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Palestine : de la journée de la terre a l'interdiction des manifestations contre le boycott
Publié dans Leaders le 04 - 04 - 2017

«La liberté ne connaît pas de frontières, il suffit qu'une voix s'élève et appelle à la liberté dans un pays pour redonner courage à ceux qui sont à l'autre bout du monde». (Kofi Annan)
La 41ème Journée de la Terre, jeudi dernier, a permis de prouver que la question palestinienne demeure en haut des préoccupations pour des millions de personnes à travers la planète. Cette Journée est célébrée en mémoire de six jeunes Palestiniens assassinés par Israël alors qu'ils manifestaient pacifiquement, en 1976, contre un décret de confiscation de 21 000 dunums (soit 2100 ha) de terre palestinienne à l'intérieur même d'Israël. Ce sont Raja Abou Rayya, Khader Khalaily, Khadija Chawarni, Kheir Yassine, Mohsen Taha et Rafaât Zeir. Suivant les conseils de Ben Gourion et de Sharon, les sionistes n'ont d'yeux que pour les arpents de terre des autres! «Le sang a noyé l'espoir d'Oslo» affirme Piotr Smolar (Le Monde, 4 avril 2017, p. 16). Oublieux des paroles de l'historien Zeev Sternhell qui affirmait que les colonies sont «un cancer que nous avons refusé de voir» ou celles de Rabin qui les comparait, lui aussi, à «un cancer dans le tissu de la société démocratique israélienne», les sionistes menés par Netanyahou et ses comparses fanatiques permettent à la métastase de gagner en choisissant le Jour de la Terre pour annoncer une nouvelle tumeur, une nouvelle colonie. Et ainsi, avec ce Premier ministre, les griffes du crabe se sont emparées d'Israël pour le ronger.
Mais, on a beau faire, l'injustice et l'occupation imposées aux Palestiniens ne sont pas oubliées. No back burner!
Les Palestiniens résistent dans la diversité de leurs opinions et de leur appartenance politique.
Encore et toujours en dépit des jeux troubles de la politique, de la multiplicité des acteurs et des petits calculs d'épicier.
Si en Tunisie, la 41ème Journée de la Terre a été dignement commémorée par l'UGTT, par la réunion de la Gauche arabe et par de nombreuses autres organisations, samedi 1er avril 2017, à l'heure où l'Avenue Bourguiba à Tunis prouvait que la question palestinienne était au cœur des préoccupations de nos concitoyens, la Place du Châtelet à Paris a été le théâtre d'un rassemblement contre l'interdiction des manifestations pour le boycott d'Israël (BDS: Boycott, Désinvestissement et Sanctions) en France. Ce rassemblement a eu lieu en dépit des gesticulations appuyées du lobby israélien pour obtenir l'interdiction de cette manifestation contre l'occupation, la colonisation galopante et les sanctions contre Israël. Un imposant service d'ordre a été déployé. Il visait à empêcher les nervis de la LDJ* (Ligue de Défense Juive) d'exercer leur violence coutumière. A noter que cette organisation violente est interdite aussi bien en Israël qu'aux Etats Unis mais pas en France où elle s'illustre régulièrement – parfois sous le nom de «Brigade juive» - par des actions de violence et d'agressions contre les militants pro-palestiniens et leurs organisations.
Les progrès du BDS épouvantent Netanyahou
Sous le titre «Quand il s'agit de Palestine, les libertés sont menacées», Gilles Manceron écrit (Médiapart, 29 mars 2017) : « L'inaction des autorités françaises, leur refus, malgré les demandes répétées, de dissoudre une officine aux méthodes fascistes comme la LDJ, ont encouragé ces groupes. Le fait que la France ait criminalisé l'appel au boycott dans le seul cas d'Israël, les déclarations insupportables de Manuel Valls lorsqu'il était Premier Ministre, assimilant toute critique de la politique des gouvernements israéliens à de l'antisémitisme, ont donné un sentiment d'impunité à des fanatiques qui se croient à l'abri des lois. Depuis 2010, en effet, la France est l'un des rares pays au monde à prévoir des poursuites contre des personnes appelant au boycott des produits israéliens dans le cadre de la campagne internationale BDS » et ce par la grâce de la circulaire CRIM-APN 09-900-44 signée en 2010 par Mme Alliot-Marie alors ministre de l'Intérieur et grande amie du président déchu. En octobre 2015, la Cour de Cassation a confirmé la condamnation de quatorze personnes uniquement en raison de leurs actions pacifiques en faveur du boycott des produits israéliens. En France donc, on peut critiquer la politique du gouvernement chinois ou albanais mais pas celle de Netanyahou car il y aurait alors «délits de provocation publique à la discrimination à l'égard d'un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une nation » selon cette infâme circulaire. Si on avait appliqué ce type de texte à l'Afrique du Sud de l'apartheid, Nelson Mandela et Ahmed Kathrada seraient morts dans les geôles de Voerwerd!
Dans une série de tweets publiés vendredi 31 mars après-midi, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a demandé à la préfecture de police de Paris d'interdire cette manifestation. "Quelles que soient les positions de chacun sur le conflit israélo-palestinien, cet appel peut être considéré comme une offense antisémite publique aux juifs parisiens", explique Mme Hidalgo, évoquant également des risques de "graves troubles à l'ordre public". On retrouve ici la boiteuse et fausse équation chère à moult politiciens français: Antisionisme=Antisémitisme. La maire de la capitale, se retrouve, ô miracle, sur la même ligne que son opposante au Conseil de Paris, Mme Kosciusko-Morizet! Pour une grande association française pro-palestinienne, l'attitude de Mme Hidalgo est due à «l'état d'ingérence».
De son côté, le président du CRIF, Francis Kalifat, a demandé au Premier Ministre d'interdire ce rassemblement.
Le gouvernement n'a pas entendu ces voix pro-israéliennes.
Cette mobilisation générale contre le BDS traduit la grande inquiétude du gouvernement Netanyahou et de ses supporters face aux succès de ce mouvement dans le monde. Paniqué, Netanyahou, après avoir créé auprès de lui un service bien financé pour s'opposer au BDS- a même décrété le 6 mars 2017, que l'entrée en Israël est interdite à tout partisan du BDS d'où l'immense colère des juifs américains progressistes comme le JVP (Voix Juives pour la Paix) dont la présidente, Rebecca Vilkomerson, mariée à un Israélien, ne peut plus visiter sa famille et ses amis. Aux Etats Unis en effet, son organisation prône notamment le boycott total de toutes les institutions (commerciales, culturelles ou académiques) qui, directement ou indirectement, contribuent à l'occupation et à l'oppression des Palestiniens. Cette procédure vise essentiellement à «rendre impossible tout accès à la Cisjordanie et Gaza aux étrangers voulant exprimer leur solidarité aux Palestiniens… un cadenas scandaleux de plus pour enfermer les Palestiniens». (Gilles Manceron, Médiapart, 29 mars 2017)
A noter cependant que le collectif «Trop, c'est trop» fondé par Pierre Vidal-Naquet et Madeleine Rebérioux n'a pas pu tenir une réunion le 27 mars dernier faute d'accord de la Préfecture de Paris et une conférence sur l'apartheid israélien dans le cadre de la «Semaine anticoloniale» a été annulée à l'Université de Toulouse. Mais les Français n'ont nul besoin d'autorisation pour exprimer leur condamnation des turpitudes des sionistes qui oppriment tout un peuple depuis 70 ans et le privent de sa liberté : à Sciences-Po Rennes, l'ambassadrice du régime israélien d'apartheid, Aliza bin Noun, a été abondamment conspuée et a parlé dans un amphithéâtre quasi vide après que les étudiants aient déclenché l'alarme incendie de l'établissement et refusé de discuter avec elle. (Lire le quotidien Ouest-France, 30 mars 2017). De même, pour leur action en faveur de la paix et de la justice en Palestine, la maire communiste de Valenton Françoise Baud ainsi que les sénateurs-maires communistes de Nangis et Montataire Michel Billout et Jean-Pierre Bosino, ont reçu la citoyenneté palestinienne d'honneur des mains de Salman Herfi, ambassadeur de Palestine en France. (L'Humanité, 31 mars 2017, p. 2 et Le Parisien 4 avril 2017).
Face à une politique qui fait la part belle au lobby israélien en France, le but des organisateurs de ce rassemblement de la place du Châtelet est « d'exiger de l'Etat français des sanctions contre un Etat» qui foule aux pieds les décisions de l'ONU, qui torture et emprisonne des enfants mais qui est pourtant associé à l'Europe pour le commerce et la recherche scientifique. Un Etat qui refuse de se plier à la réglementation française (Journal Officiel du 24 novembre 2016) exigeant de connaître l'origine exacte des produits exportés, et notamment de savoir s'ils sont issus ou pas des colonies implantées illégalement sur les territoires palestiniens et sur le plateau du Golan. C'est ce même Etat qui a mis en place une «justice» militaire qui ne juge que les Palestiniens…dont «2,6 personnes sur 1000 sont acquittées» par ces tribunaux soit «99,74% de condamnations» écrit Meredith McBride (Haaretz, 28 mars 2017). Et c'est ce même pays « démocratique » qui met actuellement derrière les barreaux sans jugement ni accusation plus de 700 Palestiniens.
Des opposants israéliens écrivent aux autorités françaises
C'est ainsi qu'il a été fait état de la lettre ouverte du 13 mars dernier d'une vingtaine d'opposants israéliens à MM. François Hollande, Bernard Cazeneuve et Michel Cadot, préfet de police de Paris. Ces personnalités –«citoyens juifs de l'Etat d'Israël»- choquées par les pressions exercées par le lobby israélien sur le gouvernement français, appellent au respect de la liberté d'expression concernant la campagne BDS. Elles s'opposent au comportement illégal et immoral des gouvernements israéliens et écrivent: «On nous a appris que, dans la ville de Paris**, on se prépare à freiner, même à interdire les manifestations de soutien de la campagne BDS contre les violations israéliennes des droits humains. Nous jugeons donc qu'il est extrêmement important de déclarer très clairement que la campagne BDS n'a rien d'antisémite et qu'elle s' oppose précisément à toute forme de racisme. Au lieu d'être raciste, elle se base fermement sur le droit international et sur les droits humains universels. ….Nous sommes consternés par les fausses accusations lancées par Mme Kosciusko-Morizet [Ancien ministre de Sarkozy, députée LR et Présidente du groupe LR au Conseil de Paris] dans une lettre datée du 15 février 2017, adressée à M. Cadot, Préfet de Police, dans laquelle elle déclare que les propos de la campagne BDS ne sont rien moins que des mots de haine. Nous nous opposons sans hésitation aux sérieuses violations israéliennes du droit international, y compris la perpétration du crime d'apartheid…que nous jugeons inexcusable. En exigeant la fin de l'apartheid israélien, nous exprimons notre amour pour tous les habitants d'Israël-Palestine….Quel outrage si la France et spécialement l'Etat français, supprimait la liberté d'expression de sa population qui prône le respect de la loi et ces valeurs humaines fondamentales qui sont à la base de la Constitution française et de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen. C'est pourquoi nous vous appelons à respecter et à protéger les droits de ceux qui contestent les graves violations israéliennes des droits humains et à protéger vos citoyens français qui militent au nom du mouvement BDS, afin qu'ils puissent le faire librement, sans être intimidés par une persécution sous forme de mesures légales, ou par des menaces physiques comme cela est arrivé auparavant.» Cette missive signée par des opposants israéliens s'inscrit dans en droite ligne avec les écrits de Michel Warshawski, Uri Avnery, Ilan Pappe, Shlomo Sand et le rabbin Jeremy Milgrom de l'association «Rabbins pour les droits humains». Ce dernier affirme que «le monde ne réagit pas car…. les gens ont peur d'être taxés d'antisémitisme…Si moi j'étais né dans le chaos politique et moral qui constitue la vie quotidienne des Palestiniens, j'aurais certainement essayé de tuer et de nuire à l'occupant…»
A noter que, samedi 1er avril 2017, des milliers de juifs et de Palestiniens à l'appel de la coalition Standing together – qui rassemble organisations pacifistes et partis de gauche- ont défilé à Jérusalem pour rappeler à Netanyahou «le prix douloureux de l'occupation» après une attaque au couteau. Les participants entendaient «protester contre le maintien du contrôle israélien sur les territoires et notamment Jérusalem-Est. Mohamed Abou Hummus, chef du comité populaire d'Issawiyah, un quartier de Jérusalem-Est, a fustigé «le gouvernement raciste» de Netanyahou exhortant la gauche israélienne à «prendre les rues pour exiger un changement». La députée Zehava Gal-On (du parti Meretz) devait s'adresser aux manifestants pour dire: «Il est illusoire de croire qu'il est possible de dépouiller un peuple entier de ses droits et de sa souveraineté sans le désespérer et sans semer les graines de la haine et la violence» (Lire Nir Hasson, Haaretz, 2 avril 2017).
Il faut donc espoir garder: victime de son succès, l'exposition «Pour un musée en Palestine» est prolongée jusqu'à fin avril à l'Institut du Monde Arabe à Paris. Elle préfigure la création d'un Musée d'art moderne et contemporain en Palestine. Fruit d'un partenariat entre la Délégation palestinienne auprès de l'Unesco et l'Institut du monde arabe, ce futur musée a d'ores et déjà réuni une collection d'une centaine d'œuvres, dons d'artistes occidentaux de renom sous la direction du plasticien Ernest Pignon-Ernest***. Un magnifique hommage aux six martyrs Du 30 mars 1976 et à tout le sang versé par les résistants palestiniens!
*Le fondateur de la LJD, le rabbin Meir David Kahane, a refusé de prêter serment à l'Etat d'Israël quand il a été élu à la Knesset pour ne pas perdre son passeport …américain ! Il a été assassiné à New York fin 1990.
** La maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, a fait projeter le drapeau israélien sur la façade de l'Hôtel de Ville à l'occasion de l'attentat qui a fait quatre victimes israéliennes à Jérusalem le 8 janvier dernier. L'assassinat quasi quotidien de jeunes Palestiniens par la soldatesque et les colons sionistes n'émeut guère cette dame dont la fibre sensible semble particulièrement sélective.
***Lire « Du souvenir, du mensonge et de l'oubli. Chroniques palestiniennes » d'Ilan Halevi, ancien vice- ministre des Affaires Etrangères dans le gouvernement du Président Yasser Arafat (paru en 2016 chez Sindbad/Actes Sud, Arles-Beyrouth). Pour le regretté Ilan Halevi, la cause palestinienne était une partie intégrante de la cause de l'émancipation humaine.


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