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Les revenants, l'arbre et les fruits perdus
Publié dans Leaders le 08 - 11 - 2017

Il faut se rendre à l'évidence, et ne plus se cacher la face.
Devant les horreurs perpétrées par des " Tunisiens", la première réaction a été de penser et de dire qu' "il ne faut pas confondre des fruits pourris avec l'arbre qui les a portés", et que la Tunisie et ses honnêtes gentilés et ressortissants, n'ont pas à se sentir coupables des atrocités commises par une minorité de fous furieux, sanguinaires. Mais j'ai pris vite conscience que c'était là, de ma part, une conduite défensive typique de "déni" d'une réalité inacceptable, une façon d'éluder le problème, en jetant en quelque sorte le bébé avec l'eau du bain...
Les solutions ? Empêcher les "revenants" de rentrer au bled, les incarcérer, les traiter en milieu psychiatrique, les recevoir comme des repentis (le "retour des enfants égarés"), comme l'a préconisé Ghannouchi, les déchoir de la nationalité tunisienne, etc.. sont des coups d'épée dans l'eau; elles ne suffiront nullement à éradiquer le terrorisme, qui risque de ressurgir encore, encore et encore, devenant endémique; car, ces "barbares" sont, pour ainsi dire, l'un des "produits dérivés" d'un mal plus profond et complexe; ils n'en sont pas, à mon avis, la "cause" première , ni essentielle.
Tôt ou tard (et mieux vaut tôt que tard) il faudra bien se poser la question suivante, et y répondre : "POURQUOI ET COMMENT AVOIR PRODUIT UNE TELLE MONSTRUEUSE ENGEANCE ?" Car, ce sont bien des Tunisiens, majoritairement jeunes ou assez jeunes, des deux sexes, possédant, en moyenne, un niveau d'instruction non négligeable, et ayant constitué l'un des plus forts contingents de jihadistes, et parmi les plus violents. Alors, que c'est-il donc passé ? A moins que les vrais problèmes, et les vrais réponses et solutions, ne se trouveraient pas intrinsèquement en EUX, mais plutôt quelque part en NOUS. Il nous faudrait, par conséquent, incessamment procéder à une autoanalyse approfondie et lucide - qui sera certes pénible, mais sûrement la seule salutaire et libératrice-, à un examen de conscience social sans complaisance, à une sorte d'audit institutionnel total, à tous les niveaux de la sphère psycho-socioculturelle, politico-idéologique, économique et, plus spécialement, éducationnelle (de la maternelle à l'Université); de manière à identifier les racines du mal qui ronge insidieusement, et depuis fort longtemps, nos fruits, avant qu'il ne soit malheureusement trop tard. La Tunisie est malade.
Quand on obtient autant de fruits pourris, il convient impérativement de traiter d'urgence le sol et l'arbre qui les ont produits. Il faut en finir avec la négation de la réalité et le complexe de l'autruche.
Il y a péril en la demeure.
Nacef Nakbi
Docteur en Psychologie sociale (Université de Caen, France)


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