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Le pays au bord du précipice !
Publié dans Le Temps le 23 - 11 - 2020

p class="p1" style="text-align: justify; text-indent: 8.5px; font-variant-numeric: normal; font-variant-east-asian: normal; font-stretch: normal; font-size: 13px; line-height: normal; font-family: "Myriad Pro";"Le Temps - Raouf KHALSI p class="p2" style="text-align: justify; text-indent: 8.5px; font-variant-numeric: normal; font-variant-east-asian: normal; font-stretch: normal; font-size: 11px; line-height: normal; font-family: "Myriad Pro";"A peine fait-il une concession que le gouvernement Méchichi se retrouve à en découdre avec d'autres et, dans la plupart des cas, absolument coercitives. Le climat général dans le pays est à la morosité, cependant que la sinistrose n'en finit pas de refroidir les ardeurs. p class="p2" style="text-align: justify; text-indent: 8.5px; font-variant-numeric: normal; font-variant-east-asian: normal; font-stretch: normal; font-size: 11px; line-height: normal; font-family: "Myriad Pro";"La fièvre revendicative, généralement rituelle entre novembre et janvier revêt, cette année, une tournure inédite, prenant même à contre-pied la centrale syndicale elle-même. C'est l'escalade, tandis que le gouvernement en est réduit à devoir gérer l'ingérable, sans doute aussi parce que la politique de la main tendue qu'il adopte depuis son investiture, se retourne tout bonnement contre lui.
On ne saurait identifier avec précision la ou les mains invisibles cherchant à installer le chaos dans le pays. Alors même que, requinqué par les miettes récoltées à Doha, le Président de la république réunit Méchichi et Ghannouchi pour les soumettre à une obligation de résultat : le vote de la loi de finances, les rouages de l'Etat n'en paraissent pas moins dissolus et incapables de trouver une plateforme de collaboration consensuelle.
Continuité de l'Etat, dites-vous ?
Sans doute, par excès d'honnêteté intellectuelle, et pour raffermir la continuité de l'Etat, Hichem Méchichi a-t-il opté pour la solution la moins mauvaise pour solutionner cette affaire d'El Kamour et obtenir que la fameuse vanne fût rouverte. Sa démarche procédait d'un souci de « crédibilité » de l'Etat, prenant courageusement sur lui de réparer les dégâts causés par ceux qui l'ont précédé.
Sa démarche aura été inclusive, tendant à réactiver ce site important de production du pétrole, et mettant au point un plan général, un prototype même d'intégration des régions déshéritées et, pour tout dire, un plan de développement au cas par cas, dès lors que toute la littérature sur les grands projets est restée lettre morte et qu'aucune action concrète n'a vu le jour.
Or, on reproche aujourd'hui au Chef du gouvernement cette démarche qui, selon beaucoup d'analystes, exerce l'effet d'une boule de neige. Car, entretemps, les autres régions bougent. Si Méchichi a cru résoudre un problème au sein d'un gouvernorat névralgique comme celui de Tataouine, les 23 autres régions auront vite fait de remettre au goût du jour d'anciennes revendications tout en en inventant d'autres.
On reproche aussi à Méchichi d'avoir donné ce dont il ne dispose pas, compte tenu de l'assèchement des finances publiques et de la position rigide de Marouane Abassi quant au décaissement de ces 8 milliards de dinars-chiffre revu à la baisse par le gouvernement. Marouane Abassi, à la tête d'une institution indépendante et souveraine, demande que l'ARP lui consente l'autorisation de satisfaire aux doléances du gouvernement. L'ARP y consentira-t-elle, surtout que Qalb Tounes a d'ores et déjà annoncé ne pas voter pour la loi de finances, (en fait les deux, celle complémentaire et celle de 2021) ? Ceci explique, en partie, l'injonction faite par le Président à l'endroit de Méchichi, et surtout à l'endroit de Ghannouchi de se débrouiller pour que cette loi de finances passe. Et, si en plus, la cheffe du cabinet présidentiel affirme devant la commission de finances de l'ARP que 8 millions de dinars ont été alloués au budget de la présidence sans que celle-ci n'en ait fait la demande, c'est le projet de loi de finances tout entier qui s'en retrouve discrédité. Or, c'était prévu des temps mêmes du défunt Béji Caïd Essebsi : cette enveloppe est destinée à l'organisation du Sommet de la Francophonie et dont on ne sait pas vraiment s'il chatouille les ferveurs de Kaïs Saïed. De fait, on en aura encore pour un bout de temps avec ces turbulences entourant la loi de finances. Et tout retombe sur les épaules de Méchichi. C'est à lui de trouver l'alchimie miraculeuse, parce que tout, actuellement, concourt pour pousser le pays au bord du précipice.
Et la Grande muette ?
Du reste, ce côté biblique (il te gifle sur la joue gauche, tends-lui la joue droite), ce ne devrait pas être la vocation d'un Chef du gouvernement. En politique et, généralement, dans la gestion de l'Etat, Mère Theresa n'a pas sa place.
Hichem Méchichi gagnerait, en effet, à se faire une carapace, à ne pas plier face à la recrudescence des mouvements de protestations. Il serait plutôt inspiré de démêler l'écheveau en ce qui concerne le protocole d'employabilité des chômeurs diplômés du Supérieur et dont le chômage dure depuis dix ans. A noter au passage que cette loi a été concoctée par le Parlement. Mais c'est quand même une priorité. Il devrait aussi repenser le protocole de recrutement des employés municipaux (les éboueurs entre autres), parce que le protocole mis sur pied est quelque peu sélectif. Il devrait, par ailleurs, procéder à un passage en force en ce qui concerne le recrutement des médecins et du personnel paramédical, autrement que par le biais d'un contrat à durée déterminée (un CDD), comme si leur contribution n'était que conjoncturelle, le temps que durera le Covid-19.
Au milieu de ce tumulte, le chef du gouvernement donne l'impression de flotter, de ne savoir par où commencer, parce que les tirs nourris viennent de partout.
Aujourd'hui, le Syndicat des magistrats tunisiens a choisi l'escalade et prorogé la durée de la grève s'étant enclenchée depuis lundi dernier. Méchichi a bien tenu un Conseil à l'issue duquel il a été décidé de doter le corps de la magistrature d'un hôpital exclusif aux magistrats et à leurs familles. Il a été aussi décidé de renflouer les caisses de leur Mutuelle. Quelle réaction de la part des magistrats ? La prorogation de la grève, avec toutes les implications pour les justiciables, pour les détenus et pour les avocats eux-mêmes. La juge Lamia Mejri a adressé une lettre au Président dans laquelle elle lui demande de décréter la prise en charge sanitaire des magistrats par l'hôpital militaire. Rien de mal à tout cela. Mais bloquer tout l'appareil judiciaire, c'est briser l'élan conciliateur de l'Etat.
En fait, la situation des institutions a atteint un tel degré de pourrissement, un tel éventail de déperdition, d'émiettement et d'entorse aux décisions souveraines que, même l'Armée tunisienne, cette Grande muette, n'a pas été épargnée, elle la garante de l'intégrité territoriale et l'expression suprême de la souveraineté nationale.
Les révélations faites par le ministre de la Défense, Brahim Bartagi, devant la commission spécialisée de l'ARP, quant à la traîtrise et l'intelligence avec des terroristes et des contrebandiers d'un certain nombre de militaires donnent froid dans le dos. Bien entendu, il ne serait pas difficile d'imaginer que ces trahisons sont commanditées et que des groupuscules en tirent profit.
C'est maintenant, et pas demain, que Kaïs Saïed doit parler au peuple. Il incarne bien la souveraineté nationale et c'est donc à lui de descendre dans l'arène. Car il y a péril en la demeure.


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