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Makki Helal, nouveau visage sur Attessia TV
Publié dans Leaders le 24 - 07 - 2016

Il a sillonné trois continents, travaillé pour des chaînes d'information de référence, joué des coups de poker risqués… Makki Helal a de l'expérience. Une expérience qu'il a surtout puisée dans ses échecs, vécus en grande partie en Tunisie. De retour à Tunis après quinze ans passés à l'étranger entre Al-Jazeera, BBC Arabic et Media TV Tanger, il raconte à Leaders les moments forts de sa carrière et les raisons qui l'ont poussé à tout lâcher pour Attessia TV, où il officie depuis décembre 2015.
La langue arabe comme moteur
Jeune, il gribouillait des poèmes en arabe et était montré en exemple par ses instituteurs. Son père, conscient du talent de son fils et de la sécurité de la filière de l'enseignement, l'incite à s'inscrire à l'Ecole normale supérieure de Sousse où il décrochera sa maîtrise en 1994. Il se met tout de suite après à enseigner l'arabe dans un lycée à Gabès. Sa carrière semble promise à l'enseignement, et éventuellement à l'écriture.
Mais alors qu'il était encore sur les bancs de l'Ecole normale, le futur journaliste pensait un peu secrètement à rejoindre l'audiovisuel. Il participe alors à un casting lancé par TV7 pour rejoindre l'équipe d'une émission dominicale. Ce sera son premier coup d'essai à la télévision. Mais également son premier échec. «Ma prestation n'a pas convaincu», lâche-t-il. Tout comme ne le fera pas celle qu'il aura fournie au casting organisé quelque temps plus tard par Radio Jeunes. Des petites déceptions de débutant qui n'entacheront toutefois pas la fermeté de son dessein de rejoindre la carrière pour laquelle il se sentait prédestiné. Mais pourquoi un tel engouement pour la caméra, la radio, alors que sa passion de jeunesse était de nature littéraire? «C'est mon entourage qui me l'a inoculé à petites doses», explique Makki. Il assurera en effet, encouragé par ses professeurs et ses camarades, l'animation de la soirée de son « bal de promo », qui sera pour lui une sorte d'avant-goût en vase clos du métier de présentateur. Puis se fera remarquer en tant qu'orateur à l'arabe parfait dans un centre culturel, au cours d'un débat visant à évaluer les programmes diffusés pendant le Ramadan. Séduit, Lotfi Ben Nasr, à l'époque directeur de Canal 21, lui confiait dès le lendemain la présentation d'une petite émission confidentielle, « Safir », sponsorisée par la Poste tunisienne.
Dans le même temps, il s'inscrit en cursus journalistique à l'Ipsi et opte pour le service news de TV7 pour effectuer son stage de deuxième année. « Je rédigeais, commentais en voix off des reportages déjà prêts, etc. », dit-il. Il en parle comme d'une corvée. Car selon sa conception du journalisme, c'est le présentateur qui détient la baguette de chef d'orchestre. Il n'a donc pas cessé de lorgner les projecteurs et la caméra, sans pouvoir encore revendiquer, faute d'expérience à faire valoir, son droit à une tranche d'antenne. Mais sa fascination pour l'animation, qu'il n'arrive pas à réprimer, attire l'attention de Fathia Adela, rédactrice en chef des JT de TV7. «Entraîne-toi au prompteur, au cas où», lui souffle-t-elle.
Quelques semaines plus tard, la présentatrice du JT régional de 18h tombe malade et doit se faire remplacer. Un boulevard s'ouvre devant lui. On lui consent la présentation du JT régional pendant quelques mois… jusqu'à ce qu'une altercation éclate entre un cadre dirigeant de l'équipe et lui-même. Mis à pied, Makki Helal décide, sans pour autant y croire, de soumettre son CV à Al-Jazeera en réponse à une offre d'embauche. La chaîne arabe est alors en pleine ascension.
L'expérience qatarie
Un soir de l'année 2000, il voit l'indicatif +974 s'afficher sur l'écran de son portable. Il n'y croit pas. «Vous aurez toutefois une série d'étapes à accomplir avant votre admission finale», lui assène le chargé de recrutement. Après une série de tests écrits et oraux, Makki est recruté en tant que rédacteur et concepteur de VTR. Attiré par l'autre côté de la caméra, il espère toutefois gravir rapidement les échelons et prendre le devant de la scène. Au bout de 6 ans, on lui refuse toujours le rôle de présentateur. L'envie de tourner les talons commence alors à lui trotter dans la tête. Mais, sans alternative sérieuse à même d'égaler le mode de vie luxueux du Golfe, il préfère temporiser, conscient qu'Al-Jazeera était devenue l'une des chaînes d'information les plus écoutées du monde arabe. Pourtant, les choses se compliquent. Car « la tournure pro-islamiste » d'Al-Jazeera l'irrite. L'homme se tourne les pouces et affiche de plus en plus ouvertement un positionnement idéologique libéral et séculariste au sein de l'équipe. La fin de son histoire d'amour avec le Qatar semble imminente.
Passage «éclair» par le Maroc
C'est surtout l'appel du pied que lui avait lancé, en 2006, Media TV Tanger, un média maghrébin basé au Maroc, qui marque un point décisif dans sa résolution de quitter l'aventure qatarie. JT de 20h quotidiens, flashs infos… «Media TV Tanger a véritablement lancé ma carrière d'animateur», explique-t-il. Mais l'expérience est somme toute banale. Au bout de 3 ans, le journaliste commence à regarder ailleurs.
Direction Londres
Car le Maroc, c'est bien. Mais Londres, c'est mieux, pense Makki Helal. Il a eu vent d'un mouvement d'embauches opéré par la BBC Arabic, encore en rodage à l'époque. Impossible pour lui de rater le coche. Il y va, mais travaille de nuit, de minuit à 8h. «Car c'est toujours aux nouveaux qu'on colle les sales besognes !» Mais sa carrière évolue : il assure au bout de quelques mois les éditions du jour. Sa tunisianité lui a par ailleurs donné l'opportunité de « monopoliser » l'antenne pendant deux heures sans discontinuer, le 14 janvier 2011. «C'était sans doute le plus grand moment de ma carrière. Mais aussi le plus dur, car je ne devais pas trop afficher ma joie !», se rappelle-t-il. Ce dont il semble le plus fier, c'est d'avoir animé dans plusieurs pays arabes des talk-shows destinés à confronter à leur public des responsables politiques locaux à l'avis parfois tranché.
Retour au bercail
La suite, on la connaît. Après 6 ans de bons et loyaux services passés chez la BBC, Makki est sollicité par Moez Ben Gharbia, alors en plein élan vers le lancement de sa future chaîne Attessia TV. Celui-ci était en effet à court de responsable News. Mais qu'est-ce qui a motivé une telle décision pour le moins risquée ? «J'avais depuis quelque temps l'intention de rentrer, en particulier depuis la révolution, car celle-ci a mis en branle un mouvement propice à l'exercice d'un journalisme libre», justifie l'animateur. A côté de son rôle habituel de présentateur JT, Makki anime également «Allô Jeddah», une émission qui fait du bruit sur les réseaux sociaux. Son concept ? Faire appel au talent d'imitateur de Migalo, niché discrètement dans les coulisses et en liaison vocale avec le plateau, pour tendre un redoutable piège à des invités politiques sciemment choisis. Il s'agit en effet de leur faire croire que Zine el-Abidine Ben Ali est au bout du fil… Certains des invités politiques ayant affiché de la clémence face au raïs déchu, l'émission a naturellement fait un énorme buzz. Or, on le sait, les buzz sont éphémères. Son retour à Tunis signera-t-il un déclin dans sa carrière ? S'il est encore trop tôt pour le savoir, l'audience d'une chaîne mastodonte comme la BBC est sans commune mesure avec celle, confidentielle, d'Attessia TV…


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