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Les potières de Sejnane au Palais de Tokyo à Paris
Projet Laâroussa, fabrique d'espaces populaires de création artistique
Publié dans La Presse de Tunisie le 18 - 05 - 2012

Il ya un an, et plus précisément le 18 juin 2011, l'équipe de Dream City nous avait conviés à la première «cuisson» à l'espace artistique coopératif du collectif Laâroussa. Il s'agissait d'un dispositif esthétique autour du savoir-faire des potières de Sejnane. Avant d'arriver à destination (les Ghrofs de Sejnane), nous avions une idée vague du projet. Nous savions que Selma et Sofiane Ouissi, les concepteurs, étaient partis depuis le mois d'octobre 2010 — c'est-à-dire bien avant la révolution — en résidence sur la planète des femmes potières. Ce n'était qu'en appréciant la qualité et la quantité du travail que nous avons compris.
« Laâroussa », projet entamé tout de suite après la deuxième édition de Dream City (festival d'art contemporain qui a lieu dans les espaces publics) et qui fait référence à cette poupée d'argile au graphisme particulier, fabriquée depuis 4 siècles par les femmes de Sejnane, s'inscrit dans la continuité d'une réflexion sur l'espace social et sur la possibilité d'inventer de nouvelles formes de sociétés et de redéfinir, à chaque fois, ses composantes de penseurs, d'intellectuels et d'artistes. Le projet accueille plus de 57 artistes artisanes qui vivent dans la précarité et a pour objectif de professionnaliser des activités économiques informelles pré-existantes et de créer une coopérative qui gère le quotidien de ces femmes et leurs compétences. Plusieurs personnes sont impliquées. A part les femmes de Sejnane, pour lesquelles la poupée d'argile est un moyen de survie plus qu'une passion, il y a les femmes de La Luna, un collectif composé de trois femmes plasticiennes, spécialisées dans le travail des quartiers et des populations, qui sont venues de Nantes, et les couturières-tricoteuses-conteuses d'Arlène, association d'insertion de quartier qui travaille dans la création textile, et qui regroupe un grand nombre de femmes, dont des Tunisiennes et des Africaines pour lesquelles le textile est un moyen de réinsertion et la poupée une trace de mémoire collective. D'autres partenaires ont aidé à la réalisation de ce projet, dont la Fondation Anna Lindh, l'Institut français de coopération de Tunis, l'ambassade de Suisse, et Dorémail, une entreprise spécialisée en céramique qui n'a pas hésité à soutenir ce projet, malgré la période de crise post- révolutionnaire.
Acte 2
Le projet de Laâroussa est divisé en deux «actes» principaux. Dans le premier, il s'agit d'inventer et d'explorer ce dispositif spécifique en fonction du champ problématique singulier de l'univers des femmes potières de Sejnane. Dans le deuxième acte, les initiateurs, en l'occurrence Sofiane et Selma, doivent œuvrer à la construction du lieu officiel de cette coopérative qui permettra de donner un nouveau souffle et une nouvelle vie à la poupée d'argile de Sejnane. Où en est-on aujourd'hui ?
Le week-end dernier, après avoir clôturé la dernière session des «Remue-Dreams» (réunions mensuelles de réflexion, d'échange et de regards croisés sur les projets de création en cours entre artistes sélectionnés pour Dream City 2012, et spécialistes du monde de l'art, des sciences humaines et de l'espace urbain), les frangins ont bien voulu nous donner de leurs nouvelles. Rappelons d'abord que les œuvres du collectif Laaroussa sont déplacées. Elles ont été exposées, l'été dernier, à Dar Bach Hamba, puis du 6 avril au 6 mai au Bchira Art Center (Sabalet Ben Ammar). Au contenu de ces expositions il y avait les poupées géantes fabriquées par les femmes de Sejnane, le collier géant en pièces d'argile de Tobi Ayédadjou, artiste béninoise vivant en Tunisie, la robe d'argile réalisée par la plasticienne tunisienne Sonia Kallel, des photographies signées Cecil Thuillier et Abdellatif Senoussi, illustrant l'expérience de cette fabrique artistique d'espace populaire, les ateliers et le processus de fabrication des poupées d'argile par les mains de femmes, l'œuvre musicale de Salwa Ben Salah en fond sonore et des projections de films, notamment celui du collectif La Luna, et la vidéo chorégraphique réalisé par Cecil Thuillier, où Selma et Sofiane reproduisent en séquences précises et harmonieuses la danse des mains créatrices de poupées d'argile. A l'occasion, les danseurs et concepteurs du projet Laâroussa nous informent que leur film est projeté en boucle du 19 avril au 26 aout 2012 à Paris à la Triennale du Palais de Tokyo.
Cette édition 2012 de la Triennale d'art contemporain est intitulée “Intense Proximité”. La création y est abordée sous l'angle de la richesse des échanges, dans un contexte où l'art apparaît désormais comme un phénomène mondialisé résultant d'un tissage complexe de relations qui s'affranchissent des distances géographiques.
De Sejnane à Aubagne
Les initiateurs de Laâroussa nous apprennent également qu'une nouvelle phase a commencé depuis le mois d'avril 2012. Des élus d'Aubagne sont venus à la rencontre des femmes potières de Sejnane. Ils ont été accueillis pour ce voyage, par le ministre de la Culture, M. Mehdi Ben Mabrouk, et un représentant de l'Ontt (Office national du tourisme tunisien). Le but de cette rencontre était d'engager un projet de coopération avec Aubagne, l'une des villes les plus connues pour œuvrer à la sauvegarde d'un savoir-faire lié à l'argile. Ce projet qui se fait dans le cadre de MP2013 (Marseille Provence 2013, Capitale Européenne de la Culture) consiste en l'échange de savoir-faire entre l'artiste céramiste aubagnaise Emmanuelle Not, l'expert Jean Louis Schiano et une soixantaine de femmes potières de Sejnane. Dans une première étape, Emanuelle Not et Jean Louis Schiano viendront à plusieurs reprises en résidence à Sejnane pour diriger un atelier de formation, d'expertise et de développement des procédés techniques du travail de l'argile. Dans une deuxième étape, la céramiste et l'expert aubagnais accueilleront, à leur tour, les potières de Sejnane dans leur atelier à Saint Zacharie, dans la région d'Aubagne. Ces résidences croisées en Pays d'Aubagne et à Sejnane autour d'un travail d'expertise et de formation sur les techniques de fabrication et de cuisson devraient recevoir le soutien de l'Institut français de coopération de Tunis. En juin 2013, aurait lieu, dans cette même ville, une rencontre sur l'espace public avec les femmes de Sejnane qui animeront un atelier ouvert au public.
Le fruit d'une année d'échange entre le savoir-faire aubagnais et celui des femmes de Sejnane sera, par la suite, exposé dans le cadre du Marché potier d'Argilla, le plus grand de France et qui concentre les meilleurs céramistes du monde.
«Grâce à nos amis de Tunis, nous réapprenons à rêver». C'est ce que les artistes artisanes de Sejnane nous ont avoué il ya un an, le jour où nous avons été visiter leur espace coopératif. Mais il reste encore beaucoup à faire pour que leurs rêves deviennent réalité. Les ministères tunisiens de la Culture et du Tourisme se sont pourtant engagés à soutenir le projet Laâroussa, mais nous croyons savoir que jusque-là aucune convention n'a été signée, et aucun accord formel n'a été conclu. La capitale européenne de la culture honore la Tunisie et ses femmes potières, quoi de plus motivant ?


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