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De la musique avant toute chose
Lu pour vous : La sérénade d'Ibrahim Santos de Yamen Manaï
Publié dans La Presse de Tunisie le 24 - 08 - 2011

Yamen Manaï est un jeune auteur, né en 1980, ingénieur en nouvelles technologies de l'information, vivant actuellement à Paris. Son premier roman, La marche de l'incertitude (Elyzad poche 2010), obtient le Comar d'Or en Tunisie et le Prix des lycéens Coup de Soleil en France.
La sérénade d'Ibrahim Santos est son deuxième roman, récemment paru (troisième trimestre 2011) chez le même éditeur. Un sujet sur la révolution qui se déclenche dans un village d'un pays lointain et sans nom. On est dans les années cinquante, la légende veut que la fondation de Santa Clara, le village fondée par des ivrognes haut en couleur remonte à plus de trois siècles, un lieu improbable qui abrite une communauté soudée par l'amitié, le rhum et la musique. A la lumière du produit phare, le rhum, qui sert de fil conducteur du roman, on devine que c'est un pays producteur de canne à sucre : Cuba, La Martinique, Saint Domingue…?
Sur le mode du conte, avec une pincée de réalisme magique, Yamen Manaï raille ici les prouesses de nos dictatures modernes qui souvent perdurent, tel est le résumé de la dernière page. En couverture, soignée, on y lit en bas «A tous les dictateurs du monde, regardez donc défiler les heures à vos montres d'or et de diamants. Les peuples vous arracheront leurs rêves, les peuples sonneront votre glas». L'«accroche» de circonstance, ajoutée après la révolution, est toujours bonne à prendre. Dans la préface on lit: «Je ne sais quel accueil aurait eu ce livre si le pays était toujours entre les mains de Bonnie and Clyde». Désigne-t-il Zaba et Leïla? Auquel cas, c'est malheureux et injuste pour l'image de ces jeunes tourtereaux américains, même s'ils ont braqué des banques. Révoltés, ils ont été idéalisés par Arthur Penn, Gainsbourg, et autres chanteurs, l'honneur accolé à l'ex-potentat, président déchu et sa femme est illégitime. Sous quelque angle qu'on aborde ces deux couples, la comparaison reste saugrenue, inacceptable.
Les habitants de Santa Clara sont issus d'origines différentes, des descendants d'Espagnols évidemment, des Noirs qui fuyaient l'esclavage, des Arabes amateurs d'alcool, des gitans fatigués de voyager, des commerçants d'alcool juifs, les cannes poussaient par millions, la rhumerie produit le meilleur breuvage qui puisse exister, enfin c'est le bonheur renforcé des images écrasantes «…les hommes divins, leurs sombreros majestueux faisaient de l'ombre aux astres de la nuit, qui depuis le ciel où ils étaient paisiblement installés, assistaient au spectacle ineffable des hommes divins».
Le président général Alvaro Benitez goûtant le rhum âgé de 15 ans qui en paraît hors d'âge est furieux d'en d'ignorer l'origine, sur l'étiquette il y lit : Santa Clara, mis en bouteilles printemps 1958, mais n'arrive pas à situer le village.
Des pages et des descriptions de paysages plus loin, un capitaine et ses soldats entrent à Santa Clara et annoncent à l'assistance étonnée que la Révolution menée par le président général Benitez a mis fin à la dictature du Général Burgos, nouvelle que les habitants ignorent. Encore des images qui se bousculent «le regard qui lacère le dos, l'amnésie collective flottait par-dessus la grande place, un autre regard qui fusille. Perdu dans la vallée de l'impuissance et du désespoir…» le lecteur est pris de vertige.
D'une dictature à l'autre
Le portrait de l'ex est remplacé par le nouveau, le nom de la place du village aussi, les rues, l'école, la devise de l'Etat, le drapeau, l'hymne changèrent en peu de temps, juste avant l'arrivée du Premier ministre chargé de découvrir Santa Clara, ses collines, son air, , ses cannes, sa rhumerie et ses habitants. Plus tard , on suit les pas d'un jeune et pauvre élève studieux José Vasquès, qui rejoint l'université dans la capitale, en sort major à la fin de ses études d'agronomie. Il est chargé par le ministre de l'Agriculture de percer le secret du fameux rhum de Santa Clara.
Sans coupure, l'auteur nous renvoie en Espagne, en fin de règne musulman; Boabdil, dernier prince de Grenade est étonné d'apprendre que dans son royaume ou ce qu'il en reste se trouve un homme, Salam Al Ghazali, poète musicien qui a le don de prédire le temps. Le soir, le poète est habillé de soie et de brocart qui lui valurent le nom de Sondos (mot arabe désignant les tissus porté par le poète).
Dans cette Espagne de la Reconquista, on croise Christophe Colomb qui vient solliciter de nouveau Isabelle de Castille de financer son expédition pour trouver le Paradis sur la côte orientale de l'Inde et demande une faveur : faire embarquer le poète qui prédit le temps, Salam Sondos avec lui.
Sept générations plus tard, Zakaria Santos arrive à Santa Clara en compagnie de son enfant Ibrahim, de Sondos à Santos, faites- le lien, il s'y installe et mène une vie heureuse jusqu'à sa mort. Ibrahim Santos est violoniste, chef d'orchestre de la troupe de Santa Clara, c'est un homme respecté, un emblème du village, buveur de rhum, comme tous les personnages du village. A Santa Clara, pour savoir quel temps il fera, on écoute les sérénades d'Ibrahim. Autant dire que le personnage est une pièce essentielle pour la culture de la canne et des autres plantes, pour la vie simplement.
L'émissaire agronome José Vasquès et ses soldats détruisent les vieilles plantes de Santa Clara, les remplaçant par une autre souche, plus rentable, plus haute mais sans goût. Ils tuent le trompettiste de l'orchestre, les villageois se soulèvent, prennent les armes, une émeute finit par chasser les soldats. Ecrasé par sa culpabilité, Vasquès rejoint les rebelles. La sérénade d'Ibrahim devient l'hymne des hommes libres.
Le roman, composé de 42 chapitres, est ponctué par des apartés en forme de poème ou de citation, exemple: Sans la musique, la vie serait une erreur (Nietzsche). Le chapitre qui suit, décrit Ibrahim déterrant sa viole (aux formes sublimes, cordes en boyaux, etc), héritée de ses ancêtres, pour jouer un morceau décisif pour l'avenir de la communauté. L'idée est nourrie de bonne volonté, d'esprit de combat même : un village qui se révolte contre la dictature. Les paysages caribéens invitent à une description fouillée de la nature et à la lenteur de vivre, l'auteur révolté contre les cultures de masse, les OGM et autres nourritures transgéniques, consacre un aparté de son cru (de trop à notre avis) à ce sujet. Sans aucun lien avec son pays natal (ce qui n'est pas un défaut) ce roman fleure bon la littérature sud-américaine. La bonne ? Le roman nous a gênés par moments par l'emploi d'images naïves : «Les étoiles scintillent comme des diamants sur un drap de velours noir, et le croissant de lune paraissant aux yeux ivres comme un sourire céleste», «La foule noya le maire dans la densité de son indifférence» «Les portes superbes du ciel s'ouvraient pour l'accueillir», etc. Le livre est truffé de phrases pareilles, l'une chassant l'autre, sans respiration, au point que le lecteur est pris dans des paragraphes troués d'images molles. De plus, des phénomènes inanimés deviennent actives, des organes aussi, les exemples sont nombreux : «l'obscurité et le silence qui s'emparent du monde», «un cœur lourd de chagrin qui se demande s'il était béni» et encore «Les âmes restaient un moment à flotter, avant de regagner, une par une, les corps dans lesquels elles furent un jour enfermées…» De quoi donner le bourdon. Au lieu d'élaguer, de couper au besoin pour aller à l'essentiel, Manai aime «rallonger la sauce» comme on dit, ce qui nuit à la trame du roman et réduit de sa puissance. Des adjectifs embarrassent comme une verrue (p 159) une main «achillienne» ? Pourquoi pas «ajaxienne», herculéenne, on aurait vite compris. En dépit des quelques couches inutiles, le roman se lit avec plaisir, les étapes de fabrication de l'exceptionnel rhum de Santa Clara donnent l'eau à la bouche. Le chapitre sur la chute de Grenade, la poésie de Salam El Ghazali sont savoureux, les personnages sont caractéristiques des Caraïbes. Une remarque au passage, à part la gitane, être d'exception, on ne croise pas de femmes. Bref, on découvre un univers (le village) où la lenteur est souveraine, de la lenteur, faisons l'éloge : «L'humanité, comme une armée en campagne, avance à la vitesse du plus lent», Garcia Marquez.


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