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En débat ce mardi, comment stopper la désindustrialisation en Tunisie?
Publié dans Leaders le 02 - 11 - 2019

Le danger est réel : une politique économique «business as usual» ouvrirait la voie au scénario de récession, à la désindustrialisation et à la sortie de la Tunisie du monde de la création de valeur. Le recul de la production industrielle au cours des neufs premiers mois 2019, après une quasi-stagnation du secteur au cours des 8 dernières années corrobore l'éventualité d'un tel scénario. Face à un tournant historique avec des défis majeurs à relever, le Conseil d'Analyses économiques (CAE), relevant de la Présidence du gouvernement et présidé par Afif Chelbi, a pris l'initiative d'élaborer un Pacte pour la compétitivité économique et l'équité sociale, centré sur le secteur industriel. Il est adossé à vingt Pactes sectoriels de compétitivité proposés, tous fruit d'analyses approfondies et de concertations soutenues avec les parties concernées.
Ces documents feront l'objet d'une présentation qui se tiendra ce mardi 5 novembre à Tunis. Interviendront en ouverture des travaux, Afif Chelbi, président du CAE, Hichem Elloumi, vice-président de l'Utica et Matthias Grossmann, Chef de Projets GIZ. Mounir Ghazali, Associé EY, présentera le pacte.
Au programme, un panel de discussion présidé par M. Sami Zaoui, qui a dirigé le groupe de travail du CAE sur les pactes, avec :
* le commentaire sur les objectifs 2025 du Pacte par M. Zouheir El Kadhi, DG de l'ITCEQ et Président du groupe de travail du CAE sur la compétitivité,
* le commentaire sur les mesures économiques du Pacte par M. Mounir Ghazali, Associé EY,
* le commentaire sur les mesures sociales du Pacte par M. Hédi Bouker, DG du CRES et Président du groupe de travail du CAE
* le commentaire sur l'équation compétitivité économique/équité sociale par M. Sami Aouadi, Professeur d'économie et membre du CAE.
Stopper le processus de désindustrialisation de la Tunisie
Le Pacte pour la compétitivité économique et l'équité sociale, centré sur le secteur industriel, objet de cette Journée ainsi que les vingt Pactes sectoriels de compétitivité proposés ont pour ambition d'amorcer la relance économique tout en œuvrant pour plus d'équité sociale et ce dans un cadre participatif de partenariat entre les pouvoirs publics et les partenaires sociaux illustrant la «République contractuelle ».
Ces pactes visent à contractualiser les engagements réciproques en vue d'assurer une mobilisation nationale autour d'objectifs ambitieux et réalistes arrêtés par le scénario de croissance de notre vision de la Tunisie à l'horizon 2025.
Dans ce cadre, l'Etat s'engagerait sur la mise en œuvre des instruments horizontaux et sectoriels de politique industrielle. En contrepartie, les secteurs s'engageraient sur la concrétisation des objectifs 2025d'investissement, d'exportation, de création d'emplois, de développement technologique et de responsabilité sociale. Il est proposé, en particulier, que la loi de finances triennale 2020 -2022 intègre les principales mesures à caractère législatif proposées par ces pactes.
Elaborés sur la base d'une analyse approfondie de la situation économique et sociale, de l'historique des politiques économiques et des perspectives d'évolution en Tunisie et dans le monde, ces pactes reposent sur le principe que seule une politique économique basée sur la sauvegarde, la relance, la discrimination positive en faveur des secteurs productifs peut permettre d'atteindre les objectifs du scénario de croissance.
Par contre, une politique économique «business as usual» ouvrirait la voie au scénario de récession, à la désindustrialisation et à la sortie de la Tunisie du monde de la création de valeur. Le recul de la production industrielle au cours des neufs premiers mois 2019, après une quasi-stagnation du secteur au cours des 8 dernières années corrobore l'éventualité d'un tel scénario.
L'économie tunisienne est en effet devant un tournant historique avec des défis majeurs à relever, surtout que le contexte international présente, certes des incertitudes, mais aussi de grandes opportunités offertes par les évolutions constatées dans notre principal marché cible, celui de l'UE, avec notamment le renchérissement des pays de l'Est.
Mettre notre pays en condition de faire face à ces défis est l'objectif ultime de tels pactes.
Cinq objectifs principaux assignes au pacte à l'horizon 2025
1. 4,5% de croissance du Produit Intérieur Brut contre 2,5% en 2018
2. Des exportations de biens à 90 Milliards de dinars contre 41 Milliards en 2018 *
3. Un taux d'investissement public et privé de 24% du PIB contre 19,6 % en 2018
4. Une création annuelle de 84 000 emplois à partir de 2024 contre 27 600 en 2018
5. Faire partie du Top 50 des classements internationaux Davos et Doing Business.
Atteindre ces objectifs ne se fera pas par le simple jeu des forces du marché, mais nécessitera un choc de confiance qui ne peut résulter que de la mise en œuvre, par un ETAT DEVELOPPEMENTALISTE, de politiques volontaristes, en synergie avec les partenaires sociaux.
C'est dans ce cadre que s'inscrivent les mesures et engagements proposés par le Pacte.
87 mesures et engagements du pacte pour la relance du secteur industriel
87 Mesures et Engagements dont 53 mesures de l'Etat et 34 engagements des partenaires sociaux seront mis en œuvre pour réaliser ces objectifs assignés au Pacte, outre les mesures et engagements sectoriels prévus par les 20 pactes sectoriels.
Le coût des mesures demeure dans les limites des contraintes budgétaires, sans compter les effets induits de la relance sur les finances publiques. Il ne s'agit donc pas d'une relance Keynésienne, mais d'interventions ciblées selon des mécanismes bien définis.
En effet, parmi ces mesures figure le relèvement progressif des aides publiques à la PME qui, contrairement à ce qu'avancent plusieurs rapports, ont toujours été très faibles en Tunisie comparativement aux expériences internationales. Les aides financières sont estimées à 333 MD en 2018 soit environ 0,3 % du PIB pour la Tunisie, elles sont deux fois moins importantes qu'au Maroc. En outre, et depuis la promulgation de la nouvelle loi sur l'investissement (2016), l'essentiel des incitations fiscales a été supprimé (export et dégrèvement des bénéfices réinvestis). Il est prévu de relever ces aides financières à 0,6 % du PIB en 2025 et de porter l'ensemble des aides financières et fiscales à 2 % du PIB en 2025 (niveau de 2010) contre 1 % environ en 2018.
53 mesures de politiques publiques couvrant les 6 piliers de la compétitivité hors prix
►Cadre réglementaire et incitatif : 13 mesures visant l'amélioration du climat des affaires
via la digitalisation des procédures et le renforcement des incitations fiscales et financières, qui incluent le dégrèvement des bénéfices réinvestis, la suspension de la TVA et la déduction des droits de douane sur les équipements importés, le Plan Dinar pour redresser la monnaie nationale, l'assouplissement de la réglementation de change...
► Infrastructure : 11 mesures pour améliorer l'infrastructure tunisienne à travers le développement des pôles de compétitivité et de l'infrastructure portuaire.
►Financement : 8 mesures dont la mise en place d'une ligne de crédit PME de 1 000 Millions de Dinars par an sur 5 ans, bonifiée de 3 points et accompagnée d'un programme de coaching des PME par les banques.
►Emploi et formation : 3 mesures pour assurer l'adéquation entre l'offre et la demande au niveau du marché de l'emploi dont la révision du mode de gouvernance des centres de formation professionnelle dans l'optique d'une gestion en PPP et le développement dans les institutions universitaires des Centres (4 C et Elife) destinés à apporter les formations complémentaires nécessaires à leur adaptation.
►Développement technologique, innovation et promotion internationale : 12 mesures pour mettre les Technopôles au centre d'une politique technologique ambitieuse.
►Un nouveau Pacte Social pour une prospérité partagée : 6 mesures pour garantir un meilleur climat social, assurer la sécurité et la santé au travail et promouvoir la Responsabilité Sociale de l'Entreprise (RSE).
34 Engagements à mettre en œuvre par les partenaires sociaux dont notamment :
►Contribuer à la réalisation des objectifs 2025 assignés au Pacte global et aux 20 pactes sectoriels.
►Porter la part des investissements privés à 30 Milliards de Dinars soit 2/3 des investissements totaux contre 9 milliards de dinars en 2018
►Contribuer à la formation continue en partenariat avec les centres de formation et l'Etat et accompagner le processus de mise à jour des plans de formation.
►Contribuer à la campagne internationale de promotion de la Tunisie industrielle et technologique et, en particulier, à l'attraction d'un investisseur stratégique par an.
►Réaliser un grand projet à forte employabilité, dans chacune des régions intérieures et augmenter la part des investissements dans les régions de l'intérieur à 50%
►Promouvoir le dialogue social dans l'optique de garantir un meilleur climat social, diffuser auprès des entreprises des procédures claires et auditables de lutte contre l'évasion fiscale, la corruption et s'inscrivant dans le cadre de la RSE.
Enfin, le CAE a présenté les conditions de réussite et de mise en œuvre de ces pactes sur une base participative impliquant l'ensemble des partenaires sociaux.


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