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Cette main tendue
Dossier : Lutte contre la toxicomanie
Publié dans Le Temps le 19 - 05 - 2008

Une journée au centre des soins gratuits à Sfax. Une micro-société où les « patients » s'assument comme patients, où l'on essaie de leur faire comprendre qu'on a, tous, droit à une chance dans la vie, et surtout dans les moments de détresse...
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Docteur Elyès Bouaziz, directeur du Centre d'aide et d'Ecoute : l'emprise de la drogue est source de pas mal de dérives. Au lieu de condamner un toxicomane, tendons- lui la main. La toxicomanie est une maladie donc elle est guérissable.
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Professeur Abdelmajid ZAHAF : La Tunisie a acquis un rayonnement international dans la lutte contre la toxicomanie
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Docteur Mohamed Damak, psychiatre : On devient toxicomane malgré soi
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M. Salem Lajnef, membre de l'Association de Prévention de la toxicomanie : Nécessité d'adapter la législation
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Témoignages de deux résidents du Centre d'Aide et d'Ecoute :
Depuis le 26 octobre 2007, le Centre d'Aide et d'Ecoute, une première à l'échelle africaine, accueille des toxicomanes pour une cure gratuite de désintoxication. Le centre est ouvert à toute personne désireuse de suivre un traitement en la matière à titre gratuit que ce soit pour ce qui est de l'hébergement, de la restauration ou du traitement.
- Une journée au centre des soins gratuits à Sfax. Une micro-société où les « patients » s'assument comme patients, où l'on essaie de leur faire comprendre qu'on a, tous, droit à une chance dans la vie, et surtout dans les moments de détresse...
« La prise en charge est totale et sans la moindre contrepartie financière ou autre », assure le professeur Abdelmagid ZAHAF, fondateur et président de l'Association Tunisienne de Lutte contre les Maladies Sexuellement Transmissibles et le SIDA ainsi que de l'Association de Prévention de la Toxicomanie (ATUPRET), à laquelle est rattaché le Centre d'Aide et d'Ecoute.
Construite sur un terrain de 03 hectares, la bâtisse du centre est située dans une zone boisée, à savoir le Parc Urbain de Thyna, isolée donc calme à souhait. Outre, les locaux administratifs et d'accueil ainsi que l'espace de loisirs, elle comprend 20 chambres individuelles avec salles d'eau privées, pour l'hébergement des patients.
Les relations au sein du centre et la gestion de la vie de la communauté des résidents sont régies par un ensemble de règles constituant un code dont le respect, une fois librement consenti, entraîne l'engagement de tous les membres donc l'exposition à des sanctions collégialement décidées par l'ensemble du groupe.
Un Staff composé d'un médecin, d'un psychiatre, de deux psychologues, d'une sociologue et de deux assistantes médicales, assure l'écoute, les soins thérapeutiques et le suivi des patients.
L'action entreprise par les deux associations en matière de sensibilisation d'information et de prévention vaut à la Tunisie un grand rayonnement à l'échelle internationale.
Comment s'établit le contact entre les toxicomanes et le Centre d'aide et d'Ecoute de Sfax ( CAE )?
Il suffit de prendre directement contact ou d'adresser un parent, un ami ou un proche, au centre, ( voir coordonnées en encadré) pour être accueilli et avoir un entretien avec le staff qui donne lieu à une admission immédiate. Jusqu'à présent, l'admission des 45 patients s'est faite soit pour accéder à la demande de la personne concernée soit par l'intermédiaire de l'un de ses proches ou amis soit par le biais de structures sociales régionales ou des centres de défense, soit par des structures administratives ( la municipalité de Tunis, par exemple), soit par l'équipe de bénévoles dévouée à la cause du centre et qui mène des actions assidues de sensibilisation et d'information dans les milieux propices à la propagation du fléau de la toxicomanie : quartiers déshérités, prisons, écoles...D'anciens résidents ont à leur tour conseillé des proches ou amis de suivre une cure de désintoxication au centre.

Docteur Elyès Bouaziz, directeur du Centre d'aide et d'Ecoute :
l'emprise de la drogue est source de pas mal de dérives.
Au lieu de condamner un toxicomane, tendons- lui la main.
La toxicomanie est une maladie donc elle est guérissable.
Médecin généraliste ayant suivi une formation en matière de changement du comportement, le docteur Elyès Bouaziz, directeur du CAE, précise : « Concernant le traitement dispensé, nous utilisons un modèle thérapeutique novateur qui combine des méthodes de médecine et de psychologie conventionnelles avec des méthodes de soutien mutuel des toxicomanes ce qui donne un programme de deux à trois mois d'hospitalisation étalé sur quatre phases :
- La phase de sevrage, à caractère proprement médical.
- La phase de changement de comportement, la plus longue et la plus difficile au cours de laquelle le patient s'exerce à adopter d'autres méthodes et circuits de raisonnement.
- La phase d'intégration socioprofessionnelle qui comprend deux volets : des interventions auprès des familles pour rétablir les ponts avec le jeune, précédemment exclu de son milieu familial à cause de sa déchéance surtout morale et pour comprendre les origines de cette descente aux enfers. Des interventions aussi se font sur le plan de la formation professionnelle, de l'octroi de micro-crédits, de l'embauche etc...
- La phase de suivi après la sortie du centre, soit par le biais de visites à domicile soit par les contacts directs du jeune avec le centre. Le suivi peut être assuré également par la structure sociale chargée initialement du cas de l'ancien résident.
Ce que je tiens à préciser, c'est que personne n'est retenu contre sa propre volonté, sachant que la motivation personnelle du patient constitue le critère majeur de son admission. D'autre part, les portes sont grandes ouvertes aux demandeurs de soins à condition qu'ils se conforment strictement au règlement intérieur du centre.
Substances toxicomanogènes, en Tunisie
En général, il y a trois classes de substances toxicomanogènes :
- Les psycho inhibiteurs qui provoquent un ralentissement psychique , des lenteurs du mouvement etc...
- Les psycho stimulants qui entraînent une certaine excitation, voire une certaine agitation.
- Les psycho -dysleptiques qui sont hallucinogènes d'où leur extrême dangerosité.
En Tunisie, les substances toxicomanogènes sont différentes de celles consommées dans d'autres pays. La fréquence de leur consommation se présente comme suit dans un ordre décroissant :
- Les solvants volatiles, comme la colle ou les diluants : leur danger vient d'abord du fait qu'ils sont accessibles aux enfants et aux adolescents. Ils procurent une sensation intense et immédiate mais éphémère ( 1/ 4 d'heure environ ). Ce sont surtout des poisons dont les conséquences sont très rapides : j'ai eu à connaître d'un cas d'atteinte de paraplégie ( paralysie des deux membres inférieurs ), à l'âge de 22 ans, après deux ans seulement, de snif de colle. Ces produits entraînent, en effet, une dégénérescence irréversible du système nerveux. Malheureusement, tout en étant des « drogues », ils ne tombent pas sous le coup de la législation en matière de stupéfiants et leur vente n'est soumise, en conséquence, à aucune réglementation. C'est là une mesure sur laquelle le législateur devrait se pencher pour éviter que toute personne ( y compris les enfants en bas âge ) ne puisse se les procurer facilement, sans crainte de mesures répressives.
Pour toutes ces raisons, il n'est évidemment pas besoin d'insister sur les dommages sanitaires et sociaux liés à la consommation de tels produits.
- Le subutex : c'est à l'origine un médicament destiné à jouer le rôle de médicament de substitution à la dépendance à l'héroïne. L'interdiction de sa vente en Tunisie n'empêche pas son introduction frauduleuse dans notre pays où des réseaux de trafiquants en font l'écoulement à 02 ou 03 dinars le comprimé qui , une fois dissous dans de l'eau physiologique ou même dans de l'eau minérale, peut être injecté, en plusieurs doses en intraveineux.
- Le subutex entraîne une forte dépendance physique et psychologique et son sevrage est pénible. Outre la toxicomanie dépendance, sa toxicomanie fait sombrer l'individu dans une déchéance physique et morale désastreuse de conséquences sur les plans personnel, familial, professionnel et social. Il se transforme en loque humaine et peut même être tenté par le suicide. Nous venons dernièrement de mobiliser un moyen de transport pour ramener , de Tunis, deux malades qui sont dans un état lamentable : l'un d'eux, âgé de 24 ans, pesait 35 kg ! Il était squelettique, asthénique et souffrait d'obnubilation.
Toxicomanie et SIDA :un duo explosif
La consommation des drogues et l'infection par le SIDA sont intimement liées, en ce sens que la transmission du virus intervient à l'occasion de l'injection de drogues avec du matériel contaminé. En outre, il est reconnu que la consommation de certaines drogues peut induire des comportements sexuels à haut risque avec éventuellement pour conséquence la transmission du SIDA ( VIH ).
Cependant, s'il y a lieu de saluer les progrès enregistrés en Tunisie en matière de lutte contre le SIDA, il faut reconnaître que c'est le grand oubli, concernant les drogues. Je précise : depuis la découverte du 1er cas de SIDA, en Tunisie en 1985, outre la levée du tabou sur le sujet et des campagnes d'information et de sensibilisation, plusieurs actions ont été entreprises :
1987 : dépistage systématique lors du don de sang
1990 : création de l'Association Tunisienne de Lutte contre les Maladies Sexuellement Transmissibles et le SIDA ( ATL MST/SIDA).
2000 : prise en charge et trithérapie gratuites.
2007 : Dépistage anonyme gratuit et volontaire du SIDA
Par contre le fait de négliger la voie de transmission sanguine chez les usagers de drogues, par voie injectable risque fort de conduire à une relance non prévue du SIDA. A ce propos, l'autorisation ,souhaitée, aux ONG à procéder à la distribution de seringues à usage unique aux toxicomanes serait la bienvenue.
- Les psychotropes : les produits morphiques, l'artane, le tronxène, le parkisol, le temesta, le lorane etc...sont des médicaments prescrits pour les patients psychotopes. Le problème c'est que ces médicaments sont détournés de leur destination initiale. Or, ce sont des produits toximanogènes d'autant plus dangereux qu'ils sont faciles à se procurer. On remarque en effet une recrudescence des vols de pharmacies. Certaines personnes et particulièrement des jeunes disposent de carnets d'anciens psychotiques, parfois décédés et peuvent obtenir facilement le renouvellement régulier d'ordonnances au nom des titulaires des dits carnets, sachant que pour des considérations d'ordre humanitaire (cas de malades grabataires ), il serait difficile d'exiger leur présence dans les structures sanitaires.
D'autre part, malheureusement, certains médecins prescrivent ces médicaments sans consultation médicale.
- Les boissons alcoolisées : leur consommation est très répandue. Elle donne lieu à une dépendance physique et psychologique très importante, sachant que le sevrage d'un alcoolique est des plus graves et des plus sévères pour le patient lui-même.
- Les autres drogues : marijuana, cannabis, ecstasy, héroïne...Ce sont des drogues très rares en Tunisie. Mais attention ! la distinction entre drogues dites « douces » et drogues dites dures n'a aucune justification du point de vue médical. D'autre part la dénomination de « drogue douce », concernant le cannabis et la marijuana, faussement sécurisante, pourrait encourager la consommation par les jeunes alors qu'elle peut être source de dépendance et pire, créer le besoin de passer à d'autres drogues plus fortes et ayant des conséquences néfastes en raison du phénomène de tolérance ( accoutumance).
Par quoi s'explique cette hiérarchisation, en Tunisie, en matière de consommation de produits toxicomanogènes ? Elle est d'abord en rapport avec le prix, l'accessibilité et la faculté de dissimulation.
Pour une vigilance accrue aux frontières
Le meilleur moyen de lutter contre la diffusion du subutex et des autres médicaments psychotropes est un surcroît de vigilance que ce soit aux frontières ou à l'intérieur du territoire national en vue de démanteler les réseaux de trafiquants. Il est recommandé d'assurer des stages de formation à l'intention du personnel préposé aux frontières surtout en matière d'identification de ces médicaments d'autant plus faciles à introduire qu'ils sont facilement dissimulables.

Dépasser l'impression négative
Le danger des drogues vient essentiellement de leurs fausses promesses et de leur caractère perfide et sournois . Pour s'attaquer au problème de la toxicomanie, nous devons dépasser l'impression négative que nous laissent ceux qui s'injectent des drogues et accepter qu'une personne aux prises avec la toxicomanie n'a pas moins droit à des soins convenables. Cela demande de se rappeler que derrière chaque individu statistique se trouve une personne, qui peut être un fils, une fille, une soeur ou un frère. Donc, c'est à la société de tendre la main aux toxicomanes, des malades comme les autres, qui ont besoin de notre aide et qui peuvent être récupérables.

Professeur Abdelmajid ZAHAF : La Tunisie a acquis un rayonnement international dans la lutte contre la toxicomanie
Alors que dans de nombreux pays arabes et africains, on continue à se voiler la face et à faire l'autruche, en Tunisie, nous avons déjà choisi de prendre le taureau par les cornes et lutter avec détermination contre les fléaux de la toxicomanie et du SIDA.
Au début de notre action au sein de l'Association Tunisienne de Lutte contre les Maladies Sexuellement Transmissibles et le SIDA, le sujet était tabou et heurtait la morale de l'époque. Il fallait par conséquent une bonne dose d'audace voire de témérité pour parler du SIDA et exposer des préservatifs devant le grand public. Après avoir eu un grand retentissement local, les initiatives de l'association se sont fait des échos très favorables à l'échelle internationale. Forts de ce succès, nous avons organisé, en 1992, un congrès maghrébin à Tunis. Notre rôle de précurseurs à l'échelle arabe et africaine nous a valu des invitations à des congrès internationaux où j'ai eu personnellement de représenter notre association et en même temps la Tunisie pour exposer notre stratégie de sensibilisation , d'information et de lutte contre ce fléau.
L'étape suivante est celle de la mise en réseau en collaboration avec d'autres partenaires soit des associations d'autres pays. En reconnaissance pour les efforts de la Tunisie, j'ai l'honneur d'être élu président, depuis deux ans d'EMNOSTEC, un réseau soutenu par l'OMS et qui regroupe 23 pays d'Afrique, du Maghreb et du Moyen-Orient, dont le siège se trouve à Tunis.
En signe d'estime pour la Tunisie et pour l'action de notre association, non seulement nous recevons des invitations à des congrès internationaux d'envergure, mais surtout, le Fonds Mondial pour la Lutte contre le SIDA, le Paludisme et la Tuberculose, nous a acccordé un don de 20 millions de dinars pour maîtriser et stabiliser le faible taux de personnes touchées par les VIH, dans le pays. C'est grâce à une partie de ces fonds, que le Centre d'Aide et d'Ecoute de Sfax tourne actuellement.

Docteur Mohamed Damak, psychiatre : On devient toxicomane malgré soi
Ce qu'il faut savoir, dès le début , c'est la toxicomanie est subie car on devient toxicomane sous l'effet de facteurs indépendants de sa volonté et qui sont soit d'ordre génétique,soit d'ordre psychologique, soit d'ordre social. Les toxicomanes sont en fait des victimes.
Le problème majeur pour un jeune qui s'adonne à la drogue, c'est le plaisir qui ne dure que quelques semaines. Par la suite, il n'a plus le choix car la drogue n'est plus librement choisie pour se procurer du plaisir mais devient indispensable pour éviter les syndrômes du sevrage. Le sevrage signifie une interruption de consommer généralement de quelques heures seulement. Cette durée dépend bien sûr du caractère pharmacocinétiques, c'est-à-dire de la durée de la présence de la substance dans l'organisme. A cette période succède l'apparition des syndromes du sevrage. Au cas où le consommateur s'aviserait d'arrêter il sentirait un manque accompagné de souffrances physiques et psychologiques atroces, accompagnées parfois de risque de mort, par exemple pour la famille des opiacées, ( morphine, héroine ) et l'alcool. Les toxicomanes sont donc condamnés à poursuivre la consommation de drogues. L'aide médicale est de ce fait indispensable et la thérapie passe par plusieurs étapes. En tous les cas, il faut traiter les maladies psychiatriques à temps pour éviter que la toxicomanie devienne une cause d'automédication.

La population à risque
Quelle est la population à risque ? Quels sont les indices qui devraient éveiller nos soupçons ? Quels sont les facteurs qui doivent susciter une certaine vigilance de la part des parents ?
- Un enfant qui s'ennuie vite et qui cherche les sensations fortes est un enfant à risque du fait que le rythme normal de la vie ne lui procure pas suffisamment de plaisir et de satisfaction. Donc ces enfants nécessitent une surveillance accrue.
- Le milieu familial et l'environnement social peuvent constituer un facteur favorable à la consomation des drogues, au tabagisme ou à l'alcoolisme. C'est ce qu'on appelle le rôle de l'apprentissage social, comme par exemple, le tabagisme des parents, la consommation de boissons alcoolisées en famille qui banalisent ces produits.
- l'échec et l'éviction scolaire sont de nature à accroître le risque de toxicomanie.
- les enfants victimes d'abus sexuels et de maltraitance sont des proies potentielles
Concernant les symptômes qui devraient alerter les parents, il y a lieu de mentionner l'appauvrissement progressif de la vie de l'adolescent : négligence de ses devoirs scolaires, de la vie familiale voire de sa vie professionnelle, le cas échéant. En effet, petit à petit, la vie de l'enfant ou de l'adolescent va s'organiser autour de la toxicomanie qui accapare toute son attention, toute son énergie et tout son temps. Donc, il y de quoi éveiller les soupçons de ses parents.

M. Salem Lajnef, membre de l'Association de Prévention de la toxicomanie : Nécessité d'adapter la législation
Au cours de la rencontre avec les journalistes de la place, M. Lajnef a passé en revue les activités de l'ATUPRET et évoqué par la même occasion la législation nationale en vigueur en matière de stupéfiants qu'il conviendrait d'assouplir davantage. « à l'état actuel des choses, primo, le patient peut éviter une seule fois les sanctions prévues par la loi, bien sûr, à condition qu'il se présente de lui-même ou que ses parents ou son médecin formulent une demande d'accès aux soins de désintoxication. Donc, la loi ne lui accorde pas de deuxième chance d'impunité. Secundo, les frais de la thérapie sont uniquement à la charge de l'intéressé lui-même qui ne bénéficie d'aucune intervention des caisses sociales.

Témoignages de deux résidents du Centre d'Aide et d'Ecoute :
« J'ai 25 ans. J'appartiens à une famille de toxicomanes. En 1998, J'ai rejoint de façon clandestine l'Italie où j'ai commencé à m'adonner à la drogue en compagnie d'autres compatriotes. Condamné à une peine de prison, puis expulsé, j'ai été admis à Jbel El Ouest où j'ai suivi une cure de désintoxication qui n'a donné aucun résultat en raison de la médiocrité des conditions de séjours et des prestations. C'est ainsi que j'ai continué à me droguer en consommant du subutex en substitution à l'héroïne. A Tunis, on m'a orienté ici , au centre où toutes les conditions sont idéales pour une bonne cure. Je suis déterminé à m'en sortir et à inciter mes camarades toxicomanes à venir pour se faire soigner ici.
j'étais alcoolique. Maintenant, je suis complètement rétabli à la suite de la cure d'intoxication au centre. D'ailleurs je ne suis pas le seul à être guéri. D'autres voisins de quartier ont retrouvé santé et joie de vivre après un séjour, ici. Mais je dois reconnaître que la guérison exige beaucoup de détermination. »

Fiche d'identité
Centre d'Aide et d'Ecoute
Staff :
- 01 médecin (directeur su centre )
-01 psychiatre
- 01 psychologues
- 01 sociologue
- 02 assistantes médicales
-04 assistantes sociales.
Adresse : Route de Gabès Km 11, Parc Civil de Thyna, SFAX 3084
Téléphone : 74 679 082 / Fax :74 679 083

Chiffres et faits :
* En Tunisie jusqu'à 2006
- 1383 cas
- Nombre annuel moyen de nouveaux cas de SIDA : 70/an
- Moyens de transmission
* Sexuelle 37%
* Drogues 28%
* En Tunisie, on constate une hausse dans la consommation des drogues et surtout la voie injectable.
* L'Afrique est l'un des plus gros marchés mondiaux de trafic illégal des stupéfiants en 2004 (UNODC).
Par ailleurs la montée de la toxicomanie (150 millions) compromet fortement les tentatives de maîtrise la progression du VIH/SIDA.
* Nous croyons savoir qu'en 2004, le total des peines prononcées dans des affaires de drogue traitées à Sfax, s'élève à 3829 mois d'incarcération.
* Selon une étude publiée , en 2007, par un organisme international relevant de l'ONU, 10% des enfants tunisiens scolarisés auraient touché à la drogue.
Dossier instruit par Taieb LAJILI


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