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Les Tunisiens et les musées: À quand la réconciliation ?
Publié dans Leaders le 17 - 08 - 2014

Depuis la création des premières institutions muséales au 19ème siècle, le nombre de musées en Tunisie n'a pas cessé d'augmenter. C'est à Carthage que fut ouvert le premier musée en 1875, suivi du Bardo, inauguré en 1888.
Aujourd'hui, la Tunisie compte plus de soixante-cinq musées publics dont une quarantaine gérée par le ministère de la Culture et environ une cinquantaine de musées privés. Malgré ce nombre important et l'ouverture et la rénovation de plusieurs musées durant ces dernières années, les entrées n'ont pas décollé. Bien au contraire, les nouveaux musées sont désertés par les publics, tunisiens en particulier. Ils proposent pourtant des collections exceptionnelles et des muséographies contemporaines. Alors pourquoi continue-t-on à bouder les musées ?
Les Tunisiens bénéficient de plusieurs mesures de gratuité d'accès destinées à les encourager à visiter les musées et les sites archéologiques. Au total, ils profitent de 24 jours d'entrée gratuite par an, sans compter les évènements spéciaux, et la majorité des musées qui ne sont pas placés sous la tutelle du ministère de la Culture sont gratuits. Néanmoins, ces mesures ne sont pas connues de tout le monde; elles ne sont pas perceptibles dans les musées ni sur le web ; nos musées et sites archéologiques souffrent d'un grave déficit de communication sur tous les plans. Du coup, le droit d'entrée à n'importe quel musée placé sous la tutelle du ministère de la Culture paraît cher pour le Tunisien moyen.
Eu égard aux statistiques, les visites des locaux restent dérisoires. En effet, les pratiques de visite de musées et de sites archéologiques ne sont pas dans les habitudes des Tunisiens. Ce sont des pratiques qui se cultivent dès le plus jeune âge. Or la coopération musée-école est quasiment absente, notamment dans les établissements publics. Tout au long de leur scolarité, de l'école primaire jusqu'au baccalauréat, les jeunes Tunisiens ne bénéficient que d'une seule visite de musée (ou de site archéologique), programmée par le ministère de l'Education. Celle-ci a lieu trois ans avant le baccalauréat. Pour beaucoup d'élèves, il s'agit de la première visite de musée (lorsqu'il ne s'agit pas d'un site archéologique) et parfois, c'est la seule de toute leur vie.
Outre les défaillances de notre système scolaire et muséal, le divorce entre le Tunisien et le musée est en partie lié à des problèmes d'appropriation. À quelques exceptions près, les populations locales sont rarement impliquées dans les projets de création de musées et font rarement l'objet d'études préalables précédant le projet muséal. Pourtant, l'expérience a montré que les habitants sont très sensibles à ce type de projets : lors de la création des musées de Kesra et de Moknine, les habitants se sont précipités pour faire don d'objets personnels à ces musées; il s'agit d'objets familiaux transmis de génération en génération. Cela montre que le musée est perçu par la population locale comme un lieu de transmission de mémoire. En lui léguant des objets personnels, les donateurs transforment un patrimoine familial en un patrimoine collectif qu'ils acceptent de partager avec autrui.
Par ailleurs, les musées tunisiens sont a priori considérés comme des musées de soi, c'est-à-dire qu'ils présentent des civilisations et des cultures du pays, héritage d'un passé commun. Un héritage que le Tunisien est censé s'approprier spontanément. Mais la réalité est tout autre, car les Tunisiens sont loin d'affirmer une identité collective à travers les musées et les sites archéologiques. Les musées archéologiques présentant un patrimoine antique (punique, romain, vandale, byzantin, etc.) et dont les collections appartiennent à des civilisations qui ne sont pas arabo-islamiques, sont souvent perçus par les locaux comme des musées de l'Autre, c'est-à-dire ne référant pas à nous mais à ceux qui sont différents. D'une manière générale, les musées sont considérés par les locaux comme des établissements destinés aux touristes au même titre que les hôtels ou les lieux touristiques.
Enfin, il est important de rappeler qu'en Tunisie, les collectivités et autorités locales ne participent pas à la gestion et au fonctionnement des musées se trouvant sur leurs territoires. Une situation qui va à l'encontre de l'appropriation de ces institutions par les populations locales. La politique de centralisation en vigueur dans le champ muséal a eu des conséquences négatives sur le développement des musées tunisiens. Elle s'est aggravée par l'absence de toute autonomie financière et administrative permettant un fonctionnement décent pour ces musées.
En l'absence d'une stratégie nationale claire en matière de musées et de patrimoine d'une manière générale, associant institutions publiques et société civile, il est difficile de changer cette situation et la question qui demeure sans réponse est : Comment le musée peut-il participer à la construction identitaire d'un pays et d'un peuple lorsque les locaux y sont exclus ?
Soumaya Gharsallah-Hizm
Soumaya Gharsallah-Hizem est architecte, détentrice d'un Ph.D. en muséologie, médiation, patrimoine, conjoint de l'Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse et de l'Université du Québec à Montréal. Elle a travaillé sur plusieurs projets muséographiques à l'Institut national du patrimoine avant de diriger le Musée national du Bardo. Depuis janvier 2013, elle est directrice du bureau de Tunis de la Fondation Lazaar pour l'art et la culture.

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