Donia Bouattour, responsable de la galerie BelArt, a eu une idée brillante en invitant deux Irakiens, Ali Ridha Saïd et Saâd Al Kassab, à exposer un ensemble de tableaux différents d'apparence, mais proches par le thème. Ali Ridha Saïd n'est pas inconnu dans le monde des arts en Tunisie, il a exposé à plusieurs reprises en groupe, il enseigne à l'Ecole des Beaux-Arts à Tunis. Les thèmes de ses tableaux exposés ,affichés à des prix raisonnables, abordent les scènes de rue avoisinant son lieu de travail : Bab Sidi Abdesslem et ses environs. Le rendu est éloquent, un style académique retouché par un des éléments modernes. Arcade , relate la vie animée de cette placette qui vit le jour, des marchands de tout et de rien, une coupole verte, un ciel poussiéreux, des silhouettes massées, des touches de couleurs claires, de l'ocre, du blanc cassé, des gris atténués. La placette donne sur Souk El Halfaouine , un mouvement de foule et de tons sombres, des murs lézardés de lignes couleur bistre, une atmosphère d'un temps qui passe, inexorable, une ambiance qu'on ne trouve que dans ces ruelles où l'on vit lentement, où les marchands vous hèlent à chaque mouvement. Deux tableaux intitulés Femme 1 et Femme 2, montrent un ensemble de femmes groupées, chargées de cabas ou de couffins en marche, elles sont nimbées de couleurs blanchâtres. Souk Sidi Abdesslem, un endroit apparemment privilégié par le peintre, encore la foule entassée au milieu des étals, des maisons basses chaulées, des portes à peine visibles, une buée enveloppant l'air, l'été ? La touffeur d'une chaleur matinale ? Les passants circulent nonchalants, droits, penchés, courbés ; à l'évidence le peintre a fait ses écoles académiques, on devine avec quelle intensité, ce peintre interroge les couleurs de cette région voisine de son lieu de travail, ses maisons blanches et la lumière qui s'en dégage. Si on quitte les rues au tumulte délicat, c'est pour nous retrouver au milieu d'une salle de palais : trois tableaux portant les noms Récit des Mille et Une Nuits, installée sur un divan, Shéhérazade, légèrement courbée, raconte ses histoires pour défier le temps et le sommeil, devant elle, une femme assise dans l'ombre écoute. Plus loin des Médinas en noir et blanc, sont proposés à 350D pièce. Saâd Al Kassab est visiblement plus cérébral que son ami Saïd, il expose une trentaine d'œuvres , des abstractions traitées par aplats de couleurs bien proportionnées. Comme toujours ou bien souvent dans l'abstraction, les titres sont apposés juste pour indication, une note extérieur au contenu, une marque, un repère. Abstraction 1, Abstraction 2, Vision 1, 2 ou 3, Mutation 1, 2 ou 3. Il y a une sorte de méditation qu'on devine, pour peu qu'on s'arrête avec attention, on lit des paysages, une Médina la nuit, un chemin, les compositions abstraites suggèrent par des aplats larges, couleur jaune de Naples ou ocre, libres sans contour évoquent des mamelons , des paysages rocheux, un plan abondant en vert ici évoque un champ de verdure. Le travail de Kassab se situe dans l'abstraction classique, expérimentée, répandue depuis le début du siècle dernier, on pense précisément à Poliakoff , ses expériences chromatiques. Kassab est entre cet entre-deux, l'abstraction qu'il fait renvoie à une réalité observée. Celle-ci a un rapport avec la Médina, d'où son voisinage avec son ami Saâdi. —————————— L'exposition se poursuit jusqu'au 4 janvier