Rappelé à l'Elysée à cause des tourments algériens, le Général De Gaulle est apostrophé par sa fille: "Père, vous revoilà devenu l'homme le plus puissant de France". "Oui, mais après le juge d'instruction" répond l'homme de juin. Par ricochet , il reconnaissait la puissance et, surtout, l'indépendance de la Justice. Près d'un demi-siècle après, la justice française se veut encore aveugle. Hier, pour la première fois dans l'histoire politique de ce pays, un Chef d'Etat est débouté. L'homme le plus puissant de France, et réellement puissant, Nicolas Sarkozy, précisément, perd un procès. Et, de surcroît, il perd ce procès pour atteinte au droit de l'image. Le contentieux porte sur le "Manuel Vaudou, Nicolas Sarkozy, un livre-objet présenté dans un coffret contenant une poupée de tissu, un lot de 12 aiguilles, à planter dans la poupée pour conjurer le mauvais sort, espèces de sortilèges magiques donc, et une biographie humoristique du président français, stigmatisant au passage certains dérapages du verbe, du style: "Casse-toi, pauv'con" "Racailles", "La France tu l'aimes ou tu la quittes". Cette affaire n'est pas intéressante uniquement parce qu'un Président de la République est débouté par la justice dont il nomme le (la) ministre et un grand nombre de grands magistrats. Dans une démocratie, ce n'est pas un acte de très haute voltige. En 94, Silvio Berlusconi, président du Conseil était bien interpellé par la toute puissante ""Guardia di Finanzia", alors qu'il présidait un G7 à Naples. Sur ce plan, donc, pas de surprises. Etonnement oui, surprise non. Ce sont plutôt les motivations de ce rejet qui donnent à réfléchir. "Cette représentation, selon le tribunal, ne constitue ni une atteinte à la dignité humaine, ni une attaque personnelle et s'inscrit dès lors dans les limites autorisées de la liberté d'expression et du droit à l'humour". Pour autant, la liberté d'expression ne se connaît plus de limites. Elle assume, comme c'est le cas avec cette figurine, une forme de protestation par le jeu et un "exutoire humoristique". La liberté d'expression n'est plus l'enjeu. C'est un moyen. Et sa vocation originelle? Et sa finalité suprême? On fabrique des bricoles, des poupées en peluche représentant le pape et l'on dessine des caricatures du Prophète: ça va donc loin. Mais au final, la justice dit son mot. Elle n'a pas de régime. Elle n'a pas de religion. Même si, parfois, elle peut faire illusion.