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Ezzeddine Hazgui- Les lunettes de ma mère: L'humour pour endurer torture et prison
Publié dans Leaders le 23 - 03 - 2018

Rarement des récits de torture et carnets de prison sont écrits avec autant de panache et d'humour comme vient de le publier Ezzeddine Hazgui. Sous le titre de Les lunettes de ma mère, il restitue un pan utile à connaître de la longue lutte de ces jeunes militants de la gauche tunisienne qui ont payé lourdement dans les années 70 le prix de leur engagement. De toute cette deuxième génération qui avait pris la relève du groupe Perspectives, de la décennie d'avant, Hazgui est sans doute une figure à part, attirante par son propre parcours personnel, ses positions non conformistes et son mode de militantisme.
Ces trois caractéristiques, nous les retrouvons quasi génétiquement transmises à ses deux enfants juristes, Me Dalila Msaddek et Jawhar Ben Mbarek.
Le secret inavoué
Originaire de Hzag, en bord de mer, tout près de Jebeniana, à 40 km de Sfax, fils de magistrat qui suivra son père au gré de ses affectations dans le pays, notamment à Gafsa et Sousse (il restera étoiliste), chouchouté par ses grands-parents et son oncle après le divorce de ses parents, grand amoureux de Sfax, Ezzeddine Hazgui sera marqué par tant de croisements fondateurs. Mais, son caractère se forgera davantage avec la clandestinité, les arrestations, la torture, la relation aux tortionnaires, les prisons, les gardiens, les magistrats instructeurs, les tribunaux, les camarades et les remises en liberté.
A 73 ans, il se décide de le raconter, dans son style ponctué d'humour, en livrant dans les toutes dernières lignes son « secret » longtemps inavoué. Ni rancœur, ni rancune, Hazgui n'en veut à personne, ne regrette rien, ne renie aucun engagement, ne dénie aucune responsabilité. Il ne se proclame pas héros, encore moins victime.
C'était Sfax !
Le terreau était déjà fertile. En arrière-fond, durant les années 60, le groupe Perspectives, le Vietnam, l'Urss, la Palestine, la débâcle nassérienne de 1967, mai 68, la guerre froide, les tiraillements idéologiques, la coopérativisation poussée. Puis vinrent les grandes luttes estudiantines, début des années 70 au campus. La vingtaine à peine, Hazgui est dans ce grand tourbillon. Sfax était à l'époque un foyer actif de la gauche tunisienne, de débats, de production et de distribution de tracts et de journaux clandestins. Les cafés du centre-ville, la Régence, la Renaissance, Amous, le bar Didi, et autres, le ciné-club, la maison de la culture grouillaient de jeunes épris de liberté et de démocratie.
Aziz Krichen, assigné en résidence surveillée dans sa ville natale, était déjà un gourou. Les Fethi Mseddi, Raouf Ayadi, Hatem Zeghal, Ridha Zouari, les frères Elleuch (Ali et Néjib) et Halouani (Mohamed Ali, Néjib et Hafedh, ainsi que leur sœur), Ellouze (Ridha et Mongi) Fethi Triki, Neila Rhaïem, Mongi Amami et son épouse, Moncef Maraoui, Moncef Dhouib, Moncef Mezghani, et autres Adel Krichen étaient de tous les débats. C'était parti. Ezzeddine Hazgui est sans doute le premier militant de gauche à raconter ces années sfaxiennes bouillonnantes où militants et policiers chargés de les épier cohabitaient en bonne entente « intellectuelle», chacun dans son statut. Tout un chapitre y est consacré. Le portrait que l'auteur dresse de deux célèbres policiers Laroussi et Slah Kacem est particulièrement fabuleux. Ezzeddine raconte comment ils l'avaient sollicité pour les aider à rédiger une note de renseignement sur la vie culturelle à Sfax, puis comment ils avaient réagi quand il avait été arrêté dans sa planque en pleine médina, suite à la découverte de son rôle dans l'impression et la distribution de tracts.
L'humour en viatique, en second instinct de survie
Les situations burlesques ne manquent pas tout au long du livre écrit non pas comme un récit linéaire, mais en billets successifs, sans ordre chronologique précis, mais dans la remontée des souvenirs. Anecdotes, scènes pittoresques et moments émouvants seront figés en balises d'un chemin de croix. Abandonné par ses tortionnaires, tout nu, reconduit tuméfié et ensanglanté sur un drap dans sa geôle, à la cave du ministère de l'Intérieur, Hazgui retrouve, sans le moindre masochisme, son humour dès qu'il reprend conscience. Un humour qui lui servira de viatique dans ce sinistre univers, et de second instinct de survie.
Le courage et la fidélité de son épouse, Bahia Zouari, le grand amour de sa vie, et l'attachement de ses enfants, Dalila et Jawhar, seront pour lui un motif de réconfort et source de courage qui s'additionnent au soutien des camarades.
Un sentiment de culpabilité...
Le secret de Hazgui est en fait un sentiment de culpabilité qu'il éprouve à l'égard de sa maman. Divorcée, vivant dans des conditions très modestes à Hzag, et ayant perdu un œil, il l'avait entendue exprimer un grand souhait: goûter à une poire et obtenir un verre pour ses lunettes. C'était en mai 1965. Il s'était alors promis de trouver un travail et d'exaucer ses deux vœux avec son premier salaire. Hazgui sera recruté à la Star début mai et attendait impatiemment la fin du mois. Quelques jours seulement après, sa mère décèdera, sans qu'elle goûte à une poire, sans obtenir le verre de ses lunettes. Hazgui en sera culpabilisé.
Ce sentiment très fort le taraudera toute sa vie, mais l'aidera aussi à endurer toutes les épreuves, toutes les tortures. Il avait besoin d'une maman qui ne meurt pas. Il est resté courir toute sa vie durant derrière ces lunettes. «Des lunettes qui m'éclairent davantage la voie, des lunettes dont j'ai toujours eu besoin, aujourd'hui encore», écrira-t-il dans la dernière ligne de son livre..
Les lunettes de ma mère de Ezzeddine Hazgui
Editions Mots passants, février 2018, 2010 p. 15DT


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