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Actions économiques avant... politique après !
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 27 - 06 - 2012


Par Moncef KHEZAMI*
A qui voudrait m'entendre, je dirais : ne gaspillez pas vos efforts dans des discussions sans fin qui n'apportent rien au pays et concentrez-vous sur ce qui est constructif, porteur de fruits et créateur de richesses.
Les actions attendues par la population ne sont pas celles qui leur donnent l'espoir abstrait, enveloppé dans des discours prêchant la démocratie, l'égalité et la dignité.
Car ne sommes-nous pas devenus partisans fervents de la règle que les beaux parleurs ne sont pas les bons faiseurs? Nous préférons les taciturnes réalistes plutôt que les discoureurs inertes.
Les choses sont-elles claires comme l'eau de roche ? L'analyse de la stratégie d'investissement engagée par le gouvernement provisoire montre qu'elle ne mène nulle part et risque encore d'enfoncer le pays dans un gouffre plus profond.
Nos présents gouvernants se sont empressés de mettre en œuvre les projets déjà étudiés et prêts pour l'exécution dans le but de refaire démarrer, selon leur approche, le processus économique. Ils sont allés jusqu'à remuer ciel et terre pour trouver des financements de tous les coins du monde sans se soucier de l'opportunité et surtout de l'efficience des actions et décisions prises. Ils n'ont pas braqué leur attention sur le changement des priorités, comme si la révolution n'avait pas eu lieu.
Ceux qui sont sortis affronter la force et risquer leur vie cherchaient mieux que des slogans creux ; ils réclamaient une part équitable des richesses qu'ils contribuent directement, en tant que producteurs, ou indirectement, en tant que consommateurs, à créer et à développer. Ils en avaient ras le bol de voir toute une petite frange de la population accaparer 90% des richesses, à tel point que la courbe de Lorenz s'est aplatie en s'approchant des axes.
C'est pour cette noble cause que nos vrais martyrs et blessés ont payé de leur vie.
C'est précisément dans ce cadre bien délimité qu'il nous incombe de situer les attentes de nos compatriotes. Tenir un autre discours revient à s'extirper de la réalité frappante et faire le sourd d'oreille, ce qui nous mènera inéluctablement à une seconde révolution, plus terrible, dont les résultats seraient imprévisibles, voire inattendus. Car, somme toute, la dignité évoquée et présentée comme étant un corollaire sous-jacent de la démocratie repose réellement sur le sentiment que le partage fait des biens et richesses produits par la nation est réalisé de façon assez proche de l'équité. Pour les nantis importent la liberté d'expression, le pluralisme, la séparation des pouvoirs, etc. La population s'attache avant tout à la vie, ensuite au bien-être matériel, puis aux autres aspects. La théorie marxiste a fait de cette évolution le germe d'autodestruction du système dans son ensemble, ce qui a poussé les plus réalistes à orienter leurs efforts vers un capitalisme plus humain, où les deux facteurs essentiels de production (L et K), le travail et le capital, se complètent et ne s'affrontent pas.
Revenons à notre mère patrie. Qu'avaient fait nos nouveaux gouvernants démocrates représentant la volonté du peuple exprimée via les urnes ?
S'il est vrai que nous les voyons tous les jours à l'œuvre à l'image d'un essaim d'abeilles, il n'en reste pas moins qu'à l'opposé des abeilles les résultats obtenus restent nettement en deçà de ce qui est escompté, espéré et attendu par le peuple entier.
Le chômage ne cesse d'augmenter, le pouvoir d'achat régresse, la sécurité des biens et des citoyens est à moitie absente, notre dinar a confirmé sa position de monnaie de singe. La balance commerciale n'est pas au meilleur de son état, la vitesse de circulation de la monnaie évolue dans un rapport inverse à l'augmentation du nombre de coffres-forts à domicile qui se multiplient, traduisant ainsi un manque de confiance dans le système financier et dans les possibilités économiques. L'endettement extérieur augmente sans contrepartie productive, le classement de la Tunisie à l'échelle des pays à risques en a fait une destination indésirable, non seulement pour les capitaux mais aussi pour les personnes. Une telle situation est d'autant plus grave qu'elle risque de faire entrer l'économie tunisienne dans un circuit de dépression sans fin si des mesures d'envergure ne sont pas prises à temps.
Une vue d'ensemble sur ce qui a été entrepris par le gouvernement actuel en matière de réalisation de projets montre que leur nature est celle d'infrastructures de base dont la rentabilité est indirecte et liée à d'autres projets induits, productifs de richesses.
Or, ce que nous constatons depuis le début de la reprise progressive nous laisse perplexes quant au futur de notre économie.
1* Les projets dont les travaux ont repris ou commencé après la révolution sont dans l'infrastructure et l'amélioration de la qualité des dessertes — projets de prestige : échangeurs, tunnel, élargissement de voies. S'il est évident que ce genre de projet permet de rendre plus fluide la circulation, diminue les pertes de temps et limite la consommation de carburants, les résultats qui en découlent ne sauraient à eux seuls justifier leur opportunité, en tenant compte de la productivité moyenne faible et de la longueur totale du réseau routier très limité.
2* L'absence quasi totale de réalisation de nouveaux projets permettant la création de nouvelles richesses et mettant à profit les investissements de base réalisés, ce qui s'ajoute à l'arrêt de production de plusieurs autres unités par suite des mouvements sociaux.
L'impact de cette situation risque bien de mener à un effondrement structurel des équilibres fondamentaux de l'économie nationale.
En effet, le remboursement du service de la dette est déterminé sur la base de la croissance du revenu national brut. Si, à ce niveau, la situation s'aggrave du fait de la fermeture de certaines usines, voire de la délocalisation de certaines d'elles vers nos proches concurrents, le résultat est que, si nous tenons à honorer nos engagements - la seule facette qui nous reste à préserver - il nous faut consacrer un pourcentage plus important de notre PIB, ce qui se traduit de façon négative sur la consommation et l'investissement.
Les projets réalisés actuellement sont fortement capitalistiques et nécessitent l'importation d'engins, ce qui, malheureusement, profite encore moins à notre économie et constitue une charge supplémentaire pour nos deux balances commerciales et de paiement.
Les transferts en devises effectués par nos travailleurs à l'étranger ont diminué au minimum de moitié. La situation qui prévaut est loin d'être confortable pour encourager nos compatriotes à envoyer leurs deniers, ce qui aggrave encore le déficit.
Le choix de nos partenaires commerciaux est important pour oxygéner l'économie tunisienne. Or, ce que nous constatons est que nos responsables sont en train de rendre légitime des pratiques en vigueur avant le 14 janvier 2011 par voie d'autorité. Sinon, comment expliquer le rapprochement avec la Chine ? Est-elle en toute objectivité le partenaire idéal pour la Tunisie ? Toute notre peur est de revoir les mêmes containers remplis d'articles sans valeur et dangereux entrer dorénavant de manière légale dans le pays, mettant en péril l'activité déjà fragile de notre petite industrie naissante dans toutes les branches d'activité : verrerie, plastique, textile, cuir et chaussures, ustensiles, papeteries, jouets, etc. et créant par la même occasion un chômage déguisé par des occupations sans valeur ajoutée pour notre économie. Cette tendance, non seulement faussera nos stratégies de remise en mouvement de notre économie, mais, plus encore, va l'insérer dans un tourbillon de marasme qui l'enfoncera plus encore dans des problèmes économiques et sociaux.
Les torches que certains allument pour faire la lumière sur un extrémisme religieux ou non; inconnu et refusé par les vrais Tunisiens attachés à leur pacifisme et à leur tolérance qui lui sont reconnus, ne font qu'aggraver la situation du tourisme de masse choisi, déjà en difficulté depuis belle lurette.
Le nombre des arrivants est largement en deçà des moyennes, voire insignifiant et, dans ce genre de situation, les professionnels se tournent généralement vers le tourisme local pour couvrir certaines charges, mais sans consentir des baisses de prix qui vont de pair avec la volonté de payer du Tunisien moyen: c'est un dilemme !
La saison estivale de cette année est bien partagée en deux par le mois saint de Ramadan, rendant encore plus difficile la situation des hôteliers, au moins jusqu'à l'après-Aïd. Même en cette période, il n'est pas certain que les activités reprennent, aussi bien pour les Tunisiens que pour les étrangers.
Pour les Tunisiens, les préparatifs de la rentrée scolaire commencent en cette période, reléguant au second plan les loisirs.
Pour les étrangers, le moment coïncide avec l'approche de la période d'adoption de la nouvelle constitution et ce qui s'ensuit d'événements sous-jacents, et ils ne vont pas se hasarder à passer leurs vacances dans une incertitude stressante.
Les tiraillements politiques sous leurs différents aspects et la danse de renard qu'entreprennent les diverses formations idéologiques dans pareilles périodes pour faire chavirer les décisions et les orienter à leur guise dévient l'attention de ce qui est important à suivre vers le moins important. C'est le rôle indiscutable des politiciens dans ce genre de situation.
Cela risque d'endurer les souffrances de l'économie tunisienne pour au moins huit mois d'affilée si ce n'est pas plus, ce qui pèsera lourd sur la vie courante de nos citoyens.
Je pense que la démocratie à la tunisienne ne doit pas s'exercer au détriment des conditions de vie de nos compatriotes. C'est pourquoi je ne cesserai jamais de dire : «Actions économiques efficaces avant... politique après».
Tellement j'ai hanté, suivi, écouté et analysé le comportement de la plupart de ces politiciens que je m'attends à ce qu'ils me renvoient l'ascenseur pour me demander ce qu'il faut faire pour joindre l'utile (les vies humaines) à l'agréable (le jeu politique) ?
Les actions à entreprendre pour engager l'économie dans une dynamique de reprise progressive nécessitent l'adhésion totale des formations politiques dans un pacte de tolérance et de condamnation explicite de la violence, quelle que soit la situation. Un tel consensus renforcera la sécurité et barrera la route aux trouble-fêtes.
Cet engagement est une condition sine qua non pour faire renaître la confiance dans les possibilités offertes par notre économie.
L'action fondamentale doit émaner de l'intérieur du pays, sans avoir besoin de brûler du kérosène et traverser des zones de turbulence en vue d'aller chercher des capitaux étrangers.
Faire bon usage du capital national est la solution immédiate pour remettre les pendules à l'heure et faire redémarrer la machine de production dans la quiétude et la stabilité.
Seulement, que ce soit en sus de la sécurité impérative que doivent assurer nos gouvernants aux investisseurs nationaux ! Un minimum de débouchés en mettant en œuvre des mesures draconiennes empêchant de biaiser la concurrence légitime et loyale. L'intervention provisoire de l'Etat peut aller jusqu'à protéger les produits locaux, afin d'assurer une certaine distribution de revenus, créatrice d'un supplément de demande, ce qui engagera l'économie dans une dynamique positive qui incitera alors les étrangers à venir de leur gré investir dans notre pays.
Le capitalisme ne reconnaît guère les relations personnifiées ou privilégiées; son seul point de repère est le résultat.
Aussi, parmi les idées qui me chatouillent : le développement de l'exploitation de la terre, qui est la mère de toute richesse.
La Tunisie est connue depuis l'ère byzantine et même bien avant pour la fertilité de ses terres, que malheureusement nous n'avons pas su exploiter depuis l'indépendance, préférant une politique touristique inadéquate (des projets de prestige) à la mise en valeur de nos vallées. Même l'expérience de la mise en valeur de la vallée de la Medjerda a été vouée à l'échec, pour des raisons qui sont loin d'être objectives. C'est à ce point que je voudrais revenir pour me demander si la situation n'est pas aujourd'hui favorable en vue de réussir là où les autres régimes ont échoué.
Les superficies inexploitées restent immenses et même celles en exploitation ont un rendement médiocre en raison soit d'un manque de moyens, soit d'un manque d'adaptabilité.
Ne serait-il pas plus judicieux de différer certains projets d'infrastructures de base et d'engager les fonds prévus dans des projets agricoles directement producteurs ?
Cette idée est d'autant plus séduisante que ce qui peut être épargné comme fonds par suite du retardement de ces projets pour quelques années est largement suffisant pour nantir ce secteur des moyens les plus adéquats afin de mieux faire fructifier les investissements engagés.
Je ne doute pas un seul instant de l'apport positif qu'une telle action puisse engendrer à l'échelle de l'emploi des chômeurs et au niveau de la création des richesses.
A celui qui a bien voulu m'entendre, je dirais merci de cogiter et réfléchir sur l'opportunité de nourrir les gens et de créer des richesses, sans discourir de façon inutile, ou sans autre utilité que de se faire remarquer.
Entre ces deux limites, il y a un grand défi que nous autres, masse flottante, sommes appelés à relever.
* (Docteur en économie)


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