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L'art et la manière
L'entretien du lundi - Sofiane Ouissi, danseur-chorégraphe et directeur artistique de Dream City

Il est une fois, Sofiane et Selma Ouissi, un frère et une sœur dont l'histoire de vie n'a pas été un conte de fée. Très tôt, ils ont mordu à la danse. Et dans leur parcours de débutants, ils ont malheureusement fait des rencontres qui ont giflé leur orgueil. C'est ainsi qu'ils décident de partir en France perfectionner leur art, brûlant d'envie de retrouver l'intelligence, l'intégrité et la rigueur.
Après avoir mangé de la vache enragée et bu la danse d'un trait, comme lorsqu'on a soif, en côtoyant quelques-uns des plus grands chorégraphes du monde et en faisant de grands pas dans des comédies musicales célèbres, ils choisissent de retourner au pays, poursuivant une nouvelle obsession : la remise en question. Car les causes humaines les passionnent et ils n'ont que leur créativité pour défendre l'idée que la Tunisie ne se résume pas à quelques lieux communs. En 2005, le duo inséparable met en scène «Stop Boom», une pièce chorégraphique sur la non-violence qui se réfère au «Dictateur», un des chefs-d'œuvre cinématographiques de Charlie Chaplin. En 2007, et dans le cadre d'un projet intitulé «former en créant», Selma et Sofiane s'inspirent des quatrains de Jameleddine Erroumi, pour danser la science et la spiritualité, dans un spectacle appelé «Wassl». Un travail de dentelle, minimaliste, qui prépare déjà un autre tournant dans le parcours Ouissi : la non-danse. Entretemps, naît la magnifique idée de Dream City. Un festival d'art contemporain qui rêve la ville en investissant des lieux publics. Deux sessions ont eu lieu depuis 2007. Des artistes tunisiens et étrangers ont habité les espaces de la Médina de Tunis, les maisons, les façades et les ruelles tonitruantes, d'une présence créative, accueillante et remuante. Des expositions, des installations et des performances théâtrales ont permis au public de vivre des petits bouts d'autre chose à la frontière de l'art, de la conscience, de la dénonciation et parfois du dérisoire et de l'humour. Tenaces, les frangins s'engagent vers la fin de l'année 2010 dans un nouveau projet : «Laâroussa» ou la poupée d'argile de Sejnane.
Ils s'en vont, avec le collectif Dream City, en résidence à la planète des femmes potières pour aider ces artistes artisanes, vivant dans la précarité, à construire une coopérative humaine, puis un lieu de gestion pour leur savoir-faire. Mais le projet s'est avéré pour le duo, comme un itinéraire initiatique. En se jetant dans ce puits sans fond qu'est l'humanité de ces femmes, Selma et Sofiane ont encore appris que rien ne vaut le partage. Pour eux, les routes doivent absolument se croiser et c'est l'art, en priorité, qui a la mission d'unifier.
Les voilà aujourd'hui, en train de préparer Dream City III qui aura lieu en septembre 2012, s'y prenant une année à l'avance, en vrais pros. Selma étant en France, nous nous sommes entretenus avec Sofiane, sans sa moitié, pour une sorte de round up sur leurs activités. Entre trente six mille rendez-vous, coups de fil et mails qui pleuvent de partout, l'artiste a bien voulu se prêter à nos questions.
Comment avez-vous rêvé Dream City ?
Nous avons rêvé d'une Tunisie semblable à un musée vivant, où dans chaque coin de rue, il y a une forme artistique qui s'offre au regard du citoyen. Car nous sommes convaincus que l'art est ce droit humain qu'on ne peut isoler, ni figer dans un espace élitiste. Et puis, étant donné que la scène artistique tunisienne est pleine de garde-fous, il nous semblait urgent de démocratiser l'action artistique, en l'occurrence l'art contemporain, et de construire une scène underground peuplée d'artistes talentueux qui ont besoin de visibilité.
Comment faites-vous pour réunir tous ces artistes ?
Nous lançons un appel à projets pour que tout le monde ait sa chance de participer.
Et si on vous demandait de faire le bilan des deux dernières éditions de Dream city, que diriez-vous ?
Je pense qu'il est trop tôt pour dresser un bilan. Mais si vous y tenez, je dirais que Dream City a eu un succès qui nous dépasse, nous les créateurs de l'évènement. Les citoyens ont adopté le concept. Le public était nombreux. Les bénévoles qui ont fait partie de l'organisation aussi. 400 jeunes étudiants se sont investis dans ce festival, notamment lors de la dernière session. Les habitants de la Médina se sont sentis concernés par l'art et impliqués d'une manière ou d'une autre. Ils ont servi de guides pour les spectateurs ou accueilli des artistes chez eux, dans leurs maisons, à bras ouverts ...Et puis, lors de l'édition 2010, nous avons même découvert que des gens ont vendu des billets au marché noir. Et lorsqu'un commerce se crée autour d'un évènement, cela veut dire que ce dernier est réussi.
Le bilan est donc positif, pour vous ?
Pour dire la vérité, oui. Et nous sommes fascinés par le potentiel des artistes tunisiens dans tous les domaines... Réunir et recréer un collectif à chaque édition, qui réfléchit et qui s'interroge sur la réalité de la cité et de ses urgences, nous a permis d'avancer à une vitesse grand «V».
Nous croyons savoir que le concept Dream City est sollicité par plusieurs pays. Avez-vous répondu à l'invitation ?
En effet, l'Egypte, le Maroc, le Liban et la France, pour son évènement «Marseille, Provence 2013», veulent le concept chez eux. Mais toute la question est là. On ne vend pas Dream City. Pour l'appliquer sur d'autres territoires, il faut trouver le concept adéquat pour chaque pays. Nous y réfléchissons.
Que serait l'édition 2012 ?
Elle sera dans la continuité de la précédente édition. Nous cherchons toujours des partenaires qui soutiendraient l'art contemporain en Tunisie, et des fonds pour accompagner les artistes et leur permettre de créer des œuvres exportables qui répondent aux normes internationales. En ce qui concerne la thématique, ce sera «l'artiste face aux libertés».
Après les évènements du 14 janvier, nous apprenons à nous redéfinir et à nous replacer dans une actualité. Renaissant de nos cendres, nous nous posons des tas de questions, entre autres, celle de la liberté. Quel sens aurait ce mot, aujourd'hui ? C'est là, notre interrogation et notre thématique.
Ne craignez-vous pas un changement du paysage politique qui serait pire que celui d'avant et qui empêcherait votre événement d'avoir lieu?
La peur est un sentiment que nous ne connaissons pas, Selma et moi. Dans nos réunions mensuelles avec les artistes, appelées «remue dreams», que nous organisons toujours en préparation de la plate-forme Dream City, j'ai été convoqué plusieurs fois, au poste de police. C'est pour vous dire que s'il y aura des obstacles; nous les dépasserons. Nous surmonterons la peur pour défendre nos opinions et notre espace de liberté. Notre action est vraie et sincère. Elle est ancrée dans son territoire et nous ferons tout pour que l'édition 2012 ait lieu.
Où en est le projet «Laâroussa» ?
«Laâroussa» est en course vers la construction de sa coopérative. Les six mois de projet et de rencontre avec le collectif ont abouti. Beaucoup de partenaires financiers sont intéressés à investir pour le projet et pour ces femmes artisanes de Sejnane. La coopérative est déjà partie vendre ses produits sur la foire automnale de Genève, au mois de novembre dernier.
Et j'ai le plaisir de vous informer que nous sommes en pourparlers avec le ministère du Tourisme pour l'organisation d'une exposition des œuvres du Collectif Laâroussa qui serait ouverte au public. Autre bonne nouvelle : les potières de Sejnane sont invitées dans le cadre de «Marseille, Provence 2013». Elles assisteront à l'exposition-vente de leurs œuvres dans la ville d'Aubagne. Le musée de cette même ville a même proposé d'acquérir une bonne collection.
Et où en est la danse dans tout cela ? L'avez-vous oubliée en cours de route ?
Absolument pas. Elle est là, à tous les instants. Il y a eu d'abord le film chorégraphique réalisé par la Française Cécile Thuilier, sur le thème de la gestuelle des étapes de fabrication de la poupée de Sejnane, et la toute dernière œuvre virtuelle qui s'appelle «Ici (s)» ou «Here (s)».
Une œuvre virtuelle ? De quoi s'agit-il ?
Il s'agit des plusieurs «ailleurs», de ces rencontres virtuelles entre Selma et moi. Comme vous le savez, ma sœur vit à Paris, et pour construire nos projets artistiques nous communiquons, souvent, par internet. C'est ainsi que nous avons eu l'idée d' «Ici (s)». Le concept est une connexion par Skype — en collaboration avec Yassine Sebti, ingénieur en multimédias — à partir de nos appartements respectifs, qui marquerait cette distance Paris/Tunis... Le public est invité quelque part dans un lieu, un théâtre par exemple, pour assister à une présence-absence des deux interprètes.
Ce serait une connexion live devant le public, sans danseurs sur scène. Avons-nous bien compris ?
Tout à fait. Nous évoluons, Selma et moi, sur un écran d'ordinateur dont les images sont projetés en même temps, dans la salle, sur un écran plus grand.
Que voulez-vous dire par ce spectacle virtuel?
L'idée est de réinterroger l'espace théâtral, cet espace de représentation, ainsi que tout le rituel qui est autour de la performance. C'est un véritable triangle : une danse à Paris, une danse à Tunis, et une audience quelque part dans un théâtre... C'est aussi une manière de réfléchir les relations d'aujourd'hui qui deviennent, à leur tour, de plus en plus virtuelles, de questionner ces nouveaux corps, ces espaces qu'on visite, cette frontalité... Le challenge était d'écrire pour un espace virtuel d'une énorme platitude et de trouver comment lui donner de l'humanité, de la poésie et de la vie.
Et vous appelez cela comment ? Toujours de la danse contemporaine ?
La danse contemporaine n'est pas un style. C'est une danse d'actualité qui soulève toutes les problématiques de notre temps, et cette relation Skype en fait partie. Cet outil est très présent dans le monde, il prend de plus en plus d'espace... Pour nous, c'est une manière de réinterroger les relations humaines en contradiction avec toutes ces nouvelles technologies.
Vous voyagez beaucoup avec ce spectacle ?
Nous voyageons sans voyager. C'est à en devenir carrément écolos (rires). Nous ne prenons plus d'avion pour présenter notre spectacle. Mais nous avons quand même dansé à Bruxelles, à Rome, et nous sommes invités à Athènes, en Egypte, au Liban, et aux Territoires occupés.
Quand est-ce que vous allez danser, «virtuellement», en Tunisie ?
Nous n'avons pas encore programmé la première.
Et qu'est-ce que vous attendez ?
Nous sommes très pris par tout le reste, Dream City 2012 et Laâroussa de Sejnane.


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