* M. Ibrahim Halabi, vice-président du mouvement populaire * M, Tony Nassrallah responsable du service d'information au sein su parti national libéral du général Michel Aoun * Maître Zied Baoud, avocat à la cour et chargé de cours à l'université Saint Joseph Ce n'est pas une première que le Liban passe par une crise « présidentielle ». Depuis exactement le 21 septembre 1943, date de l'élection de Bishara Al Khoury, le Liban est passé par trois crises au niveau de la présidence. Néanmoins et à la démission de ce dernier le 18 septembre 1952, un autre maronite, Fouad Chihab, chef de l'armée, a occupé le poste en tant que président d'un gouvernement transitoire. La deuxième crise présidentielle date de la fin du mandat d'Amine Gemaïel. Seulement, le général Michel Aoun, maronite, l'a tout de suite succédé afin de présider encore une fois un gouvernement transitoire. Ainsi le fait qu'un président quitte son poste sans qu'un autre ne soit immédiatement élu à sa place n'est pas une première au Liban. Il s'agit de la troisième crise... Néanmoins, les élections ont déjà été reportés 6 fois jusqu'à hier, date de la réunion parlementaire afin d'élire enfin un président. Avant-même que la réunion n'entame ses travaux, on commençait déjà à parler d'un septième report des élections qui a été confirmé par la suite. Pour avoir des éclaircissements sur une situation déjà confuse, nous avons contacté M. Ibrahim Halabi, vice-président du mouvement populaire, M, Tony Nassrallah responsable du service d'information au sein su parti national libéral du général Michel Aoun et Maître Zied Baoud, avocat à la cour et chargé de cours à l'université Saint Joseph à Beyrouth.
M. Ibrahim Halabi « Il faut traiter avec les conditions de l'opposition » Le Temps : On entend déjà dire que les élections vont être encore reportées, est-ce vrai ?
M. Ibrahim Halabi : Les parlementaires sont en train de se rassembler en ce moment dans ce but, mais le plus probable est que l'élection sera reportée encore une fois après la réunion entre Al Hariri et le parlement.
Quelles en sont les raisons ? Il est fort probable qu'on n'arrive pas à une entente. Le choix sur le futur président est presque fixé et on estime qu'une autre séance parlementaire aura lieu la semaine prochaine pour le proclamer. Néanmoins, il reste toujours le problème du chef du gouvernement. Saâd Al Hariri est susceptible de le devenir, seulement il faut traiter avec les conditions posées par l'opposition afin de concrétiser cela.
Et quelles sont les conditions posées par l'opposition ? Elle exige une part dans le gouvernement spécialement dans la répartition des cellules sécuritaires : 55% pour les partis pro-gouvernementaux et 45% pour l'opposition. Ses conditions touchent aussi les réalités ministérielles et gouvernementales, la caisse de l'Etat, la justice, le ministère de l'Intérieur et celui des Affaires étrangères. L'opposition n'acceptera pas que cela reste exclusivement sous La tutelle de la majorité, mais veut aussi en avoir une partie.
Vous avez signalé que le nom du président est déjà fixé, de qui s'agit-il ? Il s'agit du général Michel Suleimane, cela reste lié au fait de trouver un terrain d'entente et bien sûr il faudra se mettre d'accord sur la constitution d'un nouveau gouvernement.
Est-il fort possible alors que la crise se prolonge encore ? On espère que la crise prendra fin la semaine prochaine. Il est d'ailleurs fort probable qu'on arrive enfin à tout fixer à cette date.
M. Tony Nassrallah « C'est à la majorité de faire des concessions » Le Temps : L'opposition pose des conditions pour adhérer à l'élection d'un président, lesquelles ? M. Tony Nassrallah :Il ne s'agit pas de conditions, mais de demandes afin d'établir un équilibre. L'opposition a été marginalisée durant les deux dernières années et on n'accepte plus que cela dure encore plus. On exige d'établir une feuille de route afin que le pouvoir soit établi selon des normes constitutionnelles et en vertu de chartes et de conventions. Nous demandons de jouir de 45% de places au conseil ministériel afin de participer réellement à la vie politique.
Cette exigence est-elle un droit constitutionnel ? Non, mais vu les élections de 2005 et l'état actuel au Liban, nous le demandons ! Il paraît que le prochain président a déjà été choisi et que vous êtes d'accord, qu'en-est-il de votre candidat le général Michel Aoun ? Il s'agit d'un « semblant d'accord », en attendant la modification constitutionnelle.
Il paraît aussi que Saâd Al Hariri sera choisi comme chef du gouvernement, quelle est votre position ? On n'a pas accepté et l'on n'acceptera pas qu'il le soit. Le fait que le général Aoun qui jouit d'une grande popularité ait accepté de céder sa candidature devrait être pris en considération pour que Saâd Al Hariri ne soit pas désigné chef de gouvernement. Sinon on sera devant une problématique : Al Hariri ou personne d'autre !
N'êtes-vous pas prêts à faire des concessions afin de résoudre la crise au Liban ? Nous avons déjà fait toutes les concessions possibles, maintenant c'est à l'autre camp d'en faire. Le problème à traiter maintenant est celui de la constitution d'un conseil ministériel et sa répartition.
Cela ne risque-t-il pas de prolonger la crise aux dépens des intérêts du Liban ? Dans ce cas, ce n'est plus l'opposition qui refuse de résoudre le problème, mais c'est l'autre partie qui ne veut pas de solution...
Maître Zied Baoud « Le conflit politique dépasse la constitution » Le Temps : Ce n'est pas une première que le Liban connaît une crise présidentielle, mais il s'agit là de plusieurs reports pour les élections. Cette crise ne touche-t-elle pas la constitution libanaise ?
Maître Zied Baoud : Ce conflit politique dépasse la constitution, mais néanmoins la modifie. L'article 49 stipule que le chef de l'armée ne peut pas être élu président. L'amendement qui vise alors à élire un général entraîne forcément la modification de la constitution. Néanmoins, tant que la personne élue jouit de l'unanimité de tous les partis, cela peut se faire.
Cela n'est-il pas nuisible, surtout en permettant à une personne de l'armée d'accéder au pouvoir ? L'armée ne risque-t-elle pas ainsi de perdre sa neutralité ? Il est vrai que l'amendement qui est au profit d'une personne est à éviter, mais entre cette solution et le chaos de l'état actuel au Liban, ce choix s'impose.
Cette solution semble alors être une solution dans l'immédiat et à court terme, qu'en est-il du déroulement des choses et des conséquences de cette modification constitutionnelle sur le long terme ? Je ne pense pas que cela soit si dangereux. On est devant une problématique : ou bien c'est le chaos, ou bien l'élection. Je vois mal comment l'armée jouera un rôle nuisible.
Tant que la constitution est modifiée, cela ne constitue pas un risque à ce que l'accès d'un militaire au pouvoir devienne une habitude ? J'espère que cette solution n'est que transitoire. Le président aura à suivre un consensus ; celui du tribunal international de sécurité pour le Liban et l'article 1701 du conseil de sécurité. S'il peut aller dans le sens du processus, ça sera bien, mais basculer dans le régime militaire n'est pas souhaitable.