culture prospère dans une société qui vit la misère, je ne saurais imaginer un opéra dans un pays africain déshérité. La créativité artistique est tributaire d'une conjoncture stable à tous les points de vue : l'artiste, ayant des soucis de nourriture, d'habillement ou de transport, ne peut pas s'adonner amplement à son art ; il se contente peut-être de faire de petites œuvres artistiques, comme le chanteur qui peut fredonner des chansons, mais on ne peut pas prétendre à de grandes créations si on n'a pas l'essentiel. Nous espérons tous que la Tunisie retrouve sa stabilité sociale et économique pour que la vie culturelle reprenne son cours habituel et que la musique soit toujours présente sur la scène.
Interview réalisée par: Hechmi KHALLADI


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