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Artistes, citoyennes et libres
7ème art : 18e Festival Khélifa-Stambouli du théâtre maghrébin
Publié dans La Presse de Tunisie le 19 - 04 - 2012

Du 6 au 14 de ce mois, a eu lieu la 18e édition du Festival Khélifa-Stambouli du théâtre maghrébin, organisée par la délégation culturelle régionale de Monastir, avec la collaboration de l'Union des comédiens professionnels. Cet événement annuel, rappelons-le, porte le nom de l'un des pionniers du théâtre tunisien. Khélifa Stambouli (1919-1948), originaire de Monastir, était auteur et avait signé plusieurs pièces traitant de personnalités historiques et des préoccupations sociales du peuple à l'époque. Parmi ses titres, nous évoquons : Ziedet Allah Al Aghlabi, El Moez Lidin Allah Al Sanhaji, Une citadelle en feu, Je suis le coupable et La terrible vengeance.
Au fait, ce festival n'en est qu'à sa deuxième édition maghrébine. Après avoir offert, tout au long des sessions précédentes, plus de visibilité aux créations sur le plan régional, les organisateurs ont choisi d'ouvrir une fenêtre au théâtre de tout le Maghreb. En fait, la spécialisation était la principale préoccupation des acteurs culturels de la région. Car il fut un temps où les festivals (d'été, surtout) avaient une identité. Pour la ville de Monastir, le Festival du théâtre maghrébin n'est pas un concept nouveau. Il a été déjà créé en 1964. Ce n'est qu'en 1974 qu'il avait changé de vocation pour avoir une dimension arabe. Par la suite, et pour des raisons de «stratégies et de choix politiques», tous les festivals d'été ont été «uniformisés». Celui de Monastir n'a pas échappé à la nouvelle donne de «l'ère nouvelle». A l'instar de tous les autres festivals du pays, il est devenu «international» avec pour dominante «la variété orientale», s'éloignant du culturel pour s'inscrire dans le pur divertissement. On voulait faire de ces manifestations estivales le nouvel opium du peuple. Peu importe la qualité des spectacles, l'important était d'occuper les Tunisiens à danser sur les gradins jusqu'à s'oublier et oublier «de quoi sera fait demain». C'est dans ce paysage que le Festival Khélifa-Stambouli a été créé. Le souci était de retrouver cette identité perdue et des objectifs plus nobles.
La date du mois d'avril permettait à l'événement de se distinguer, loin de la boulimie festivalière estivale et de remplir les espaces blancs du reste de l'année.
En dehors du temps
En arrivant à Monastir, on a l'impression que la ville vit en dehors du temps. Les statues de Bourguiba sont toujours à la même place. Quelque part, il y a le portrait géant du premier président de la République, fils prodigue de la région et leader politique adulé.
On nous apprend qu'après la révolution du 14 janvier 2011, le nombre de visiteurs du mausolée de Bourguiba a augmenté. On vient se recueillir par nostalgie du passé ou pour redonner du sens à certaines valeurs que le «totalitaire éclairé» a quand même su nourrir, que son successeur, le tyran, a bafouées et qui se retrouvent aujourd'hui, en cette période de transition démocratique, bizarrement menacées. C'est d'ailleurs pour exprimer le doute, que lors de cette 18e édition du Festival Khélifa-Stambouli, un colloque a eu lieu sous le thème : «Les femmes de théâtre face aux changements dans le monde arabe».
Condamnées à l'espoir
Où en est la création féminine en cette période de post-révolution ? Faut-il rappeler le rôle de la femme de théâtre dans les changements que vivent les pays arabes en révolution ? N'a-t-elle pas contribué par ses écritures et la mise en scène de son corps dans l'espace, à l'éveil des consciences? N'a-t-elle pas rêvé, comme tout citoyen qui se respecte, de liberté, de justice sociale et de dignité ? N'a-t-elle pas bravé tous les obstacles pour un «être» défiant le politique qui l'utilisait comme alibi ? Comment se fait-il qu'au lieu de lui rendre tous les honneurs, elle se fasse, aujourd'hui, agresser par ceux qui prétendent être les gardiens de l'ordre et les défenseurs de la morale et de la religion ? La voilà, encore une fois, utilisée pour des desseins politiques. Son art est un pêché et son corps incite au pêché, tel est le discours de «l'autre» qui veut faire «taire» la femme, et par conséquent «tuer» la vie, puisque c'est elle qui la représente. Les communications de Hassen Al Moadhen, Mohamed Moumen et Kamel Yalaoui, hommes de théâtre, tournaient autour de ces questions, analysant la somme des trajectoires effectuées par les femmes de théâtre, en soulignant, avec des noms et des exemples de pièces qui ont fait ou feront date dans l'histoire du théâtre tunisien, que nos artistes ont toujours été prêtes à affronter tous les enjeux.
Déterminées
Dans ce colloque, il y avait également des témoignages. Il s'agissait notamment de ceux de Rim Nakchott de Mauritanie, Latifa Harrar du Maroc, et Myriam Chibani d'Algérie. Tour à tour, ces comédiennes ont pris le micro pour se raconter. La Mauritanienne n'a pas été volubile. En quelques mots, elle a dit combien c'est difficile pour une Mauritanienne de faire du théâtre. Il lui faut beaucoup de courage pour sortir de sa cage et défoncer les prisons mentales. Le voyage en Tunisie n'a pas non plus été des plus faciles. Il a fallu que l'autorité de tutelle intervienne auprès des parents pour que les filles de la troupe puissent se produire pour la première fois, en dehors des frontières du pays. Heureuse d'être enfin à Monastir, et d'autant plus motivée, Rim a avoué au nom de ses copines, qu'elles étaient déterminées à aller jusqu'au bout de leur passion.
Latifa Harrar, la Marocaine, a commencé par recadrer certaines choses qui ont été dites dans les interventions lors du colloque. Parler de «du corps au théâtre» est une fausse problématique. Car, selon elle, le théâtre est par définition, la mise en scène du corps. «Remettre en question le corps, c'est remettre en question l'art en lui-même», a-t-elle dit. Après avoir «dédramatisé» d'autres propos, et souligné quelques autres devenus clichés, la comédienne nous a fait voyager dans ses œuvres en évoquant le processus de création de chacune de ses pièces. La rencontre était émouvante et instructive. L'artiste a démontré, à travers son expérience, que la création n'a pas d'étiquette féminine ou masculine, elle «est création», un point c'est tout.
C'était dans le même esprit que Myriam est intervenue. Avec cet humour, dont seuls les Algériens ont le secret, elle nous a raconté comment elle a fait pour jouer pour la première fois dans un feuilleton, à l'insu de ses parents. Le soir de la diffusion, elle a du couper l'électricité pour que personne, dans la famille, ne la voie sur le petit écran. En évoquant cette anecdote, la comédienne a voulu dire que pour un homme ou une femme, les obstacles peuvent être les mêmes, l'important est de savoir les dépasser pour atteindre ses objectifs. La réussite de Myriam, en tant qu'actrice professionnelle, est on ne peut plus spectaculaire, car elle a fini par prendre son père comme agent...
Ces témoignages n'ont qu'un seul sens pour nous : ces femmes s'épanouissent sur scène, et s'il faut qu'elles se battent pour préserver ce bonheur, elles le feront, comme elles le font au quotidien dans d'autres contextes. Des outils, elles en ont assez et la persévérance, ça les connaît.
En ce même soir du 14 avril, le public du complexe culturel de Monastir a eu l'occasion de voir un monodrame intitulé La musicienne interprété et mis en scène par la Marocaine, Latifa Harrar, d'après un texte écrit par une Saoudienne. Dans la pièce, il y avait un «refrain» : «Je suis libre, tu es libre et mon corps est libre»... C'est bon parfois de rappeler les évidences.


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