Epson renforce sa gamme de projecteurs 3LCD en Tunisie : performance, innovation et polyvalence au service des professionnels et de l'éducation    Zoubeida Khaldi: Ce cavalier    Début du Ramadan 2026 en France : Deux dates entre la Grande Mosquée et le CFCM    Ooredoo Tunisie obtient l'agrément de la Banque Centrale pour lancer Walletii    Iran : Guerre probable, versus, paix improbable ?    RSE : Focus sur la pratique des métiers de justice et des institutions d'arbitrage (Album photos)    Qui est Anne-Claire Legendre, la première femme à réinventer l'Institut du monde arabe ?    Arabie Saoudite annonce le début officiel du Ramadan 2026 avec le Qatar et les Emirats    Festival Gabès Cinéma : Afef Ben Mahmoud à la direction    Où et quand suivre les barrages aller de la Ligue des champions ?    Le ministère de l'éducation tunisien interdit la prise de photos à l'intérieur des écoles et la Dakhla du Bac    40ème anniversaire du décès du Dr Slimane Ben Slimane : un livre dédié au Comité Tunisien de la Liberté et de la Paix    CIVP : vers une augmentation de l'indemnité des stages en Tunisie    Quart de finale de la Ligue des champions : Les dates clés pour Espérance Tunis contre Al Ahly !    Prix Littéraires COMAR d'Or : appel à candidatures pour la 30ème édition    Sécurité renforcée : 2 953 individus recherchés arrêtés depuis janvier en Tunisie    Organisation du temps scolaire dans les écoles primaires pour le Ramadan 2026    Avis aux passagers : Modification des horaires du navire ''Carthage''    Viandes rouges à 42,900 dinars : disponibilité assurée dans plusieurs points de vente    Météo en Tunisie : pluies éparses attendues sur le nord et localement le centre    Cite des Sciences: Mercredi dernier jour de Chaabane, jeudi début officiel de Ramadan    La sélection tunisienne de judo senior remporte 11 médailles au tournoi international Tunis African Open    Conférence de Munich 2026: l'Europe face au duel Washington–Pékin    OPPO A6 5G et A6x 5G lancés par OPPO en Tunisie offrant des avantages de performance, de puissance et de fluidité au quotidien    Hommage à Souad Guellouz: Elle était née pour être écrivaine, romancière, poète    Lancement de la première session de recrutement 2026 : dates et modalités    L'odorat des chiens au service de l'oncologie médicale    Météo en Tunisie : nuages passagers sur l'ensemble du pays    Anouar Brahem signe son grand retour en Tunisie avec l'ouverture de la 11e édition de Sicca Jazz au Kef    AWGHO: Une nouvelle dynamique africaine au service de la santé globale de la femme en oncologie    Anis Lassoued : ''Enda a été le déclic qui a permis à Moez de briser les chaînes du silence''    Dégradations du VAR : la FTF promet des poursuites et un durcissement disciplinaire    De la culture générale (II): l'apport arabe à la Renaissance européenne    Ooredoo Night Run by Xiaomi célèbre sa 5e édition et lance les inscriptions (Album photos)    Samsung Zero Trust : Leader dans le domaine de la sécurité mobile pour les entreprises    Hyundai Tunisie organise la troisième édition de l'initiative solidaire 'Couffin du Ramadan'    Le tennisman tunisien Moez Echargui se qualifie pour les quarts de finale du Challenger de Pau    Casa Tarab, les Nuits musicales du Ramadan 2026, reviennent dans une 5ème édition au Théâtre Cléopâtre à Gammarth    Sabri Lamouchi : Une bonne nouvelle impression (Album photos)    Fierté tunisienne : Ridha Mami ouvre un département arabe et islamique au Mexique    Le diplomate tunisien Mohamed Ben Youssef nommé à la tête de l'Institut culturel Afro-arabe    Raoua Tlili et Yassine Gharbi remportent 2 médailles d'argent aux Championnats internationaux de Fazza de para-athlétisme 2026    Elyes Ghariani - La doctrine Donroe: le retour brutal de l'hégémonie américaine    L'Université de Tunis El Manar et l'Université japonaise d'Hiroshima signent un accord de coopération    Mondher Msakni: L'orfèvre    Israël intensifie sa politique d'annexion et de colonisation en Cisjordanie    ATMEDIA lance la première session de formation sur l'intelligence artificielle pour les journalistes    Secousse tellurique en Tunisie, au nord de Béja ressentie par les habitants    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Quand un collectionneur d'art tunisien veut faire découvrir Alexandre Roubtzoff à ses compatriotes russes
Publié dans Leaders le 24 - 05 - 2019

« Saint Pétersbourg- Tunis: entre ces deux pôles, un peintre est passé, déconcertant de timidité, magnifique de simplicité, mais somptueusement chargé d'esprit, de talent, de vie. »
Ces mots ne sont pas de moi, mais de Pierre Dumas, son ami, son biographe, qui a su trouver les mots justes pour présenter cet artiste, mystérieux et complexe que fut Alexandre Roubtzoff.
Mystérieux parce que son passé est mal connu, parce que, par de curieux détours de l'Histoire, cet artiste, célèbre en Tunisie, recherché en France, était totalement ignoré dans son pays natal, la Russie.
Il aura fallu une rencontre improbable, entre ce russe venu un jour en Tunisie, et un tunisien choisissant de vivre en Russie pour que vienne le temps de la reconnaissance.
Mais commençons par le commencement.
En 1912, Alexandre Roubtzoff, jeune et brillant lauréat de l'Académie Impériale de Saint Petersbourg, reçoit une bourse de voyage et de formation : quatre années d'errance aux pays du soleil : la France, l'Italie, l'Espagne, Tanger où lui vient peut-être le goût de l'orientalisme. Et puis Tunis : « Je viens à Tunis pour quelques jours, et j'y reste toute ma vie » s'étonnait-il lui-même dans son journal en 1914.
Autour de lui, l'univers est fracassé : la guerre, la révolution russe le confortent dans son choix. Le temps du voyage était terminé, il n'y avait pas de retour en arrière, ni possible, ni souhaité. Un nouveau Roubtzoff allait naître, adopter ce pays qui avait su l'accueillir et l'inspirer. Pour bien marquer cette appartenance, cette « intégration » dirait- on aujourd'hui, il allait désormais signer Iskander Roubtzoff. Et symboliquement, se laisser pousser la barbe :
« L'abondance de sujets à peindre et à dessiner à Tunis était telle que je ne voulais plus passer un temps précieux à me raser, et j'avais laissé pousser ma barbe. De glabre à Saint Petersbourg, je suis devenu barbu à Tunis. » notait- il avec cet humour discret qui le caractérisait.
Et il faut reconnaitre que rarement peintre fut plus diversifié dans sa technique, plus éclectique dans son inspiration, plus multiple dans son style. Remarquablement indépendant, il n'appartenait à aucune école, ne suivait aucune tendance, ne se pliait à aucune mode, à aucun mouvement esthétique. Evoluant du tableautin à la fresque, maitre en dessin, il était orientaliste, mais à sa manière. Mais aussi impressionniste quelques fois, pointilliste dans les petits formats, et étonnamment moderne souvent.
Portraitiste de talent, il sacrifia à quelques courtoisies dans le milieu des notables de l'époque où il évoluait à contre cœur, préférant une solitude qui n'en était pas hautaine pour autant.Mais ses œuvres les plus belles sont incontestablement celles de ces femmes, ces flamboyantes à qui il a rendu hommage en les sortant de l'anonymat, car à toutes, Alya, Mongia, Ftima, Arbia, Messaouda, il a tenu à donner un nom. Ces femmes ont toutes une âme : elles sont timides, ou effrontées, joyeuses ou rêveuses, elles sont étonnamment vraies, et non, comme ce fut souvent le cas pour d'autres peintres orientalistes, des européennes déguisées en orientales.
Peintre ethnologue, passionné par ce pays si différent qu'il découvrait avec passion, Alexandre Roubtzoff s'attache à tous les détails qui entourent ces fleurs des boulevards: ceux des tissages qui les habillent, des nattes et des lambris qui les entourent,des parures qu'elles portent, des bijoux qu'elles arborent, des tatouages qu'elles ne dissimulent guère. Cet intérêt qu'il porte à cet environnement qu'il explore, on le retrouve dans la minutie qu'il met à reproduire marabouts, cafés, placettes de village, portes et fenêtres. L'intérêt fiévreux de l'artiste qui voit les choses changer, disparaître, et souhaite en préserver la mémoire.
« Heureuse Tunisie. Parce qu'un homme est venu de la lointaine Russie, voici que ton pittoresque, tes mœurs, tes maisons, tes objets familiers, tes vêtements…ont été enregistrés, relevés, classés, juste au moment où l'Europe moderne allait les faire à jamais basculer dans le passé. »
35 années durant, Alexandre Roubtzoff allait se donner pour tâche de fixer les multiples aspects de la vie quotidienne : une rue, des portes, mille et un marabouts, le détail d'une tombe, le secret d'un patio, l'auvent d'un café, la précision d'un tatouage, le drapé d'un costume…Il réunit la plus riche et la plus précieuse documentation que l'on puisse imaginer. Rien n'échappe à son regard, à son intérêt, et tout lui semble digne de mémoire dans ce pays qu'il avait choisi pour venir y vivre, y peindre et un jour y mourir.
Alors c'est peut-être un juste retour des choses si un jour, par delà le temps et l'espace, les chemins de Roubtzoff, un russe venu vivre en Tunisie, et celui de Mehdi Douss, tunisien ayant choisi de vivre en Russie, se sont croisés.
La rencontre a été fortuite, artistique certes, mais bien plus. Car qu'est ce qui aurait pu motiver ce brillant entrepreneur, amateur d'art, à vouer une passion aussi exclusive pour cet artiste ? Aussi célèbre fut Roubtzoff en France et en Tunisie, il était pratiquement inconnu dans son pays natal. Mehdi Douss entreprit d'en retrouver la trace.Aidé dans sa quête par son ami Grégory Baltzer, directeur d'un club de collectionneurs dont le réseau tentaculaire s'étend à plus de 800 maisons de vente dans le monde entier, il entreprit de renouer le fil brisé, et de retrouver l'empreinte de l'artiste. Dans le but avoué de lui rendre sa place dans le panthéon artistique russe. Douze années durant, ils ont traqué la trace d'Alexandre Roubtzoff, en Tunisie bien sûr, en France, en Suisse….
Aujourd'hui ayant réuni une magnifique collection de quelques soixante- dix œuvres, ensemble représentatif du parcours tunisien de l'artiste, Mehdi Douss souhaite rendre hommage à Roubtzoff, et à cette Russie dont il a fait son pays d'adoption. Il expose sa collection, accompagnée d'un catalogue, à Moscou cette semaine, à Saint Petersbourg le 7 juin prochain. L'évènement fera date dans le monde des arts russe.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.