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Dr Henda Derbel : Pensons à un suivi médical Post-exposition professionnelle de nos retraités...
Publié dans Leaders le 27 - 11 - 2017

La retraite met fin a la vie professionnelle du travailleur qui mérite à cette station de la vie et plus que jamais, un intérêt particulier à sa santé vulnérabilisée par l'âge et le risque de survenance de certaines maladies liées à des expositions antérieures à divers risques professionnels.
C'est quoi une Maladie professionnelle et comment la dépister ?
Une maladie est dite professionnelle si elle est la conséquence directe de l'exposition plus ou moins prolongée et/ou répétée du travailleur à un risque physique, mécanique, chimique ou biologique ; ces maladies sont reconnues et indemnisées tant qu'elles figurent sur le tableau des maladies professionnelles annexé au JORT et dont la liste des maladies et des principaux travaux est fixée par arrêté conjoint des ministères de la santé publique et des affaires sociales ; et tant que leur diagnostic a eu lieu durant le délai de prise en charge qui peut aller jusqu'à 50 ans après la cessation d'exposition.
Afin de dépister précocement une maladie professionnelle, tout employé bénéficie d'un suivi médical depuis son embauche jusqu'à sa retraite, assuré par les services de médecine du travail (décret 2000-1985 du 12 Septembre 2000). Toutefois, les séquelles de certains risques auxquels un employé avait été exposé tout au long de sa carrière, pourraient apparaître plusieurs années après la fin de l'exposition, notamment à la retraite, alors que ce suivi s'est malheureusement arrêté.
Et après la retraite, que se passe-t-il ?
En Tunisie, le dépistage de ces maladies professionnelles à effets différés notamment après la retraite souffre d'insuffisances ce qui conduit souvent à des retards voir l'absence d'identification d'un lien de causalité extrêmement important pour la prise en charge à temps de maladies qui pourraient s'avérer fatales.
En France par exemple, les retraités qui ont été exposés au cours de leurs carrières professionnelles à des agents cancérogènes ou à des substances dangereuses bénéficient d'un suivi post professionnel (Arrêté du 28 février 1995). L'employeur est dans l'obligation de remettre à chaque partant à la retraite une attestation d'exposition à ces agents. Cette attestation est remplie par lui-même et par le médecin du travail, permettant ainsi d'assurer le suivi post professionnel. La surveillance est ainsi réalisée sur prescription du médecin du travail ; les examens médicaux et les explorations complémentaires sont demandés par son médecin traitant et sont pris en charge par le Fonds d'action sanitaire et sociale tout en conservant le dossier médical, pendant 50 ans par le service de santé au travail.
Parallèlement, le droit à la réparation des victimes d'exposition à des risques à effets différés est reconnu par la législation française, à travers l'indemnisation des préjudices liés à l'exposition à certains agents dangereux, notamment l'amiante, le plomb et tout toxique (cancérogènes, mutagènes, neurotoxiques, rayonnements, toxiques pour la reproduction…). Le suivi post-exposition et post-professionnel s'inscrit donc comme première étape du processus de réparation.
Bien qu'en Tunisie l'indemnisation des maladies professionnelles soit un droit de tout travailleur et de tout ancien travailleur, l'analyse de notre système de santé au travail souffre d'insuffisances dans le suivi post professionnel , privant le retraité d'une prise en charge précoce et adéquate de certaines affections.
En effet, le salarié qui part à la retraite, coupe totalement le fil avec le service de Médecine du travail qui assurait jusque-là son suivi médical et dont les frais étaient supportés par l'employeur.
Bien qu'il ait été exposé à des agents dangereux, aucune attestation d'exposition ne lui est délivrée et aucun suivi médical préventif réglementé ne lui est réservé alors que parfois des année après la cessation de l'activité,des maladies peuvent apparaître sans réussir à faire le lien de causalité: Des leucémies liées à l'exposition à certains solvants, des cancers broncho-pulmonaires liés à l'amiante ou aux goudrons de houille, des cancers des voies aériennes liés à l'exposition aux poussières de bois ou au formaldéhyde… , des cancers de la vessie liés aux amines aromatiques ou aux goudrons et huiles de houille, des cancers de la peau liés à l'emploi d'huile minérale, des angiosarcomes liés à l'exposition au chlorure de vinyle monomère, des sarcomes osseux liés à l'exposition aux rayonnements ionisants…et la liste est longue.
Les médecins traitants se trouvent malheureusement mal informés des produits dangereux qui étaient manipulés ou auxquels le travailleur était exposé, donnée très importante dans le diagnostic de la maladie.
Que faut-t-il faire ?
Des dispositions appropriées doivent être prises pour combler ces carences. Certes, il faut insister sur la prévention primaire mais tout travailleur devrait avoir droit à une retraite accompagnée d'un suivi préventif rigoureux car les altérations de la santé d'origine professionnelle ont un coût thérapeutique important qui accable le budget de la sécurité sociale notamment pour les maladies cancéreuses, l'invalidité ou la mortalité précoce.
Que les données récentes soient ou non en faveur d'un diagnostic précoce en raison d'un bénéfice thérapeutique avéré et ciblé sur plusieurs pathologies et sur la pathologie cancéreuse en particulier, il demeure que l'accompagnement médical pendant la retraite doit être organisé, garanti et gratuit, comporter des examens inscrits dans une stratégie cohérente d'accompagnement médical et médico-social adaptée aux symptômes à surveiller, et permettant l'accès aux droits à la réparation.
Les réformes des caisses sociales sont actuellement au cœur des débats, et pour les réussir et faire sortir nos caisses du gouffre dans lequel elles se trouvent ; la prise en charge préventive doit occuper une place importante en lui allouant les budgets nécessaires.
La réglementation doit évoluer et le droit à un suivi médical post-professionnel totalement remboursé pour les retraités qui étaient exposés à certains agents dangereux et cancérogènes est le meilleur garant pour anticiper les conséquences souvent lourdes de certaines expositions à des agents toxiques et cancérigènes et dont le coût de prise en charge curatif par les caisses sociales est très lourd.
Mieux vaut prévenir que guérir !
Dr Henda Derbel Ghorbel
Médecin du Travail
Médecin coordinateur du Groupement de Médecine de Travail de Sfax


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