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Lettre de mon confinement: l'enfer du prix des médicaments
Publié dans Leaders le 30 - 04 - 2020

Confinement oblige, nos lectures deviennent très denses et fort diversifiées. Au cours de cette semaine trois informations ont retenu mon attention:
Le futur vaccin
L'institut Jenner de l'Université d'Oxford vient de faire part d'importantes avancées en matière de vaccin contre le Covid-19(1). Cet institut n'est pas un établissement commercial, mais il dispose d'un réseau de fabricants en Europe et en Asie. A la date du 28 Avril c'est ce vaccin qui a pris la tête d'une course qui compte 70 candidats soutenus par des firmes disposant de moyens gigantesques (Pfizer, Johnson and Johnson, Sanofi, GSK et tant d'autres aussi puissants les uns que les autres). L'avantage de cet institut réside dans son activité ancienne sur les vaccins mais aussi dans la recherche d'un vaccin pour l'Arabie Saoudite, victime du MERS. Cet autre Corona, transmis par les dromadaires a occasionné une épidémie, notamment au Moyen Orient, entre 2012 et 2014. Ce qui est remarquable, c'est la déclaration, au New York Times, des responsables de l'institut concernant les offres reçues des grands Laboratoires qui exigeaient en contrepartie, l'exclusivité de l'exploitation de ce vaccin: «I personally don't believe that in a time of pandemic there should be exclusive licenses» et «Nobody is going to make a lot of money of this». («Personnellement, je ne crois pas qu'en période de pandémie, il devrait y avoir des licences exclusives». «Personne ne va faire beaucoup d'argent avec ça»). L'Institut Jenner pense que son vaccin sera disponible en Septembre 2020. Les fonds publics, notamment Britanniques et Hollandais vont permettre à ce projet d'avancer sereinement. Il faut espérer que l'état d'esprit de ces chercheurs persiste afin que la communauté internationale puisse en bénéficier. En effet le marché du futur vaccin est énorme et se chiffrera certainement en milliards de $US. Cet élément peut modifier la donne en raison des pressions politiques et économiques qui peuvent s'exercer sur l'Institut.
Le prix des autres médicaments
Le second évènement de ces lectures «confinementales» provient d'une publication parue ces jours-ci sur le «Journal of Virus Eradication 2020»(2). Les auteurs sont Andrew Hill, Junzheng Wang, Jacob Levi, Katie Heath et Joseph Fortunak. Ils exercent dans deux institutions anglaises, une institution américaine et une australienne. Leur étude a porté sur une estimation du coût de fabrication des médicaments proposés pour la présente pandémie et leurs prix de vente actuels dans de nombreux pays. Les chiffres avancés sont très surprenants et certains sont ahurissants. C'est ainsi que 10 jours de traitement au Remdesivir des laboratoires Gilead (antiviral dont les effets sur le Covid-19 sont remis en cause) sont estimés aux environ de 10 $US alors que les discussions actuelles pour ce produit sont de l'ordre de la centaine de $US par traitement, voire même beaucoup plus. Quant au Lopinavir/Ritonavir (Kaletra / anti-VIH en cours d'essai contre le Covid-19) des laboratoires Abbvie, il est vendu à 503 $US pour 14 jours de traitement. Le même produit est acheté à 9 $US par le Global Fund et à 15 $US par l'Afrique du Sud. Cette étude a montré que le prix de revient estimé de ces 14 jours de traitement se situe à 4 $US.
L'autre exemple concerne un médicament assez ancien, l'Azythromycine dont le traitement est vendu à 63 $US aux USA, à 5 $US en Inde (même qualité) et que le prix de revient estimé du traitement se situe à 1,4 $US seulement. Le coût estimé du Tocilizumab (le candidat le plus sérieux contre l'orage des cytokines dû au Covid-19), vendu à près de 800€ actuellement, n'a pu être réalisé faute de données crédibles. Les exemples sont multiples et les différences frappantes.
Pour comprendre ces différences, il faut savoir que le médicament échappe aux règles économiques de base. Il n'y a aucun lien entre son prix de vente et ses coûts de fabrication en y ajoutant les coûts de la recherche, de la promotion et même en doublant le tout par le bénéfice. Dans le plus simple des cas c'est le coût du traitement actuel auquel on ajoute une part liée à l'amélioration du service médical rendu et cela même si son prix de revient est inférieur à ses similaires. De manière plus générale, on calcule combien sont capables de payer les pays les plus riches (qui représentent plus de 70% du marché) en se basant sur les années de vie en bonne santé gagnées. Bien sûr, tout cela sur la base des salaires de ces populations et du niveau des prestations sociales et sanitaires du pays, puis on propose ces prix à l'échelle internationale. Ceci explique les prix exorbitants que l'on constate aujourd'hui. A titre d'exemple le prix du dernier médicament agréé par la FDA américaine, le Zolgensma (qui n'a rien à voir avec le Covid-19) est de 2,1 millions de $US l'unité !!!
Les brevets créateurs de monopoles
Tout ce dispositif est renforcé par un système de monopole constitué par les brevets. Ce système donne un droit d'exclusivité universel et permet d'entretenir pendant de longues périodes des prix détachés de la réalité économique et commerciale. C'est à ce niveau que je situe mon troisième évènement à savoir la distribution d'un dividende d'environ 4 milliards d'€ par Sanofi à ses actionnaires qui a provoqué un tollé général en France(3). Il y a lieu de signaler que, sur le plan international, elle n'est pas la seule dans ce cas ni celle qui distribue le plus. C'est la logique du système qui impose cette démarche.
Pour illustrer ces éléments, rappelons qu'en 1996, des médicaments contre le sida ont été commercialisés aux Etats-Unis au prix de 10 000€ par an. Ces traitements, en raison de leurs coûts étaient inaccessibles notamment aux africains qui étaient indirectement condamnés à mort... De plus 39 firmes multinationales ont fait un procès à l'Afrique du Sud pour l'empêcher d'utiliser des génériques à prix abordables mais qui transgressent les brevets (procès de Pretoria). Il a fallu des millions de morts et l'émoi de la communauté internationale pour les empêcher de poursuivre leur action et permettre aux africains d'acquérir ces médicaments à des prix abordables.
Proposition
Il est temps, devant l'ampleur de la pandémie et en raison des dégâts humains sanitaires, sociaux et économique, d'assurer l'accès universel aux médicaments du Covid-19 (préventifs, curatifs et symptomatiques) par l'abandon du système des brevets sur ces produits. Aucun brevet ne peut être délivré pour ces produits qui devront être commercialisés au prix coutant additionné d'un bénéfice raisonnable. Ces prix seront fixés par des experts, y compris ceux représentant les pays en développement. Aucun monopole de production ne devrait être octroyé et un partage des connaissances, pour la fabrication de ces produits, pourrait être assuré par l'OMS ou un organisme onusien similaire (OMPI, ONUDI…). C'est une réponse à minima face à ce fléau qui a paralysé le monde d'une manière jamais égalée dans l'histoire de l'humanité
Conclusion
La leçon majeure de cette pandémie consiste à prioriser les intérêts de la santé publique sur toute autre considération. Il est fondamental de déplacer le curseur, vers cet objectif en matière de prise en charge des pathologies aigues ou chroniques. La course folle vers les prix les plus élevés fera des victimes et j'ose espérer que ces victimes ne seront pas humaines. Je terminerai cette citations du Dr Paul Farmer(4) : «Plus le médicament est efficace, plus grande est l'injustice commise contre ceux qui n'y ont pas accès».
Pr Amor Toumi
Actuellement Président de la Société des Sciences Pharmaceutiques de Tunisie
et membre correspondant de l'Académie Française de Pharmacie
1- Biospace.com du 28 Avril 2020
2- Minimum costs to manufacture new treatments for COVID-19 Andrew Hill, Junzheng Wang, Jacob Levi, Katie Heath, Joseph Fortunak. Journal of Virus Eradication 2020; 6 :1-9
3- Le Figaro du 27 Avril 2020.
4- Dr Paul Farmer est un médecin anthropologue américain.


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