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Un Soudan ou deux ?
Chronique du temps qui passe - Par Hmida Ben Romdhane
Publié dans La Presse de Tunisie le 09 - 01 - 2011

C'est donc aujourd'hui que les Sud-Soudanais commencent à voter pour ou contre la sécession, et ce, dans le cadre d'un référendum qui se déroulera jusqu'au 15 janvier. Le sous-développement des moyens de communication et de transport dans les dix gouvernorats du Sud-Soudan est tel que pas moins de six jours sont nécessaires pour faire voter les 3,5 millions d'inscrits. Une telle pauvreté en matière d'infrastructures fait planer à elle seule le doute sur la capacité des Sud-Soudais à construire un Etat viable, s'ils choisissent l'indépendance vis-à-vis de Khartoum.
Pour comprendre le fond du problème, il faut remonter assez loin dans l'histoire, jusqu'à la conférence de Berlin de 1884-85 quand la Grande-Bretagne et d'autres puissances européennes, ignorantes ou indifférentes à l'égard des spécificités ethniques, culturelles, linguistiques et religieuses des populations africaines, entreprirent de charcuter le continent en traçant arbitrairement des frontières. Des groupements humains n'ayant en commun ni langage ni religion ni intérêts quelconques se trouvèrent piégés à l'intérieur de frontières et forcés de vivre ensemble.
Mais, honnêtement, on ne peut pas faire assumer la responsabilité seulement aux pouvoirs coloniaux. Les élites africaines qui, il y a un demi-siècle, avaient pris en charge le lourd fardeau de l'indépendance, assument une responsabilité au moins aussi grande. Leur incapacité congénitale à mettre en place un système économique et social intégrationniste, à même d'assurer un minimum de justice et d'équilibre entre les différentes régions et les différentes ethnies est, sans aucun doute, à la base de tous les problèmes du continent africain.
Le Soudan est le plus grand pays d'Afrique. De par ses richesses naturelles, ses terres immenses d'une rare fertilité et l'extraordinaire atout du Nil blanc et bleu, ce pays aurait pu être le moteur du développement en Afrique et un grenier capable de nourrir une bonne partie des populations africaines et arabes. Il est consternant de voir que 50 ans après l'indépendance, le Soudan est dans l'incapacité de nourrir correctement sa propre population sans recourir à l'aide étrangère, ni de faire coexister paisiblement ses différentes ethnies.
Consternant, mais pas étonnant, car un peuple dont les composantes sociales passent des décennies à guerroyer les unes contre les autres n'a ni le temps ni les moyens de construire les infrastructures économiques, sociales et politiques nécessaires à une vie politique évoluée. Et à ce niveau, le régime de l'ancien président Jaafar Nimeiry assume une responsabilité qui, sans abus de langage, peut être qualifiée de criminelle.
En plus des politiques économiques et sociales discriminatoires vis-à-vis des populations du Sud, Nimeiry a pris l'une des décisions les plus stupides qu'un politicien puisse prendre : appliquer la Chariaa à des populations majoritairement chrétiennes ou animistes du Sud-Soudan, déclenchant ainsi une guerre civile qui a duré des décennies, faisant deux millions de morts et plusieurs millions de déracinés.
La révolte des Sud-Soudanais est parfaitement compréhensible, car non seulement ils étaient les éternels oubliés de tout effort de développement entrepris par le pouvoir central à Khartoum, mais ils se sont vu imposer les lois d'une religion qui n'est pas la leur. Pour comprendre l'ampleur de l'amertume et du sentiment d'injustice qui prévalaient au Sud-Soudan, imagions un seul instant la réaction des Nord-Soudanais si on leur avait imposé la soumission à certains préceptes de la Bible…
Il est hautement probable que le référendum aboutisse à l'indépendance du Sud, et rares sont ceux qui parient un kopek sur un résultat différent. Même le président Omar El Béchir semble avoir fait son deuil d'un Soudan uni. Au cours de son récent voyage à Juba, capitale du Sud-Soudan, il avait annoncé solennellement son acceptation de la partition du pays en cas de vote en faveur de la sécession. D'ailleurs avait-il le choix à la lumière de l'extraordinaire mobilisation internationale qui laisse deviner la détermination de nombreux pays, dont les Etats-Unis, à suivre étroitement le déroulement du référendum du début à la fin ?
Cela dit, l'imminente partition du Soudan pose deux importants problèmes. Le premier problème a trait aux moyens humains et matériels du futur Etat indépendant. Plus explicitement, en choisissant l'indépendance, le Sud-Soudan peut-il se permettre, au vu des maigres moyens dont il dispose, d'établir un Etat viable, capable de répondre aux besoins de base de la population. Une chose est certaine : les espoirs et les attentes des Sud-Soudanais dépasseront de loin les modestes moyens de leur futur Etat, ce qui n'est pas le moindre des défis qu'aurait à affronter la future nouvelle nation.
Le second problème a trait au continent dans son ensemble. L'imminente partition du Soudan ne risque-t-elle pas d'ouvrir la boîte de Pandore dans un continent qui, dès les premiers jours de l'indépendance, a refusé de remettre en cause les frontières héritées du colonialisme pour éviter d'entrer dans le cycle de la guerre perpétuelle ? Le Nigeria et la Côte d'Ivoire, pour ne prendre que ces deux exemples, présentent des similarités troublantes avec le Soudan. Les deux pays font face à des divisions ethniques et religieuses endémiques entre un Nord à majorité musulmane et un Sud à majorité chrétienne. Les forces irrédentistes qui animent ces deux pays ne se trouveront-elles pas revigorées par l'exemple soudanais ?
Mais ne regardons pas seulement la moitié vide du verre. Beaucoup de pays africains ont réussi à faire vivre ensemble des ethnies différentes pendant plus d'un demi-siècle, et ce, en dépit de la pauvreté et du sous-développement qui n'aident pas à la tolérance et à l'acceptation de l'autre. Et si l'on pousse l'optimisme plus loin encore, peut-être qu'un jour l'on assistera à des mouvements inverses, c'est-à-dire en faveur de la destruction des barrières frontalières, poussant l'Afrique à imiter, dans leurs prodigieuses entreprises de développement, la Chine, le Brésil, l'Inde et quelques autres. Pourquoi ne pas rêver ?


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