Visages blêmes. Traits tendus. L'expression de désespoir, de l'abattement, une révolte sourde, l'impuissance et la résignation face à la fatalité. Les Français vivent le plus grand drame aérien depuis 75 ans. Aux aéroports Roissy Charles De Gaulle et Orly, chaque appel retentissait comme le chant du Cygne. Bien des parents, des familles s'accrochent à un espoir. Mais en fait, personne n'y croyait. Aujourd'hui, on célèbrera des adieux officiels à l'aéroport de Roissy, avec en première file le président Sarkozy. Si effectivement, le 447 d'Air France a été foudroyé, son retentissement a eu l'effet d'un cataclysme en France. Les familles des disparus, si unies dans la communion, se regroupaient aux alentours de l'aéroport, pour prier et, sans doute, dans leur abattement, pour veiller leurs morts. Des cierges, des fleurs, des murmures étouffés, des chuchotements inaudibles. Mais, point de mouvement d'hystérie. Les familles des victimes comme celles qui me parlaient la gorge serrée dans un hôtel près de Roissy Charles De Gaulle (50 familles, en fait), tenaient à rester dignes dans la douleur. Les psychiatres assistent les familles. La prise en charge psychologique est essentielle, déterminante même, car un choc d'une telle ampleur ne peut être amorti. Il est même décuplé par ce mystère épais comme le brouillard et qui enveloppe une tragédie à laquelle on ne se résigne pas au fond. Tant que les causes n'auront pas été établies et tant que le mystère n'aura pas été élucidé. Les boîtes noires ? Les récupèrera-t-on un jour ! Mais, en dépit de l'élan de solidarité du peuple français (conforté par presque tous les peuples du monde), la rage commence à surgir dès lors qu'il y a suspicion de faute humaine ou de défectuosité du fait de l'homme. On ne comprend toujours pas qu'un avion s'aventure dans une telle zone de turbulences. De surcroît, l'éventualité de voyages organisés pour les familles des disparus (éventualité évoquée par le gouvernement), a fortement déplu. La crédibilité du gouvernement et de la compagnie en prennent un coup frontal. Dans quel esprit la France célèbrera-t-elle le débarquement, le 6 juin prochain ? Peut-être bien, comme me l'a confié un homme placide au visage strié par les stigmates du temps, que le 6 juin rappellera « qu'on ne panse jamais définitivement les plaies ». En tous les cas, ajoute mon interlocuteur, « la France reste digne, surtout dans la souffrance ».