Par Nejib Ouerghi La vague de froid, particulièrement exceptionnelle, qui a balayé cette semaine les régions ouest du pays a mis le pays devant une triste réalité : une quasi-incapacité de porter secours et assistance à des populations en danger. une fois l'effet surprise passé, et les espoirs d'un rapide redoux déçus, cette vague de froid sans précédent, qui ne semble pas encore lâcher prise— les services de la météorologie nous promettent qu'on va continuer à grelotter en ce mois de février— a cédé la place à des critiques acerbes sur l'impréparation des autorités qui se sont trouvées dans la difficulté de secourir des populations isolées, souvent privées d'eau, d'électricité et même de nourriture. Porter secours à des populations en danger demande manifestement une organisation, une logistique et une action bien conçue et concertée en cas de catastrophe naturelle. Que ce soit lors des inondations de l'automne dernier ou de la vague de froid qui ne cesse de jouer les prolongations, l'on s'est rendu compte que ces conditions essentielles ont fait cruellement défaut. La réactivité et le sens de l'anticipation des structures en charge des secours ont été inscrits aux abonnés absents et l'on n'a fait, parfois, que constater l'ampleur des dégâts et toute la complexité d'agir dans des situations d'extrême urgence. A l'évidence, toute improvisation, en pareilles circonstances, est souvent lourde de conséquences. Elle ne peut provoquer que la colère et l'irritation des populations victimes qui, face à l'acharnement de la nature, sont en droit de s'attendre à des actions énergiques, à des gestes rapides et à un engagement diligent propre à les conforter dans leurs détresse et souffrances. Qui plus est, lorsqu'il s'agit de régions, considérées depuis longtemps comme les oubliées du développement, croulant sous un chômage de plus en plus insupportable, une pauvreté endémique et une insuffisance criarde au niveau des infrastructures et des équipements collectifs. Même si le terrain d'intervention, à savoir le Nord-Ouest, région montagneuse accidentée, est difficile, il n'en demeure pas moins vrai que la grande poudreuse a révélé de grandes défaillances et un dysfonctionnement inquiétants au niveau des moyens et des méthodes d'intervention des structures de secours qui, surprises et peu loties, n'ont pu se ressaisir et s'organiser qu'après plus de 48 heures. Un intervalle assez long pour voir un dispositif digne de ce nom se mettre en branle efficacement et se dessiner une réelle coordination au niveau de l'action des différents acteurs. Une telle situation ne saurait surprendre outre mesure. Longtemps laissé pour compte, le nord-ouest du pays, comme toutes les autres régions du centre ou du sud-ouest, accuse un déficit global en termes d'infrastructures de base (routes, autoroutes, structures hospitalières opérationnelles...) et a, à son actif, des indicateurs socioéconomiques et de développement humain peu flatteurs. Outre la faiblesse et le peu de diversification du tissu économique, le chômage contraint la jeunesse à une oisiveté forcée et la pauvreté omniprésente est de plus en plus insupportable. Le décor ne saurait être complet si on omettait de dire que les systèmes d'éducation, de formation et de santé sont en décalage total avec les réalités et les besoins de la population locale. Pourtant, cette région ne manque ni d'atouts, ni de ressources et encore moins de potentialités. Mais les programmes, stratégies et projets engagés ne pouvaient offrir aucune alternative qui la sortirait du cercle vicieux dans lequel elle s'est toujours embourbée. Pouvait-on s'attendre à plus de stratégies qui ont la suprême ambition d'extirper ces régions et leur population de la pauvreté via des programmes qui tentent vainement de traiter de problématiques d'une extrême complexité par le recours à des palliatifs d'une efficacité douteuse! Résultat : le mal risque de devenir incurable ou tout au moins difficilement supportable, aujourd'hui, par le pays qui fait face à une grave crise qui exige sacrifices mais aussi et, surtout, nécessité d'établir un diagnostic juste et de mobiliser des moyens considérables pour repenser le modèle de développement de ces régions longtemps délaissées. Justement ce sentiment a prédominé, encore une fois, au cours des derniers jours, dans ces contrées qui ont connu les souffrances d'un hiver rigoureux et la difficulté de survivre dans l'isolement, le manque, le froid et la déception. La mobilisation de dernière minute de toutes les structures gouvernementales est venue quelque peu donner un signal sur l'urgence, toute l'urgence de prendre conscience de l'ampleur de la tâche qui reste à accomplir dans ces régions qui revendiquent le développement et rien que le développement. «Être ou ne pas être, telle est la question» lancinante à laquelle il importe de trouver des réponses, à la fois, convaincantes et durables.