Un plaisir fou, une découverte nous attendait , lors du récital présenté par Anouar Brahem qui a offert samedi soir au public la première tunisienne de son nouvel opus "Blue Maqams", une oeuvre entre envolées jazz et placidité du luth. Après sept ans d'absence à Hamammet, le maître du Oud, Anouar Brahem, a gratifié son public par un concert inédit. Avec un quartette de musiciens, il interprétera les pièces essentielles de cette oeuvre dans laquelle il tente de concilier l'esprit du maqam arabe avec la note bleue qui représente la pureté du jazz. Soutenu par ses musiciens, Dave Holland( contrebasse) Nasheet Waits (batterie) et Django Bates (piano) Braham a interprété à merveille plusieurs morceaux tirés de son répertoire musical . De la pureté! Ses airs furent un magnifique bouquet floral musical. Une grande complicité se sentait, se palpait entre Anouar et ses musiciens. L'espace de quelques heures, ils nous ont téléporté dans un merveilleux monde ancestral musical. Le public a pu ainsi savourer le spectacle de ce grand artiste qui s'est donné avec son luth corps et âme pour enchanter l'assistance par des morceaux fabuleux et très expressifs. Sous des salves d'applaudissements du public, ce concertiste a interprété merveilleusement ces blue maquams. Il devrait poursuivre le travail entamé dès le début des années 1990 avec son visionnaire "Barzakh" qui sera suivi par de nombreuses créations qui feront du musicien tunisien l'un des théoriciens d'un jazz à la croisée des mondes et des sensibilités musicales. De fait, les oeuvres de Brahem sont une plongée dans l'intertextualité de la musique c'est à dire dans cette zone ouverte où se tissent les conjonctions les plus surprenantes. Classique, jazz et musique orientale s'épousent en des noces où le public convié, s'aventure hors de la tonalité pour plonger dans les espaces ouverts d'un jazz qui laboure sa propre histoire avec audace et fidélité, recréant constamment les recommencements jusqu'à en faire des jours neufs.La suite ne fit que nous ravir. Les sonorités du luth, mêlées aux sons du piano et du contrebasse , ont restitué l'ambiance paisible propre à la musique savante qu'est le genre maquam, au grand bonheur d'une assistance conquise par le professionnalisme des musiciens et la brillante prestation du grand maître Anouar Brahem.Les morceaux se succédèrent et les mélodies ne purent que marquer et attirer fortement l'attention du spectateur. C'était extraordinaire, il y avait de l'énergie à en revendre, du partage, de la chaleur, soit tout ce qu'il faut pour un spectacle extraordinaire. . L'artiste a pu développer rapidement une complicité avec son public. Il était le centre de gravité, visuel et musical.L e luth d'Anouar Brahem transforme d'un outil de transmission de maqams arabes à un instrument vivant, libre et omnipotent. Les sonorités s'entremêlent et coexistent simultanément. Lorsqu'on le voit penché sur son oud , il caresse les cordes avec aisance comme un prolongement de son propre corps.C'était une belle soirée, se réjouit l'artiste, avec un très beau théâtre et un public attentif, curieux, ce qu'il y a de mieux en somme. Une belle soirée de clôture jazzy pour un festival prometteur.