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Ramadan: morceaux choisis
Publié dans Le Temps le 02 - 07 - 2017

Jusqu'à la fête de l'Aïd qui marque la fin du ramadan, le pays a été rythmé par les exigences du jeûne. Retour sur un mois pas comme les autres.
Le ramadan, c'est un tempo. Une façon de vivre. Une façon de se couler dans un quotidien rythmé par le jeûne et sa rupture. La vie s'habille différemment. Quand la foi influe le quotidien, le malaxe, le modifie. Le plie à sa volonté. Et modifie tous les aspects de la vie. Comme si on la regardait avec une autre lumière. Au fil des vingt-neuf jours de ce mois sacré pour les musulmans, voici quelques instantanés d'une Tunisie entre farniente, quotidien et multiples visages de l'islam.
J - 1. Rush à Carrefour
Vendredi, Carrefour de La Soukhra (banlieue nord de Tunis). L'hyper vedette de la capitale et de ses environs. Des frigidaires au Coran, de la charcuterie aux volailles, des packs de croissants au saumon fumé en promotion, on trouve de tout. Presque. Le rayon alcool est déjà fermé. Les retardataires se cognent le nez au store métallique baissé. La vente de bières, vins et autres spiritueux est désormais interdite. Dans quelques heures débutera le ramadan. C'est une cohue, un embouteillage de Caddie, entre le rayon pâtes et les étals dévolus aux gâteaux secs. Alors, on stationne, on piétonne. On dirait un bus de la Transtu (la RATP nationale) aux heures de pointe. Aux caisses, patience exigée. Les caissières, chemisiers blancs siglés « Carrouf' », scannent, scannent. Ça sera bombance pour certains. Pour d'autres, pouvoir d'achat en berne (l'inflation atteint les 5 % sur les douze derniers mois), on se contentera du panier de base d'un ramadan sans ostentation. L'INC (Institut national de la consommation) enverra une triade de textos pour mettre en garde contre le gaspillage alimentaire. « 900 000 pains sont jetés chaque jour », dira le premier d'entre eux, le 28 mai. Trois jours plus tard : « 42 Kilos de pain par famille et par an sont jetés en Tunisie. » Une semaine et « 400 millions de dinars par an pour la subvention de la farine de pain ». L'INC s'arrêtera là pour sa campagne anti-gaspi.
Seize heures de jeûne par jour,
Samedi matin. Premier jour du mois saint. Spectacle lunaire en plein jour. Dans une région où la culture des cafés est très prisée, tous sont fermés, rues parsemées dès 16 heures. La séance unique a été instaurée dans les administrations. On commence un peu plus tôt, on finit beaucoup plus tôt. Le soleil darde. Le jeûne est un marathon contre soi-même, un peu plus de seize heures par jour. Pour certains, le plus difficile n'est pas le manque d'eau ni de nourriture. « C'est le tabac », lâche un trentenaire, employé chez un loueur de voitures. Il feuillette machinalement son coran. Il attend sa première bouffée de nicotine. Encore cinq heures...
Les multiples visages de l'iftar
La première semaine du ramadan est très suivie. On reste en famille, on se délecte des feuilletons diffusés pour l'occasion. L'Iftar se décline : en famille, entre amis. Il est aussi social. On s'échange des invitations. Les gestes politiques sont également présents. Le président de la République et son ministre de la Défense vont à la caserne de Bouchoucha (Bardo) pour rompre le jeûne avec la troupe. C'est une marque de respect. Les plus croyants se rendent à la mosquée vers 21 h 30 et jusqu'à 23 heures pour poursuivre la lecture du Coran quand les autres envahissent les terrasses des cafés. Chicha et directs, conversations et digestion. Le lendemain matin, le réveil sera difficile.
Mise à l'index
Une cigarette dans la voiture. Il est 7 heures. Un homme à moto s'énerve. Pointe du doigt le fumeur, à l'abri dans l'intimité de son véhicule. Et repart. Le motard a une plaque française. Qu'il reprenne son intolérance sous le bras, sous son casque et reparte avec. On observe chez certains, vivant en Europe, un zèle pénible à étaler sa foi. Ainsi de quelques Marseillaises qui arborent fièrement leurs burkinis sur une plage de Hergla. À côté de Tunisiennes en bikini.
Casse-tête médical
Un généraliste explique à une patiente diabétique qu'il ne faut pas jeûner, qu'elle met sa vie en danger. Il mêle arguments médicaux et pédagogie du Coran. La soixantaine, bourgeoisie moyenne supérieure, la femme n'en démord pas. Elle doit le faire. Après son plaidoyer, la zélote part, peu convaincue. Le Dr Tahar dit : « Elle fait le ramadan pour montrer aux autres qu'elle le fait, ce qui est le contraire du mois de ramadan. » Le panurgisme social l'emporte sur le sens profond du mois de jeûne.
L'onomatopée des non-jeûneurs
Ah, le fameux « bip-bip » du micro-ondes ! Bruit qu'on ne peut masquer dans l'après-midi. Un grand classique qui trahit chaque année les non-jeûneurs. La liste des excuses : « pour les enfants, pour mes parents malades... ». Officieusement, on dit que plus de 5 millions de Tunisiens (sur 11 millions) ne font pas le ramadan : les enfants, les personnes âgées, les diabétiques (1,7 million, 15 % de la population). Ce qui fait un équilibre parfait entre les jeûneurs et les non-jeûneurs.
Une Celtia les pieds dans l'eau
Un restaurant, pas loin de la mer. Isolé des regards. On peut y siroter des bières en mangeant un poisson du jour. Qu'on soit tunisien ou non, ce qui est assez rare. D'habitude, l'apparence pousse l'étranger (l'Européen) à commander quatre bières pour lui. Puis à les répartir avec ses amis tunisiens. Au cœur de Tunis, comme chaque année, on a recouvert de journaux les devantures vitrées des cafés ouverts. Le tourisme reprenant ses droits économiques, certains lieux sont ouverts. Mais à l'intérieur. On ne consomme pas en terrasse. À quelques pas de la statue d'Ibn Khaldoun, personne ne flâne. Ce n'est pas la période.
Police des mœurs à Bizerte
Enervement. Quatre hommes sont arrêtés à Bizerte. Ils ont mangé dans un jardin public. Au motif de « l'atteinte à la pudeur », on leur colle un mois de prison. On s'émeut, un peu. On tente de discréditer les accusés, un peu. On esquive, beaucoup. « On est dans le déni », s'énerve un jeune. Si le parti islamiste Ennahdha estime publiquement qu'on ne peut pas contraindre par la loi, par la force, on attend ses adversaires sur ce terrain mouvant. Les « progressistes », hormis les libéraux d'Afek Tounes, ne mouftent pas. « Pas le moment », grogne un membre de Nidaa Tounes. L'antienne selon laquelle « le Tunisien n'est pas prêt » perdure.
Un déjeuner cher comme le Ritz
13e jour du ramadan. Au Plazza, temple kitsch de La Marsa. À 13 h 15, trois serveurs affichent leur fatigue. La cuisine est fermée. Il restera une salade réfrigérée, un quintette de crevettes passées au micro-ondes et 10 débris de fromages : 77 dinars... On paye le pouvoir de déjeuner librement en regardant la mer par-dessus les toits de Marsa Cube. Plaisir chèrement facturé.
Une Kia rapide comme un bolide
Presque 19 heures. Trente-sept minutes avant la rupture du jeûne. Sur les routes, de paisibles KIA se transforment en Formule 1. On presse l'accélérateur pour rentrer pour l'iftar. Les louages, ces taxis collectifs très peu chers, les matatus tunisiens, zigzaguent entre les voitures. Plus que d'habitude. Les voitures sont comme catapultées vers leur cible : la maison. Trente minutes plus tard, les routes sont manucurées. Mis à part des patrouilles de police, on pourrait dormir à même l'asphalte. Se promener dans les ruelles de Sidi Bou Saïd est un émerveillement. Comme si on était le premier humain à fouler les pavés inégaux du village aux murs blancs et aux portes bleues.
Au restaurant
19 h 30 et des poussières. À La Goulette, gargotes et restaurants proposent un repas spécial. Une tendance qui s'affirme depuis une poignée d'années. On rompt le jeûne à l'extérieur. Dès 18 h 30, on dresse tables, on dispose couverts et nappes en papier. Un nouveau marché qui prend de l'ampleur. La société évolue, l'offre également. Dans une heure, toutes les tablées seront garnies. De plats et de clients.
Avec l'Aïd, la politique reprend ses droits
Aïd el-Fitr. Fin du mois de jeûne. Les fonctionnaires et agents affiliés à l'Etat bénéficient d'un congé de trois jours. Les mois d'été se profilent. La productivité du secteur public n'est pas à son meilleur. Béji Caïd Essebsi se rend dans une mosquée de Carthage accompagné du chef du gouvernement et du président de l'Assemblée des représentants du peuple. Il évoque la crise dans les pays du Golfe. La touche pause avait été enclenchée depuis vingt-neuf jours. Désormais, la vie politique va reprendre ses droits. Ainsi que ses polémiques. Le rythme de la vie redevient plus alerte. Fin d'une période particulière. Rendez-vous en 2018.


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