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Rafik Darragi: Le mythe dans la pensée contemporaine, le nouveau livre d'Alya Chelly-Zemni et Marie-José Fourtanier
Publié dans Leaders le 29 - 08 - 2018

A cause du rythme de plus en plus rapide de la mondialisation et, par voie de conséquence, à cause du développement des études et des nombreuses réflexions qu'elles suscitent, les colloques scientifiques se multiplient aujourd'hui à travers le monde. Mais, malheureusement, pour diverses raisons, les actes de ces manifestations ne sont pas toujours publiés. C'est dire le sentiment de fierté que votre serviteur, natif de Sousse, a ressenti, lorsqu'il eut dernièrement entre les mains Le mythe dans la pensée contemporaine, actes du colloque international et pluridisciplinaire que le Département de Français de la Faculté des Lettre et des Sciences Humaines de Sousse, en partenariat avec le Centre d'Anthropologie, avait organisé sur le thème "Les mythes dans la pensée contemporaine", les 6, 7 et 8 avril 2017.
L'ouvrage est volumineux (465 pages). Il comporte quatre parties. La première, « Figurer le monde, le représenter et le transformer», inclut six interventions dont celle de Laurent Fourcaut, professeur émérite de l'Université Paris-Sorbonne. Elle s'intitule ‘Fragments d'un paradis et la mythologie gionienne'. Inspiré par plusieurs œuvres célèbres dont Moby Dick d'Herman Melville, Les Aventures d'Arthur Gordon Pym, d'Edgar Poe, l'Enfer de Dante ou encore, Les Fleurs du Mal de Baudelaire, Jean Giono avait repris et développé à nouveau dans Fragments d'un paradis les deux fameuses notions antithétiques balisant son œuvre, qu'il nomme « perte » et « avarice ».
Laurent Fourcaut, poète lui-même - il a fait paraître six livres de poésie. Les deux derniers, Or le réel est là… (Le Temps des cerises) et Joyeuses Parques (Tarabuste) -, explique la signification de ces deux notions antithétiques en ces termes :
« La perte est le désir irrépressible de retour fusionnel dans la matrice du Monde-Mère. Mais comme ce désir ne peut s'assouvir que par le sacrifice de l'intégrité individuelle, autrement dit dans la mort de l'individu comme être séparé, il inspire la terreur panique et suscite, par « instinct de conservation », le refus farouche de mourir, refus de la « pure perte » que Giono nomme donc « avarice », avarice non d'argent mais du désir, par conséquent. » (p.28)
L'universalité de conception de la vie et de la mort est évoquée de nouveau dans la contribution d'Apolline Lehmann, de l'Université de Lorraine, intitulée ‘Du récit d'Expérience de Mort Imminente à l'élaboration d'un nouveau mythe scientifique contemporain'. Partant d'une ‘expérience de mort imminente' pouvant arriver à tout un chacun, elle se réfère, pour son développement, au départ, au best-seller Life After Life du Dr Raymond Moody, paru en 1975.
Effectivement, c'est à partir de cette date qu'un changement de visibilité de l'expérience de mort imminente s'était opéré, devenant, du coup un phénomène de masse, agissant sur l'imaginaire collectif jusqu'à devenir un mythe thanatologique. Apolline Lehman s'appuiera ensuite sur « la définition du mythe vivant proposé par Jean-Jacques Wunenburger « Création artistique et mythique » tiré de l'ouvrage collectif Questions de mythocritique :
« De ce point de vue, un mythe est avant tout une histoire anonyme qui circule, en provenance d'une tradition immémoriale, et qui est adressée à tout destinataire, présent ou futur, qui peut l'écouter […].L'essentiel est qu'une histoire circule, qu'elle soit reconnue comme digne d'être racontée parce qu'elle « parle » encore, fait toujours sens, pour ceux qui la transmettent ». (p.47)
Dans la deuxième partie de ces actes, « Le mythe vecteur de la mémoire et de la réécriture », les diverses contributions illustrent les variantes de l'écriture interprétative des mythes. Le lecteur y découvrira en particulier, la contribution de la cheville ouvrière de ce colloque, Alya Chelly-Zemni, intitulée ‘Au revoir là-haut de Pierre Lemaître ou le mythe du recommencement et du renouvellement'. Bien qu'il soit connu surtout comme auteur de romans policiers (Travail soigné, 2006, Robe de mariée, 2009, Sacrifices, 2012, ou encore Alex, 2013), Pierre Lemaître puise son inspiration à partir de la guerre. L'ouvrage Au revoir là-haut dont parle Alya Chelly-Zemni, avait obtenu le Prix Goncourt 2013. L'action se déroule en novembre 1918, à quelques jours de l'armistice, dans la France d'après-guerre. Pierre Lemaître, en maître du polar, décrit longuement cette France meurtrie mais plus préoccupée de ses monuments que des survivants.
Dans cette deuxième partie on peut lire également un travail original sur l'écriture romanesque de Hédi Bouraoui. Son auteur, Abdelmalik Atamena de l'Université de Khenchela (Algérie) a habilement relié les réminiscences du passé qui parsèment certains romans de notre ami au mythe de Léthé :
« L'œuvre de cet auteur », précise-il dans son introduction, « est en effet nourrie par un réservoir mémoriel constitué d'un ancrage historique révélant une vision du monde, un choix des valeurs et de la destinée humaine, mais aussi réconciliant le poids du passé. Plutôt que d'opposer l'oubli à la mémoire, nous proposons de comprendre les réminiscences du passé en tant qu'elles sont traversées par les figures de l'oubli où elles se prolifèrent » (p.242).
La troisième partie, « La nature/culture ou le mythe civilisateur » concerne la construction imaginaire et symbolique des mythes « la relation de l'individu à la société, à l'histoire et à l'idéologie du temps ». Les diverses interventions portent sur des mythes contemporains, le plus souvent puisés dans les motifs religieux en particulier au Maghreb et en Afrique. On y trouve, entre autres, celle de Amadou Oury Diallo, ‘Mythes africains et leurs rapports avec l'origine, le culte et le rite'. Celle de Catherine Gravet, de Université de Mons (Belgique), ‘Leïla Marouane revisite Médée', offre : « quelques pistes de réflexions sur la portée du mythe de Médée dans la société contemporaine, pour le public francophone, mais en prenant en compte à la fois la culture maghrébine et le genre » (p.313).
Enfin, « Particularité et universalité du mythe », la quatrième et dernière partie est consacrée à « la relation du sujet au monde, de sa relation au temps et à l'espace où l'imaginaire singulier et l'imaginaire collectif s'enrichissent ». Le sujet touchant à l'ensemble des disciplines des sciences humaines et sociales, le lecteur ne s'étonnera pas de trouver dans cette partie, la communication de Zahia Benabdallah, docteure en anthropologie. Sociologue de formation, elle est actuellement maître de recherches au Centre National de Recherches en Préhistoire, Anthropologie et Histoire (CNRPAH- Alger). Parce qu'elle s'intéresse surtout aux questions du genre, de la famille, et de la jeunesse, elle figure parmi les experts du patrimoine culturel immatériel (le PCI) en Algérie. Sa communication : ‘Les cours d'eau entre crainte et espoir, contes ascétiques et guérison : Le rôle du mythe dans la création du temps social, ‘ est illustrée par un exemple concret : la région de l'Atlas Blidéen et de la Mitidja.
« Dans l'histoire des religions, il est dit que l'eau marque les débuts des temps, elle marque le début de la vie sur terre. Et par conséquent, elle est un des fondements de la foi, des croyances et des pratiques de l'être humain face à le connu et l'inconnu. Elle montre le vrai des légendes et porte les symboles des traditions et cultures ancestrales.
L'importance de l'eau vient aussi du fait qu'elle soit considérée comme étant l'origine de la vie et son prolongement. Il se trouve que dans l'imaginaire social de différentes cultures, l'eau symbolise la fertilité, puisqu'elle fertilise la terre et assure la nourriture, la boisson et la moisson » (p.439).
Evidemment, faute d'espace, nous ne pouvons pas citer toutes les contributions mais comme dans ce genre de manifestations le risque est grand de s'attarder sur les différences plutôt que sur les confluences, disons, simplement que toutes ces interventions sont bien écrites et ne se recoupent pas. Précisons, également, que ces actes incluent deux communications en anglais à l'intention des ‘happy few', manifestement de plus en en plus nombreux dans notre pays. La première est celle de Monia Chouari-Jerfel, de l'Université de Sousse. Elle s'intitule ‘Rewriting the myth of female chastity: a case study of Elizabeth Gaskell's Mary Barton'. Elizabeth Gaskell est une anglaise féministe avant la lettre, née dans une famille unitarienne, de l'ère victorienne. Son premier roman, Mary Barton, publié anonymement en 1848, est une longue saga de deux familles mêlant amour et politique sociale dans la ville minière de Manchester.
La seconde est celle de Welid Hmeissia, professeur d'anglais à l'Institut Supérieur des Etudes Appliquées aux Humanités de Zaghouan (Université de Tunis). ‘The myth of Deirdre in Irish literature: from J. M. Synge's cathartic farewell to life to Vincent Woods' socio-political revolt, un excellent travail sur le mythe littérarisé.
Le mythe dans la pensée contemporaine, sous la direction d'Alya Chelly-Zemni et Marie-José Fourtanier, L'Harmattan, Paris, 2018.


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