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Soif de liberté et de justice
Publié dans La Presse de Tunisie le 14 - 10 - 2013

Ils sont intelligents et créatifs. Nourris du souffle révolutionnaire qui a balayé les pays arabes, ils s'exposent à la répression pour défendre les droits humains
Ghaidaa Alrashidy, Montasser Drissi et Ahlam Ben Taboon sont trois activistes âgés de moins de trente ans, respectivement du Yémen, du Maroc et de Libye, invités par la Fondation pour le futur pour le forum «Challenges de la nouvelle génération dans un contexte de crise de la légitimité», tenu du 9 au 11 septembre au centre culturel de Hammamet. Avec les 36 autres jeunes d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, blogueurs, artistes ou leaders de mouvements de rue, ils ont pu discuter, durant cette rencontre, de leur rôle politique et citoyen dans le contexte des transitions démocratiques, et de leurs rêves d'une société meilleure. Portraits.
Ghaidaa Alrashidy : «Nous sommes une force de proposition»
Du haut de ses talons Richelieu bleu Klein, la jeune femme, architecte de profession, avance, sûre d'elle, sourire aux lèvres, pour se présenter et faire connaître ses activités de militante au Yémen.
A tout juste 27 ans, Ghaidaa est à la tête de l'ONG «I can» (je peux), à Aden, qui emploie 13 salariés et compte 179 bénévoles. «Nous œuvrons pour la promotion des droits humains. Nous faisons de la sensibilisation, surtout auprès des jeunes. Nous leur parlons de justice transitionnelle, de liberté d'expression, de responsabilité civique, etc. ».
L'association, qui a obtenu le statut d'ONG en 2013, a mené un sondage auprès de 1.000 jeunes du sud du Yémen, dans les universités et les places publiques, où des manifestations sont habituellement organisées. « Le problème des jeunes c'est qu'ils n'ont pas de conscience politique. Ils défendent des principes ou des concepts mais ne maîtrisent pas leur sens. Par la suite, quand ils s'adressent à des politiques, ils ne sont pas assez pertinents dans leur discours », explique Ghaidaa, en résumant les conclusions de l'enquête.
« Nous voulons que les jeunes puissent avoir les capacités et la culture nécessaires pour devenir les leaders de demain. Ils représentent aujourd'hui 75% de la population au Yémen, ils devraient être une force de proposition et de décision », ajoute-t-elle.
Pour mener à bien son projet, la jeune femme doit convaincre les jeunes de participer aux rencontres et aux formations qu'elle organise avec son ONG. Ce qui n'est pas sans difficultés : « Ils ont peur. Les jeunes subissent des pressions, on ne leur laisse pas le champ libre. Dans le sud du pays, les armes circulent d'une manière incroyable et les stupéfiants sont distribués gratuitement. La situation est chaotique mais ça arrange certaines parties politiques. Elles ne veulent pas d'une jeunesse consciente et militante ».
En 1990, le Yémen du nord et du sud s'unifiaient pour former un seul Etat. S'en est suivi une guerre civile en 1994, qui s'est soldée par la réunification finale du pays. Les tensions ne se sont pas affaiblies depuis. « Le Sud a été réprimé par le Nord. En 2007, le Mouvement pacifique du Sud réclamait la rupture de l'union », raconte Ghaidaa. « Les associations ou les mouvements dans le Sud qui œuvrent pour les droits humains ne sont pas encouragés par les autorités, même s'ils sont apolitiques. On nous met des bâtons dans les roues sur le plan administratif et sécuritaire. Les grandes organisations internationales présentes au Yémen ne nous encouragent pas non plus. Elles consacrent leurs aides aux projets en faveur du dialogue et de l'union du Yémen ».
Montasser Drissi : « L'espace public est à nous»
« Je milite à l'Amdh (Association marocaine pour les droits humains) depuis l'âge de 14 ou 15 ans. Ma mère en a été présidente. Mon père est syndicaliste. Quand j'étais enfant, je partais dans les colonies de vacances organisées par l'Union marocaine du travail. J'ai fini par en diriger la section Jeunes de Rabat ».
Montasser, étudiant en graphisme à Marrakech, avait 18 ans en 2011 quand explose la révolution en Tunisie. A partir de là, il a eu comme un déclic. Avec d'autres jeunes, il produit une vidéo pour présenter leurs revendications sociales et politiques. « Ça a créé un buzz. Des médias étrangers comme le journal espagnol El País en ont parlé. Le débat était lancé au Maroc. Le 20 février, des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes suivies d'une répression. Des activistes ont été enfermés dans une banque à El Hoceima, où on avait mis le feu. D'autres ont été incarcérés ».
Le 9 mars 2011, le discours du roi Mohammed VI annonce des réformes de la constitution. « C'était la première fois que le roi s'exprimait sous la pression du peuple. C'était historique ». Mais la population n'a pas décoléré. Le mouvement de contestation a continué malgré la répression. Le 15 mai, un rassemblement organisé devant le centre de détention « Guatemara » (contraction de Témara, commune où se situe le centre, et de Guantanamo) pour dénoncer la torture a été dispersé dans la violence. « Tout le monde a reçu des coups. J'ai moi-même été blessé. On visait directement la tête. Les policiers portaient des cagoules. Du jamais vu. Le mouvement s'est affaibli après cet évènement. Les manifs étaient moins intenses mais se sont transformées en mouvance politique ».
Plusieurs initiatives culturelles naissent, parmi lesquelles le Festival de résistance et d'alternatives en 2012, ou encore La philosophie dans la rue, organisée par l'Union des étudiants pour le changement du système éducatif en 2013. Les jeunes investissent de plus en plus l'espace public. « Il y a un retour d'espoir chez les jeunes, mais le Makhzen (Ndlr l'Etat marocain et les institutions régaliennes) se venge. Les détenus politiques se comptent par centaines. Les activistes mettent toute leur énergie pour essayer de les libérer».
En février dernier, l'affaire « Daniel Gate », concernant le pédophile espagnol, est révélée au grand jour par le site d'informations marocain en ligne Lakome. Les Marocains s'indignent. « En 12 siècles de monarchie, c'est la première fois qu'une décision du roi est contestée. Mohammed VI a réagi deux jours après le début des manifestations, mais le cofondateur de Lakome, Ali Anouzla, a été placé en détention.
Entretemps, « les chômeurs dans la rue sont de plus en plus mécontents. Le gouvernement n'a pas fait grand-chose pour eux. On est là pour pointer du doigt toutes les fautes qu'il commet et rappeler aux gens que les revendications de la révolution ne sont toujours pas satisfaites ». Voilà qui est dit.
Ahlam Ben Taboon : « Je ne partirai pas de Libye »
Elle est blonde, ne porte pas le voile. Elle a le port altier, le regard vif, comme aux aguets. Ahlam a 28 ans. Elle a failli rater la rencontre en Tunisie. Son nom était fiché à l'aéroport de Tripoli. Après un long interrogatoire, on l'a finalement laissée partir, mais le douanier lui a « conseillé de rester tranquille ».
« Je suis née dans une famille d'opposants. En 1977, deux cousins germains ont été pendus, parce qu'ils avaient contesté le projet du livre vert de Kadhafi ».
Ahlam mène des études supérieures en sciences politiques quand en 2006, lors d'un séminaire, elle ose remettre en question le programme de réforme engagé par Seif Kadhafi. Elle a aussitôt été arrêtée à la faculté et détenue une semaine en prison. Elle a dû interrompre ses études en milieu de parcours, mais a réussi à s'inscrire dans une autre fac, recommencer son cursus depuis le début, et obtenir un diplôme en sciences économiques et sociales.
Parce qu'elle est émancipée, travaille au bureau de la Fondation pour le futur à Tripoli, conduit sa propre voiture, elle est attaquée par les extrémistes religieux qui essayent de salir sa réputation. Mais ce qui semble les déranger au fond, ce sont ses critiques contre le système qu'elle publie sur Internet et ses activités professionnelles. Depuis deux ans, elle conduit des programmes de renforcement de capacité pour les femmes et des sessions de formation et d'initiation aux droits humains. Elle a, en outre, supervisé un programme de formation pour le contrôle des élections. « Le pouvoir islamiste est au moins aussi répressif que l'ancien régime. Ce sont des terroristes qui dirigent le pays. Ils ne veulent pas que les gens soient éduqués. Ils perpétuent l'œuvre de Kadhafi qui a affaibli le peuple, effacé sa mémoire et sa culture. Nous sommes un peuple sans histoire, en quête d'identité ».
Le 18 mars 2013, Ahlam est menacée de mort par les membres d'Ansar al-Charia parce qu'elle défend entre autres la parité et la convention Cedaw (Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes). Elle choisit de rester en Libye malgré tout. « Magdulien Abaida a été la première femme libyenne réfugiée politique après la révolution. Elle est actuellement en Grande-Bretagne. J'ai réfléchi. J'ai décidé de ne pas faire comme elle. Qui va rester sinon ? ».
La gorge serrée, sur le point de pleurer, la jeune femme se ressaisit et évoque les problèmes des jeunes, notamment le chômage et l'éducation. « Quand Abou Anas El-Libi, un dangereux terroriste, a été arrêté il y a une semaine, il y a eu des manifestations importantes à Tripoli. En revanche, quand 32 filles ont disparu début septembre, très probablement à cause du jihad du nikah, ou lorsque Abdessalem Mismari, un grand militant des droits humains, a été tué, personne n'a parlé. C'est sûr, la société civile en Libye n'est pas celle de la Tunisie pour dénoncer toutes sortes de déviances et éveiller les consciences. Un grand travail reste à accomplir».


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