The liveblog has ended. No liveblog updates yet. En Allemagne, la question n'est plus théorique : une femme musulmane qui souhaite devenir juge ou procureure tout en gardant son voile se heurte désormais à un mur juridique de plus en plus solide. Un récent jugement rendu dans le Land de Hesse a confirmé qu'une candidate refusant de retirer son hijab pendant les audiences ne peut pas accéder à la magistrature. Une décision qui s'inscrit dans une ligne déjà tracée par la Cour constitutionnelle fédérale et qui relance le débat explosif entre neutralité de l'Etat et liberté religieuse. En décembre 2025, le tribunal administratif de Darmstadt, dans le Land de Hesse, a rejeté le recours d'une juriste musulmane qui souhaitait intégrer la carrière de juge ou de procureure tout en conservant son hijab pendant les audiences. Les juges ont estimé que le ministère de la Justice pouvait légitimement exiger l'absence de symboles religieux visibles lorsque la magistrate représente l'Etat en public. À leurs yeux, le voile islamique porté sur le banc de la cour porte atteinte au principe de neutralité de la justice, présenté comme un fondement de la confiance des citoyens dans les tribunaux. Cette décision ne vise pas la vie privée de la candidate, ni son droit général à porter le hijab dans l'espace public, mais bien l'exercice de fonctions judiciaires en audience. Concrètement, le message envoyé est clair : en Allemagne, devenir juge ou procureure tout en restant voilée au tribunal est, dans les faits, impossible. Cette affaire s'inscrit dans le prolongement direct d'un arrêt majeur de la Cour constitutionnelle fédérale rendu en 2020. Saisie par une jeune juriste en formation dans le Land de Hesse, la plus haute juridiction du pays avait déjà jugé conforme à la Constitution l'interdiction faite aux stagiaires de justice de porter le voile lorsqu'ils accomplissent des tâches où ils "représentent publiquement l'Etat" : présider une audience, siéger au banc avec les juges, conduire certains actes procéduraux, etc. La Cour avait reconnu que cette interdiction portait atteinte à la liberté religieuse, protégée par la Loi fondamentale, mais avait estimé que cette atteinte pouvait être justifiée par plusieurs impératifs : neutralité idéologique et religieuse de l'Etat, bon fonctionnement de la justice et protection de la "liberté de ne pas être confronté à des symboles religieux" de la part des justiciables. En résumé, la neutralité apparente de la justice a été jugée plus importante que le droit de la stagiaire à manifester sa foi par le port du hijab dans ces fonctions particulières. Il n'existe pas en Allemagne de loi fédérale unique interdisant le voile à tous les fonctionnaires. Chaque Land fixe ses propres règles, notamment dans les secteurs sensibles : police, justice, école. Pour la magistrature, certains Länder ont choisi une ligne particulièrement restrictive. En Bavière et en Basse-Saxe, par exemple, les textes prévoient explicitement que juges et procureurs ne peuvent pas porter de symboles religieux ou politiques visibles dans la salle d'audience. Dans une affaire très commentée, une juge non professionnelle (assesseure) portant le hijab s'est vu déclarer "inapte" à siéger avec son voile, au nom de la loi sur la neutralité judiciaire. À l'inverse, d'autres Länder se montrent moins stricts dans certains secteurs comme l'enseignement, surtout après des décisions de justice qui ont invalidé des interdictions générales jugées discriminatoires à l'égard des enseignantes musulmanes voilées. Mais s'agissant des juges, la tendance dominante reste très restrictive. Sur le plan juridique, le cœur du débat oppose deux principes fondamentaux : la liberté religieuse des individus, y compris des musulmanes pratiquantes, et la neutralité de l'Etat. La Cour constitutionnelle allemande, mais aussi la Cour de justice de l'Union européenne dans plusieurs arrêts récents, ont admis qu'un employeur public – ou même privé – peut imposer, sous conditions, un code vestimentaire "neutre" excluant tous les signes religieux visibles. Pour être conforme au droit, cette politique doit répondre à un "besoin réel", comme la protection de la neutralité du service ou la prévention de tensions sociales. Dans le cas de la justice, les autorités allemandes invoquent la nécessité d'une impartialité non seulement réelle, mais aussi visible. Le simple fait de voir un symbole religieux sur le banc des juges serait, selon elles, susceptible d'ébranler la confiance de certaines parties dans la neutralité du tribunal. Les opposants à cette vision font valoir au contraire que la neutralité de l'Etat se mesure aux décisions rendues et aux garanties de procédure, pas à la disparition de toute diversité visible parmi les magistrats. Associations de défense des droits fondamentaux, ONG et collectifs de juristes dénoncent une dérive qu'ils estiment discriminatoire. Pour eux, interdire à une femme musulmane voilée de devenir juge ou procureure revient, dans les faits, à fermer l'accès de la magistrature à une partie de la population, sur la base de la religion. Des organisations comme la Société pour les droits civiques (GFF) alertent déjà sur le risque d'une justice de plus en plus homogène, éloignée de la diversité réelle de la société allemande. Dans l'affaire de la juge assesseure voilée, la juridiction compétente avait explicitement estimé que le port du hijab rendait l'intéressée "inapte" à exercer sa fonction en audience, ce qui, pour les militants, illustre une assimilation problématique entre hijab et manque d'impartialité. Du point de vue des concernées, le dilemme est brutal : renoncer à un signe religieux qu'elles considèrent comme impératif, ou renoncer à une carrière dans la justice. Au-delà du cas allemand, ce débat concerne toute l'Europe. Dans plusieurs pays, les discussions sur le voile dans la fonction publique – enseignantes, policières, magistrates – se multiplient. Les hautes juridictions européennes laissent une large marge de manœuvre aux Etats pour définir leur propre modèle de neutralité, ce qui explique les différences parfois spectaculaires entre un pays et un autre. Pour les femmes musulmanes, y compris celles issues de la diaspora tunisienne, le message est contrasté. Oui, il est possible d'étudier le droit, de devenir avocate, d'occuper de nombreux postes qualifiés en Allemagne tout en portant le voile. Mais lorsqu'il s'agit de siéger en robe de magistrat, la porte se referme presque partout dès lors que le hijab est conservé en audience. Le cas de Darmstadt, combiné aux décisions antérieures de la Cour constitutionnelle, confirme une tendance lourde : en Allemagne, la justice place aujourd'hui la neutralité visuelle de ses représentants au-dessus de la liberté individuelle de manifester sa religion dans le prétoire. Cette hiérarchie des principes n'est pas figée dans le marbre. De futures plaintes pourraient remonter jusqu'aux juridictions européennes, et le débat politique interne n'est pas clos. Mais, en l'état, une candidate qui souhaite devenir juge en Allemagne sans retirer son voile pendant les audiences se heurtera, dans la majorité des Länder, à un refus assumé – et désormais solidement justifié au nom de la neutralité de l'Etat. 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